Aperçu
L’Institut national de la consommation a été dissous et placé en liquidation le 31 mars 2026, tandis que 60 Millions de consommateurs poursuit provisoirement son activité dans l’attente d’un éventuel repreneur. La première phase de recherche doit s’achever à la fin juin, sauf prolongation décidée par le Gouvernement. Pour les lecteurs, l’enjeu porte sur le maintien des essais comparatifs, des compétences juridiques et de l’indépendance éditoriale.
La dissolution est actée, pas la cession
La loi de finances pour 2026 a prévu la dissolution de l’Institut national de la consommation, ou INC, et le transfert à l’État de ses biens, droits et obligations. Une exception a été créée pour l’activité de presse, qui peut être cédée à un acteur privé.
Le décret entré en vigueur le 31 mars nomme un liquidateur pour une période initiale de neuf mois. Celui-ci dispose d’un délai maximal de trois mois pour recueillir les offres de candidats souhaitant poursuivre l’activité de presse. Cette première période conduit à une échéance théorique à la fin juin, mais elle peut être prolongée par arrêté ministériel.
Au 6 juin 2026, aucune cession définitive n’avait été rendue publique dans les sources officielles consultées. Si une ou plusieurs offres fermes sont jugées satisfaisantes, la Commission des participations et des transferts devra examiner la valeur des actifs, la procédure, le choix de l’acquéreur et les conditions de l’opération. Ses avis seront publiés après celle-ci.
Le décret prévoit aussi l’hypothèse où aucune proposition satisfaisante ne serait retenue. Le liquidateur pourrait alors mettre fin à l’activité de presse et vendre séparément les actifs, sans obligation de conserver le magazine sous sa forme actuelle.
Une vente préparée avant la liquidation
La recherche d’un acquéreur n’a pas commencé avec le décret. Le Contrôle général économique et financier avait été chargé dès juin 2025 d’évaluer 60 Millions de consommateurs. Réalisée avec l’appui d’un cabinet spécialisé dans les actifs de presse, cette mission a donné lieu à un rapport remis le 8 septembre 2025.
Cette chronologie montre que l’État préparait déjà l’hypothèse d’une cession plusieurs mois avant la dissolution. Elle ne permet cependant pas de connaître la valeur retenue, les candidats éventuels ou les garanties sociales et éditoriales intégrées à la procédure.
Ce que les consommateurs pourraient réellement perdre
60 Millions était la vitrine la plus connue de l’INC, mais l’établissement ne se limitait pas à l’édition d’un magazine. Il produisait des études, des enquêtes et des essais comparatifs, soutenait techniquement les associations de consommateurs et participait à des actions d’information et d’éducation.
Son travail associait journalistes, ingénieurs, juristes, économistes et documentalistes. L’INC indiquait que les produits étaient achetés anonymement, que les protocoles étaient conçus par ses ingénieurs et que les essais suivaient la norme NF X 50-005.
Cette organisation change la nature de l’information remise au lecteur. Tester un lave-linge peut nécessiter l’achat de plusieurs appareils, la mesure de leur consommation, de leur efficacité et de leur durabilité. Une telle enquête ne peut pas être remplacée, à qualité égale, par une comparaison des caractéristiques communiquées par les fabricants.
Le maintien de la marque ne suffirait donc pas. Le magazine pourrait continuer à paraître tout en réduisant les essais, le recours aux laboratoires, les achats anonymes ou l’expertise juridique. Le consommateur disposerait encore d’articles, mais de moins de moyens indépendants pour vérifier les promesses commerciales.
Des difficultés financières profondes et un retard numérique majeur
La Cour des comptes chiffre les pertes cumulées de l’INC à 7,9 millions d’euros entre 2016 et 2023. La trésorerie a reculé de 77 % depuis 2016, malgré 4,6 millions d’euros de ressources exceptionnelles reçues entre 2020 et 2022.
Le rapport budgétaire du Sénat fait aussi état d’une baisse de 67 % des ventes de 60 Millions entre 2016 et 2023. Selon l’évaluation préalable reprise par les sénateurs, la liquidation pourrait coûter environ 8 millions d’euros en 2026, notamment en raison des licenciements et du remboursement des abonnements restant à courir. La subvention annuelle supprimée représentait 1,84 million d’euros.
Le numérique illustre l’écart accumulé. En 2023, l’Union fédérale des consommateurs-Que Choisir comptait 214 254 abonnements numériques, contre 2 935 pour l’INC. Le site de Que Choisir générait 9,3 millions d’euros de chiffre d’affaires, davantage que l’ensemble des produits de 60 Millions, évalué à 8,3 millions d’euros.
Ces données ne prouvent pas que la dissolution était l’unique issue. Elles montrent toutefois qu’une relance crédible devra probablement accorder une place beaucoup plus importante au numérique, sans transformer les comparatifs en supports commerciaux.
Six engagements pour mesurer la qualité de la reprise
1. Rendre l’actionnariat transparent
Il faudra connaître les filiales, les partenaires et les intérêts économiques de l’acquéreur. La question décisive sera de savoir si la rédaction peut publier librement un dossier défavorable à son propriétaire, à l’une de ses filiales ou à un annonceur important.
2. Préserver les compétences indispensables
Le projet devra préciser combien de journalistes, ingénieurs, juristes, économistes et documentalistes seront repris. Un nombre global d’emplois ne suffira pas si les compétences nécessaires aux tests et à la vérification juridique disparaissent.
3. Garantir un budget pour les essais comparatifs
Le futur propriétaire devra indiquer les moyens consacrés aux essais : budget annuel, nombre de comparatifs, recours aux laboratoires et maintien des achats anonymes. Une promesse de continuité serait fragile si les produits étaient désormais fournis gratuitement par les marques.
4. Protéger formellement la rédaction
Une charte éditoriale devrait préciser qui choisit les sujets, comment sont traités les conflits d’intérêts et si l’actionnaire peut intervenir dans la publication d’une enquête. Une déclaration générale en faveur de l’indépendance ne suffirait pas.
5. Séparer clairement publicité et information
Publicité, affiliation et contenus sponsorisés ne sont pas incompatibles avec le journalisme s’ils sont identifiés et séparés du contenu rédactionnel. Le risque apparaîtrait si un classement de produits générait une commission ou si une entreprise finançait un dossier qui la concerne.
6. Préserver les archives et les missions d’intérêt général
Le devenir des anciens tests, des fiches juridiques et des ressources pratiques devra être précisé. La cession du magazine ne règle pas automatiquement l’avenir de l’appui aux associations de consommateurs ni celui des contenus produits avec des financements publics.
Ce qu’il faut vérifier avant de juger la reprise
Les prochaines décisions devront être recherchées dans le Journal officiel et sur Légifrance. L’arrêté autorisant une éventuelle cession et les avis de la Commission des participations et des transferts permettront de mieux connaître l’acquéreur et les conditions retenues.
Tant que l’actionnariat, les équipes reprises, le budget des essais et la protection de la rédaction ne sont pas publics, le maintien du titre ne suffit pas à garantir son indépendance. La continuité se mesurera à la capacité de 60 Millions à acheter les produits anonymement, financer des analyses exigeantes et publier contre des intérêts économiques puissants.
Soutenir 60 Millions de consommateurs
Une page de soutien est accessible sur le domaine de 60 Millions de consommateurs. Avant toute contribution, il reste prudent de lire les conditions affichées, notamment l’identité du bénéficiaire, l’utilisation annoncée des fonds, le caractère ponctuel ou récurrent du paiement et l’existence éventuelle d’un avantage fiscal.
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