La Commission européenne reproche à AliExpress des défaillances dans la lutte contre les produits illégaux, dangereux ou contrefaits. L’amende ne finance aucun remboursement automatique, mais elle oblige la plateforme à préparer un plan correctif avant le 20 octobre 2026. Pour les clients, l’efficacité de la décision dépendra surtout de la rapidité des retraits, de la prévention des remises en ligne et de l’information des personnes ayant déjà acheté un produit concerné.
Une sanction centrée sur les failles de contrôle
La Commission européenne a annoncé le 20 juillet 2026 une amende de 550 millions d’euros contre AliExpress. Elle estime que la place de marché en ligne n’a pas respecté certaines obligations du règlement sur les services numériques, ou Digital Services Act, applicables aux très grandes plateformes.
Les critiques portent sur l’évaluation des risques liés aux produits illégaux, dangereux ou contrefaits, mais aussi sur les moyens employés pour réduire leur présence. Selon la Commission, AliExpress aurait surestimé l’efficacité de ses systèmes de détection et insuffisamment évalué les ressources humaines nécessaires pour examiner les annonces potentiellement problématiques.
Les outils de recommandation et de publicité sont également concernés. Leur fonctionnement aurait pu accroître la visibilité de certains articles avant leur détection ou leur retrait. La Commission reproche aussi à la plateforme de ne pas avoir utilisé suffisamment d’indicateurs pour mesurer la réapparition de produits similaires après une première intervention.
La décision vise donc les mécanismes généraux d’AliExpress, et non l’ensemble de son catalogue. Elle ne signifie ni que chaque produit vendu est dangereux, ni que tous les professionnels présents sur le site sont frauduleux.
Cette sanction intervient après une première procédure. En juin 2025, la Commission avait rendu contraignants plusieurs engagements d’AliExpress concernant notamment la traçabilité des vendeurs, le traitement des signalements, la publicité, les systèmes de recommandation et l’accès des chercheurs aux données. L’amende de 2026 porte sur deux manquements distincts : l’évaluation des risques systémiques et les mesures prises pour les réduire.
AliExpress conteste le montant, qu’elle juge disproportionné, et affirme avoir déjà renforcé ses dispositifs de sécurité. La société examine les voies de recours disponibles.
Un calendrier européen encore sans effet visible pour les clients
AliExpress doit transmettre son plan d’action à la Commission avant le 20 octobre 2026. Le Comité européen des services numériques disposera ensuite d’un mois pour rendre son avis. La Commission aura un mois supplémentaire pour adopter une décision finale et fixer un délai de mise en œuvre.
À ce stade, les utilisateurs ne connaissent pas encore la forme exacte des futurs contrôles. Le plan devra notamment répondre aux faiblesses relevées dans la détection des annonces, les moyens humains consacrés aux vérifications, le rôle des recommandations et la mesure des produits remis en ligne après leur retrait.
| Défaillances établies par la Commission | Réponses attendues d’AliExpress | Informations encore indisponibles |
|---|---|---|
| Évaluation insuffisante des risques | Moyens humains et techniques renforcés | Présentation des nouveaux outils |
| Efficacité des contrôles surestimée | Méthode de mesure des retraits | Délais réels de suppression |
| Effet des publicités mal évalué | Limitation de l’exposition aux produits illégaux | Calendrier de déploiement en France |
| Réapparition des produits mal suivie | Indicateurs de récidive plus précis | Conséquences d’un éventuel recours |
Les réponses indiquées dans ce tableau découlent des manquements identifiés par la Commission. Les mesures exactes qu’AliExpress proposera ne sont pas encore publiques.
L’efficacité de la sanction dépendra des résultats obtenus : retrait plus rapide des annonces, diminution des remises en ligne sous une autre référence et meilleure information des clients concernés.
L’amende ne crée aucun remboursement automatique
Les 550 millions d’euros constituent une sanction réglementaire. Cette somme n’est pas répartie entre les acheteurs et ne forme pas un fonds d’indemnisation.
Un client ayant reçu un article non livré, défectueux, dangereux, contrefait ou différent de la description doit donc engager une démarche liée à sa commande. Il doit d’abord contacter le vendeur, puis le service client d’AliExpress si aucune solution satisfaisante n’est proposée.
La demande adressée au vendeur poursuit un objectif individuel : obtenir un retour, un remplacement ou un remboursement. Un signalement à SignalConso a une autre fonction. Il informe l’entreprise et alimente la base de données de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. L’administration peut décider d’intervenir lorsque les faits sont graves ou que les signalements se multiplient, sans que cette démarche garantisse le remboursement de la commande.
Les acheteurs déjà concernés ne doivent pas être oubliés
L’article 32 du règlement sur les services numériques impose une obligation particulière aux places de marché en ligne. Lorsqu’une plateforme apprend qu’un professionnel a proposé un produit ou un service illégal, elle doit informer les consommateurs concernés dont elle possède les coordonnées.
Le message doit préciser la nature illégale du produit, l’identité du vendeur et les voies de recours disponibles. Cette obligation couvre les achats effectués pendant les six mois précédant le moment où la plateforme a eu connaissance de l’illégalité.
Une personne ayant commandé un jouet trois mois avant son retrait pourrait ainsi recevoir une alerte portant sur la référence concernée. Elle devrait alors comparer le numéro du produit, arrêter de l’utiliser si un risque est signalé, conserver l’emballage et consulter les modalités de retour ou de remboursement.
Lorsque la plateforme ne possède pas les coordonnées de tous les clients, elle doit publier les mêmes informations de manière facilement accessible sur son interface. Un acheteur qui ne reçoit aucun message a donc intérêt à rechercher la référence dans les pages d’assistance, de sécurité ou de rappels d’AliExpress.
La conservation de la facture, des échanges, des photographies et d’une capture de l’annonce reste déterminante. Si la fiche disparaît, ces documents permettent de retrouver la description, le prix, la référence et l’identité affichée du professionnel.
Les contrôles français montrent où le risque se concentre
En 2025, la DGCCRF a prélevé plus de 650 produits commercialisés sur sept places de marché étrangères fréquentées par les consommateurs français. Sur près de 600 articles analysés, 75 % étaient non conformes, principalement en raison de défauts d’étiquetage, et 46 % cumulaient non-conformité et dangerosité.
Plus de 100 000 unités, dont 57 000 jouets, avaient déjà été retirées de la vente. Les risques identifiés comprenaient l’étouffement ou l’étranglement pour certains articles destinés aux enfants, les chocs électriques et les incendies pour des appareils électriques, ainsi que l’exposition à des substances chimiques présentes en quantité excessive.
Ces taux ne décrivent pas l’ensemble des produits vendus sur Internet. Les enquêteurs avaient ciblé en priorité les catégories considérées comme les plus sensibles : jouets, articles de puériculture, appareils électriques, textiles et bijoux fantaisie. Une non-conformité liée à l’étiquetage ne signifie pas non plus qu’un produit présente automatiquement un danger immédiat.
À chaque problème, une démarche différente
| Situation rencontrée | Démarche prioritaire | Documents à conserver |
|---|---|---|
| Produit non livré ou différent de l’annonce | Contacter le vendeur, puis AliExpress | Facture, commande, échanges et captures |
| Produit potentiellement dangereux | Arrêter son utilisation et alerter le vendeur, AliExpress et SignalConso | Référence, photos, emballage et notice |
| Annonce susceptible d’être illégale | Utiliser le mécanisme de signalement de la plateforme | Adresse de l’annonce et motif détaillé |
| Litige commercial persistant | Envoyer une réclamation écrite, puis saisir un médiateur compétent lorsque cela est possible | Réclamation et réponse du professionnel |
| Identité ou traçabilité insuffisante | Signaler la situation à la DGCCRF | Fiche produit, identité affichée et captures |
En France, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique coordonne l’application du règlement sur les services numériques. La DGCCRF contrôle toutefois les obligations propres aux places de marché prévues par les articles 30 à 32, notamment la traçabilité des vendeurs et l’information des consommateurs.
Lorsque le professionnel se trouve hors de l’Union européenne, certaines règles européennes peuvent rester applicables s’il cible le marché européen. Leur mise en œuvre et l’obtention effective d’un remboursement peuvent néanmoins être plus difficiles.
La traçabilité reste le meilleur filtre avant l’achat
L’acheteur doit pouvoir identifier le vendeur professionnel, son pays d’établissement, le fabricant et, lorsque la réglementation l’impose, la personne responsable du produit dans l’Union européenne. La référence, les avertissements de sécurité et les conditions de retour doivent également être accessibles.
Pour un produit de marque, la référence et les caractéristiques peuvent être comparées avec le site du fabricant ou un distributeur reconnu. Un prix anormalement bas, une marque mal orthographiée, une description incohérente, une identité professionnelle imprécise ou des coordonnées de retour introuvables constituent des motifs sérieux de prudence.
Lorsque les informations sont complètes, l’achat peut être envisagé après comparaison. Si une donnée essentielle manque, une réponse écrite du vendeur doit être demandée avant le paiement. Si le professionnel ou le fabricant reste impossible à identifier, renoncer constitue généralement l’arbitrage le plus prudent.
La sanction européenne ne sécurise donc pas immédiatement toutes les annonces d’AliExpress. La qualité des futurs contrôles dépendra du plan présenté à la Commission. Dans l’intervalle, l’identité du vendeur, la traçabilité du produit et la conservation des preuves restent les protections les plus concrètes pour les acheteurs.

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