Shrinkflation : le vrai réflexe à adopter pour ne pas payer plus cher au kilo

Shrinkflation : le vrai réflexe à adopter pour ne pas payer plus cher au kilo
Un format légèrement réduit peut suffire à faire grimper le prix réel d’un produit acheté chaque semaine. Crédit : Laurette Duranel/RCF

La shrinkflation n’a pas disparu, mais elle ne se repère pas toujours avec une affichette ou une hausse visible du prix en rayon. Le piège le plus concret pour les ménages se joue sur les produits achetés par habitude : céréales, biscuits, boissons, conserves, produits laitiers ou aliments pour animaux. Depuis juillet 2024, les grandes surfaces doivent signaler certains cas de réduction de quantité, mais cette obligation reste limitée. Pour éviter de payer plus cher sans s’en rendre compte, le bon réflexe consiste à comparer le prix au kilo, au litre ou à l’unité.

Le prix du paquet peut rester stable, le prix réel augmenter

La shrinkflation, ou réduflation, désigne une pratique simple : vendre moins de produit dans un emballage proche, sans baisse équivalente du prix. Elle ne signifie pas forcément que le prix affiché du paquet augmente. C’est justement ce qui la rend difficile à repérer.

Un paquet peut rester à 2,50 euros, mais passer de 300 g à 270 g. Dans ce cas, le prix visible ne change pas, alors que le prix réel passe de 8,33 euros à 9,26 euros le kilo, soit environ 11 % de plus. Le consommateur ne paie pas davantage à la caisse, mais il repart avec moins de produit pour le même budget.

La nuance est importante : la DGCCRF indique dans son bilan 2024 que la pratique de la réduflation a reculé avec la baisse de l’inflation. Il ne faut donc pas présenter le phénomène comme une vague incontrôlée dans tous les rayons. En revanche, le réflexe de vérification reste utile, surtout sur les produits achetés régulièrement.

Le vrai sujet n’est pas de chercher une anomalie partout. Il est de surveiller les produits que l’on rachète automatiquement : céréales du petit déjeuner, biscuits, chocolat, café, fromages portionnés, boissons, conserves, plats préparés ou aliments pour animaux. Une hausse de quelques centimes ou une baisse de quelques grammes pèse peu sur un achat isolé. Elle devient plus sensible lorsqu’elle touche plusieurs produits du panier chaque semaine.

Céréales, biscuits, croquettes : ce que montrent les exemples chiffrés

Les cas documentés par les associations de consommateurs montrent que l’écart peut devenir important lorsque la baisse de format s’accompagne d’un prix stable ou réajusté. L’UFC-Que Choisir a notamment relevé en 2024 le cas des céréales Chocapic : un paquet passé de 430 g à 375 g, avec une hausse de 37 % du prix au kilo selon ses relevés.

Le même relevé cite aussi un grand format de Chocapic passé de 750 g à 645 g, soit environ 14 % de quantité en moins et 20 % de hausse du prix au kilo. Les céréales Lion ont également été citées, avec un format passé de 750 g à 675 g et une hausse du prix au kilo de 29 %. Le phénomène ne concerne pas seulement les céréales : un paquet de croquettes Friskies pour chaton au poulet est passé de 2 kg à 1,5 kg, avec une hausse du prix au kilo allant de 26 % à 67 % selon les enseignes, d’après l’association.

Ce qu’il faut retenir est simple : le prix du paquet raconte une partie de l’histoire, mais le prix au kilo raconte souvent la vraie.

Produit ou cas observé Ancien format Nouveau format Quantité en moins Effet sur le prix réel
Chocapic Nestlé 430 g 375 g Environ -13 % +37 % au kilo selon UFC-Que Choisir
Chocapic grand format 750 g 645 g Environ -14 % +20 % au kilo selon UFC-Que Choisir
Céréales Lion 750 g 675 g -10 % +29 % au kilo selon UFC-Que Choisir
Friskies chaton poulet 2 kg 1,5 kg -25 % +26 % à +67 % au kilo selon les enseignes
Exemple de calcul : biscuits à 2,50 euros 300 g 270 g -10 % De 8,33 à 9,26 euros/kg si le prix reste identique

Ce que l’affichage obligatoire impose vraiment aux supermarchés

Depuis le 1er juillet 2024, les supermarchés à prédominance alimentaire de plus de 400 m² doivent informer les consommateurs lorsqu’un produit préemballé voit sa quantité diminuer et que son prix ramené à l’unité de mesure augmente. Cette obligation, désormais à la charge des enseignes, doit permettre au consommateur de savoir que la quantité est passée de X à Y et que le prix au kilo, au litre ou à l’unité a augmenté.

Cette règle est utile, mais elle a plusieurs limites. D’abord, l’affichage ne dure que deux mois à partir de la mise en vente du produit dans son format réduit. Ensuite, les petits commerces de moins de 400 m² ne sont pas concernés. Les produits vendus en vrac ou les denrées préemballées à quantité variable, comme certains produits de traiteur, ne sont pas visés de la même manière.

En cas de manquement, l’amende administrative peut atteindre 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale. Mais pour l’acheteur, la sanction éventuelle ne change rien au moment de choisir : l’absence d’affichette ne prouve pas automatiquement qu’il n’y a aucun changement de format ou aucune hausse du prix réel.

Il faut donc utiliser l’affichage obligatoire comme une alerte utile, mais pas comme le seul outil de vigilance. Le prix au kilo ou au litre reste l’indicateur le plus fiable.

En pratique : ce qu’il faut vérifier en 30 secondes

La méthode la plus efficace consiste à suivre cinq à dix produits que l’on achète souvent. Inutile de contrôler tout le caddie. Mieux vaut se concentrer sur les références récurrentes : céréales, biscuits, café, chocolat, yaourts, fromage râpé, boissons, pâtes, conserves ou aliments pour animaux.

Premier réflexe : regarder le poids net ou le volume. Le changement peut être discret : 500 g deviennent 450 g, 1,5 litre devient 1,35 litre, 12 unités deviennent 10 unités. Deuxième réflexe : lire le prix au kilo, au litre ou à l’unité. Il est souvent écrit plus petit, mais c’est l’indicateur le plus utile. La formule est simple : prix au kilo = prix du paquet divisé par le poids en kilo.

Troisième réflexe : comparer avec une marque de distributeur ou une autre référence de même usage. Si la marque nationale est 30 % ou 40 % plus chère au kilo, il faut que la différence de goût, de composition ou de qualité soit réelle pour justifier l’écart. Un grand format peut aussi être intéressant, mais seulement si le prix au kilo baisse vraiment et si le produit sera consommé avant péremption.

Là où il faut rester prudent, c’est avec les mentions commerciales. “Nouveau format”, “format pratique”, “recette améliorée”, “pack familial” ou “nouveau packaging” ne signifient pas automatiquement mauvaise affaire. Mais ces mentions doivent déclencher une vérification. Le problème commence lorsque le consommateur croit acheter la même quantité au même prix alors que le prix réel a augmenté.

Ce que le chiffre ne dit pas : le coût annuel peut vite grimper

Une hausse cachée de 10 % sur un produit à 2 ou 3 euros paraît presque invisible. Pourtant, sur les achats répétés, l’effet devient concret. Prenons un paquet de biscuits acheté chaque semaine à 2,50 euros. S’il passe de 300 g à 270 g sans baisse de prix, le prix au kilo augmente d’environ 11 %. Le consommateur ne paie pas plus à chaque passage en caisse, mais il obtient moins de produit pour le même montant.

Le calcul devient plus sensible pour une famille qui achète chaque semaine plusieurs références concernées : céréales, goûters, boissons, fromage, aliments pour animaux. Si cinq produits habituels subissent chacun une hausse réelle de 10 % au kilo, l’effet peut représenter plusieurs dizaines d’euros de produit non obtenu sur un an, selon la fréquence d’achat.

Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est précisément la logique de la shrinkflation : une hausse moins visible qu’un changement de prix frontal.

Que faire au moment de choisir ?

La bonne décision dépend de trois questions simples. Le produit est-il acheté souvent ? Son prix au kilo a-t-il vraiment augmenté ? Existe-t-il une alternative comparable ?

Si le produit est occasionnel, l’enjeu budgétaire reste limité. Si c’est un produit du quotidien, il mérite une comparaison. À partir d’un écart d’environ 10 % au kilo sur une référence achetée chaque semaine, il devient utile de regarder une marque de distributeur, un autre format ou une autre enseigne. Mais il ne faut pas comparer seulement le prix : la composition, le goût, la quantité réellement consommée et le risque de gaspillage comptent aussi.

Si une affichette obligatoire semble absente alors que le format a clairement diminué et que le prix au kilo a augmenté, le consommateur peut conserver une photo de l’étiquette et le ticket de caisse, puis signaler le problème via SignalConso. Le service public précise qu’un signalement peut concerner une absence d’information à proximité du produit ou un doute sur le prix à l’unité de mesure affiché en rayon.

La shrinkflation ne doit donc pas transformer les courses en enquête permanente. Mais elle impose un changement de réflexe : ne plus se fier uniquement au prix du paquet. Pour les produits que l’on achète souvent, le prix au kilo, au litre ou à l’unité reste le meilleur indicateur pour distinguer une simple évolution de format d’une hausse de prix moins visible.

À propos d'Idriss Benouazzani 73 Articles
Économiste de formation, spécialisé en Économie de l’Entreprise et des Marchés. Mon parcours professionnel a été façonné par la grande distribution et par une expérience au sein de l’Institut National de la Consommation. J’analyse pour CONSO Magazine les enjeux de consommation, les mutations micro-économiques, les innovations de produits et services, ainsi que les tendances qui influencent les habitudes d’achat et le quotidien des consommateurs.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*