Une carte de fidélité permet aux distributeurs d’associer les achats d’un client à un historique détaillé, parfois jusqu’à la référence exacte des produits. Carrefour et Lidl Plus utilisent notamment ces informations pour analyser les habitudes de consommation et personnaliser leurs offres. Les données sont conservées pendant des durées variables et peuvent aussi alimenter des dispositifs publicitaires. Les titulaires disposent de droits pour consulter les informations enregistrées et s’opposer à certaines utilisations commerciales.
Du ticket de caisse à l’historique personnel des achats
Un paquet de café, des produits d’entretien, des aliments pour animaux : chaque passage en caisse laisse des informations sur les achats effectués. Lorsque le client présente sa carte de fidélité, l’enseigne peut associer ces données à son compte, puis retrouver les articles achetés, leurs quantités, les prix payés ou les réductions obtenues.
Cette identification peut être particulièrement précise. Dans une clarification publiée le 14 octobre 2025, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) rappelle que le code GTIN (Global Trade Item Number), qui identifie une référence commerciale, constitue une donnée personnelle lorsqu’il est associé à un client identifiable.
Au fil des visites, les achats enregistrés permettent de repérer la fréquence des courses, les catégories de produits privilégiées et les réactions aux promotions.
L’historique n’est pourtant pas nécessairement exhaustif. Les achats effectués sans identification au programme n’y figurent pas systématiquement. Les commandes en ligne et les autres services liés au compte peuvent également enrichir les informations détenues par le distributeur.
Lidl Plus demande des informations personnelles dès l’inscription
La collecte commence parfois bien avant le premier achat.
Pour rejoindre Lidl Plus, l’utilisateur doit notamment communiquer son prénom, sa date de naissance, son adresse électronique, son numéro de téléphone mobile et créer un mot de passe. Le sexe reste facultatif. Lidl justifie notamment la collecte de la date de naissance par la réservation du programme aux personnes majeures.
Lorsqu’un client s’identifie en caisse, l’application permet ensuite d’associer à son compte les produits achetés ou retournés, les prix, les quantités, les coupons utilisés, le magasin fréquenté et le mode de paiement. D’autres informations proviennent des fonctionnalités de l’application, comme les listes de courses, les centres d’intérêt ou les coupons activés.
Chez Carrefour, les historiques d’achats identifiés et certaines interactions numériques sont utilisés pour gérer les avantages fidélité, analyser les comportements commerciaux et proposer des offres personnalisées.
Les deux distributeurs décrivent donc une exploitation des données dépassant la simple gestion des récompenses. Leurs politiques de confidentialité détaillent néanmoins des traitements et des fondements juridiques différents. Ces documents présentent les pratiques déclarées par les enseignes, sans constituer une vérification indépendante de leur fonctionnement technique.
Les achats répétés alimentent des profils commerciaux
L’analyse d’un panier isolé fournit relativement peu d’indications. Des achats répétés sur plusieurs mois permettent de construire des hypothèses sur les préférences d’un client.
Une personne achetant régulièrement des aliments pour animaux pourra, par exemple, être considérée comme intéressée par cette catégorie de produits. Cette déduction reste incertaine : les achats peuvent être destinés à un proche.
Le profilage désigne précisément ce type d’analyse automatisée des comportements et des préférences. Lidl Plus indique notamment recourir à des méthodes statistiques pour sélectionner certaines promotions en fonction des données disponibles.
La personnalisation peut apporter des réductions sur des produits habituellement achetés. Elle peut aussi encourager des dépenses supplémentaires.
Prenons une simulation : un client prévoit 42 euros de courses et bénéficie d’une réduction de 5 euros à partir de 50 euros d’achat. S’il ajoute un produit de 8 euros uniquement pour atteindre le seuil, son ticket descend à 45 euros après remise. Il a obtenu une réduction, mais dépensé 3 euros de plus que prévu.
L’économie dépend ainsi des achats réellement nécessaires, et non du seul montant de la promotion.
La publicité ciblée peut dépasser les magasins et les applications
Les informations issues des programmes de fidélité peuvent également être exploitées pour des campagnes publicitaires diffusées sur d’autres supports numériques.
Carrefour décrit notamment des traitements permettant de personnaliser des publicités en fonction des habitudes d’achat. Selon leur finalité, l’enseigne invoque différentes bases juridiques, dont l’intérêt légitime ou le consentement.
Certaines opérations utilisent des données pseudonymisées, dont les identifiants directs ont été remplacés ou transformés. Ces informations restent soumises au règlement général sur la protection des données (RGPD) lorsqu’une réidentification demeure possible.
Le 30 décembre 2025, la CNIL a sanctionné une entreprise à hauteur de 3,5 millions d’euros pour avoir transmis les coordonnées de membres de son programme de fidélité à un réseau social à des fins publicitaires sans consentement valable.
La décision, rendue publique le 22 janvier 2026, concernait plus de 10,5 millions de personnes. L’autorité n’a pas identifié publiquement l’entreprise dans sa communication.
Dans cette affaire, l’acceptation de sollicitations commerciales par courriel ou SMS ne suffisait pas à autoriser le ciblage publicitaire concerné sur un réseau social.
Carrefour distingue plusieurs durées de conservation, Lidl surveille l’inactivité
Les informations enregistrées ne sont pas conservées indéfiniment selon une règle unique.
Carrefour annonce une conservation de 36 mois à compter de chaque achat pour les données utilisées dans certaines analyses de connaissance client. La durée indiquée pour certaines données d’achat exploitées dans la publicité personnalisée est de 24 mois. Les données d’inscription au programme de fidélité relèvent d’un délai de trois ans après la dernière activité.
Chez Lidl Plus, la conservation est généralement liée à la participation au programme. Après 24 mois d’inactivité, une procédure de suppression du compte est prévue. L’utilisateur dispose alors de 72 heures pour l’annuler en se reconnectant.
Ces durées répondent à des critères différents : Carrefour distingue plusieurs finalités de traitement, tandis que Lidl prévoit notamment une procédure déclenchée par l’inactivité.
La fermeture d’un compte peut également entraîner une perte financière. Chez Lidl Plus, les points de fidélité non utilisés expirent à la fin de l’adhésion. En temps normal, leur durée de validité est de 24 mois après leur mise à disposition.
Un utilisateur envisageant de supprimer son compte a donc intérêt à examiner son solde et les conditions d’utilisation de ses récompenses.
Le refus de la prospection n’impose pas toujours la fermeture du compte
Les traitements nécessaires au programme de fidélité et les utilisations publicitaires supplémentaires ne reposent pas systématiquement sur les mêmes règles.
Chez Carrefour, certains consentements peuvent être retirés dans la rubrique « Mes préférences et Alertes ». Pour les traitements fondés sur l’intérêt légitime, l’enseigne prévoit également une procédure d’exercice des droits.
Lidl Plus présente certaines analyses destinées à identifier les intérêts produits comme relevant de l’exécution du contrat de fidélité. D’autres traitements disposent de leurs propres conditions.
Ces fondements juridiques correspondent aux déclarations des entreprises, et non à une validation générale de leur conformité.
Le RGPD reconnaît un droit absolu de s’opposer à la prospection commerciale, sans justification et gratuitement. Le retrait d’un consentement est également possible lorsqu’un traitement repose sur cette base. Les autres demandes d’opposition relèvent de conditions spécifiques.
Un client peut ainsi refuser certaines sollicitations sans nécessairement renoncer à son programme de fidélité. Cela ne garantit pas que l’ensemble des analyses commerciales intégrées au service puisse être désactivé séparément.
Un mois pour obtenir une réponse à une demande d’accès aux données
Le droit d’accès permet de demander à une enseigne les données personnelles qu’elle détient, leurs finalités d’utilisation, les durées de conservation et les catégories de destinataires.
La CNIL précise que les références des produits achetés et les montants des promotions peuvent aussi relever du droit à la portabilité lorsque les conditions légales sont réunies. Ce dernier ne donne toutefois pas accès à l’algorithme commercial servant à calculer les réductions.
Chez Carrefour, les demandes peuvent être adressées selon la procédure décrite dans sa politique de confidentialité. Pour Lidl Plus, un contact dédié est prévu à l’adresse protection.donnees@lidlplus.fr.
Une demande d’accès peut être formulée ainsi :
« Je souhaite exercer mon droit d’accès aux données personnelles associées à mon compte fidélité, notamment mon historique d’achats, les références des produits enregistrés, les promotions appliquées et les éventuels profils commerciaux me concernant. »
Une demande distincte peut viser l’arrêt de la prospection commerciale.
L’enseigne dispose normalement d’un mois pour répondre. Le délai peut être prolongé de deux mois supplémentaires dans les conditions prévues par le RGPD, à condition d’en informer le demandeur dans le premier mois.
En cas de réponse insuffisante ou d’absence de réponse dans les délais réglementaires, le titulaire peut déposer une réclamation auprès de la CNIL, en conservant une copie de sa demande initiale.

Laisser un commentaire