Fnac Darty : 7 millions d’euros de sanction pour suivi commercial sans consentement des utilisateurs

Fnac Darty sanctionnée par la CNIL pour des pratiques de suivi dans son application mobile
Une sanction qui relance la question du respect de la vie privée dans les applications marchandes. © Menet Sabine

La Commission nationale de l’informatique et des libertĂ©s (CNIL) a infligĂ© 7 millions d’euros d’amendes Ă  deux sociĂ©tĂ©s du groupe Fnac Darty pour avoir utilisĂ© un dispositif de suivi sans consentement conforme dans l’application mobile Fnac. L’outil enregistrait notamment les produits consultĂ©s afin de personnaliser les recommandations commerciales, y compris lorsque des utilisateurs avaient refusĂ© ce suivi. Rendue publique le 29 octobre 2026, cette dĂ©cision concerne des pratiques constatĂ©es lors d’un contrĂŽle en 2024 et soulĂšve des questions sur la confidentialitĂ© des applications marchandes.

Fnac Darty sanctionnée aprÚs une plainte déposée en 2023

L’affaire remonte Ă  septembre 2023. L’association de dĂ©fense des donnĂ©es personnelles None Of Your Business (noyb) dĂ©pose plusieurs plaintes en France contre des applications mobiles, dont celle de Fnac. Elle dĂ©nonce l’utilisation de dispositifs permettant de collecter des informations sur les utilisateurs sans leur accord.

En mars 2024, la CNIL contrĂŽle l’application du distributeur. Ses investigations rĂ©vĂšlent un mĂ©canisme de suivi destinĂ© Ă  alimenter les recommandations commerciales et leur algorithme.

La sanction est prononcĂ©e le 22 octobre 2026, puis publiĂ©e une semaine plus tard. Elle se rĂ©partit entre deux sociĂ©tĂ©s : 6 millions d’euros pour FNAC DARTY PARTICIPATIONS ET SERVICES et 1 million d’euros pour FNAC DIRECT.

Pour fixer ces montants, la CNIL retient notamment le non-respect du refus exprimĂ© par les utilisateurs, la frĂ©quentation importante de l’application et l’existence de rĂšgles dĂ©jĂ  Ă©tablies concernant les traceurs commerciaux.

Le manquement ne porte donc pas sur la simple prĂ©sence de recommandations de produits. L’autoritĂ© sanctionne un traitement de donnĂ©es dont le fonctionnement exigeait un consentement prĂ©alable qui n’avait pas Ă©tĂ© valablement recueilli.

Un identifiant et les produits consultés transmis à un domaine tiers

Le dispositif identifiĂ© par les contrĂŽleurs fonctionnait en arriĂšre-plan de l’application.

Lorsqu’un utilisateur parcourait le catalogue, des requĂȘtes Ă©taient envoyĂ©es vers un domaine tiers grĂące Ă  une interface de programmation, appelĂ©e API. Elles contenaient notamment un identifiant attribuĂ© par Fnac ainsi que des informations sur son activitĂ©, dont les produits consultĂ©s.

Ces informations servaient Ă  afficher des articles prĂ©sentant des caractĂ©ristiques proches, des accessoires, des consommables ou des services associĂ©s. Elles contribuaient Ă©galement Ă  entraĂźner l’algorithme chargĂ© de produire les recommandations.

La différence entre deux formes de personnalisation permet de comprendre le problÚme.

Lorsqu’un client consulte un tĂ©lĂ©phone, le distributeur peut lui prĂ©senter des chargeurs compatibles en se fondant uniquement sur les caractĂ©ristiques du produit affichĂ©. Aucune analyse de son historique personnel n’est nĂ©cessaire pour Ă©tablir cette correspondance.

Un systĂšme qui exploite ses prĂ©cĂ©dentes consultations ou ses achats afin d’adapter les suggestions Ă  son profil fonctionne diffĂ©remment. Il mobilise des informations associĂ©es Ă  son activitĂ© individuelle.

La CNIL a considĂ©rĂ© que le traceur utilisĂ© par Fnac relevait de cette seconde logique et ne bĂ©nĂ©ficiait pas d’une exemption au consentement.

L’affaire ne concerne pas une intrusion informatique ou un vol de donnĂ©es bancaires. Les manquements sanctionnĂ©s portent sur les conditions de collecte et d’utilisation des informations Ă  des fins commerciales.

Installer l’application Fnac ne valait pas consentement au suivi

Le dĂ©bat juridique repose principalement sur l’article 82 de la loi Informatique et LibertĂ©s. Cette disposition encadre l’utilisation des cookies et autres traceurs, y compris dans les applications mobiles.

Certains dispositifs strictement nĂ©cessaires au fonctionnement d’un service demandĂ© peuvent ĂȘtre exemptĂ©s du consentement prĂ©alable. Les traceurs employĂ©s pour personnaliser commercialement les recommandations ne bĂ©nĂ©ficient pas systĂ©matiquement de cette exemption.

Lors d’une audience organisĂ©e le 1er octobre 2026, Fnac a dĂ©fendu sa conception de l’expĂ©rience d’achat, selon un compte rendu publiĂ© par l’association Pour un RGPD RespectĂ© (P·U·R·R), prĂ©sente Ă  la sĂ©ance.

Le distributeur soutenait notamment que l’installation de son application traduisait une attente de services personnalisĂ©s, comparables aux conseils et Ă  la prĂ©sentation des produits dans ses magasins physiques.

Le rapporteur a opposĂ© Ă  cette argumentation une distinction entre la sĂ©lection d’articles correspondant Ă  une recherche et l’exploitation des achats antĂ©rieurs pour produire des recommandations individualisĂ©es.

Une personne qui installe une application pour consulter un catalogue, commander un produit ou suivre une livraison n’autorise pas, par ce seul geste, toutes les opĂ©rations de profilage commercial.

Fnac a Ă©galement Ă©voquĂ©, selon ce compte rendu associatif, les difficultĂ©s techniques et opĂ©rationnelles liĂ©es au recueil du consentement dans une application mobile. Ces arguments appartiennent Ă  la procĂ©dure contradictoire et doivent ĂȘtre distinguĂ©s des conclusions finalement retenues par la CNIL.

L’ancien dispositif abandonnĂ©, un nouvel outil soumis Ă  vĂ©rification

Les faits sanctionnĂ©s ont Ă©tĂ© constatĂ©s en mars 2024. D’aprĂšs le compte rendu de P·U·R·R, l’outil incriminĂ© a Ă©tĂ© abandonnĂ© Ă  la fin de cette mĂȘme annĂ©e.

La CNIL confirme dans sa publication du 29 octobre 2026 que Fnac utilise dĂ©sormais un nouvel outil. Elle exige nĂ©anmoins des deux sociĂ©tĂ©s qu’elles dĂ©montrent sa capacitĂ© Ă  recueillir le consentement lorsqu’il est nĂ©cessaire.

Cette injonction doit ĂȘtre satisfaite dans un dĂ©lai d’un mois Ă  compter de la notification de la dĂ©cision. Si les entreprises ne respectent pas cette obligation, elles s’exposent Ă  une astreinte de 10 000 euros par jour de retard.

Le communiquĂ© de l’autoritĂ© n’établit pas que le nouveau dispositif a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dĂ©finitivement reconnu conforme. Il ne permet pas davantage d’affirmer que les pratiques constatĂ©es en 2024 se poursuivent aujourd’hui Ă  l’identique.

La CNIL ne fournit pas non plus de décompte précis des personnes individuellement concernées par le suivi sanctionné.

Les données que Fnac déclare utiliser dans son application

La politique de confidentialité de Fnac, mise à jour le 22 juillet 2026, distingue plusieurs utilisations des données collectées dans son application mobile.

Pour assurer le fonctionnement du service, l’entreprise mentionne notamment les caractĂ©ristiques du tĂ©lĂ©phone, la version de l’application et certains identifiants techniques. Elle indique Ă©galement exploiter des donnĂ©es agrĂ©gĂ©es pour mesurer la frĂ©quentation et analyser l’utilisation des fonctionnalitĂ©s.

Les messages commerciaux personnalisĂ©s relĂšvent d’une autre catĂ©gorie. Fnac prĂ©cise qu’ils peuvent s’appuyer sur les consultations de fiches produits, les ajouts au panier, certaines informations du compte client ou encore la gĂ©olocalisation. L’entreprise prĂ©sente le consentement comme fondement de ces traitements de personnalisation.

Elle indique Ă©galement recueillir le consentement pour certaines publicitĂ©s personnalisĂ©es utilisant l’identifiant publicitaire du tĂ©lĂ©phone.

Cette documentation apporte une distinction utile entre les donnĂ©es nĂ©cessaires au fonctionnement de l’application, celles mobilisĂ©es pour les statistiques et celles destinĂ©es au marketing.

Elle ne prouve cependant pas, Ă  elle seule, que tous les mĂ©canismes techniques respectent effectivement les choix exprimĂ©s. Une politique de confidentialitĂ© dĂ©crit les traitements dĂ©clarĂ©s par l’entreprise ; leur conformitĂ© dĂ©pend aussi de leur mise en Ɠuvre.

Compte Fnac, prĂ©fĂ©rences publicitaires et droit d’accĂšs aux donnĂ©es

Les utilisateurs de Fnac disposent de plusieurs moyens pour contrîler l’utilisation de leurs informations personnelles.

Depuis leur compte client, la rubrique « Mes prĂ©fĂ©rences » donne accĂšs au gestionnaire prĂ©vu par l’enseigne pour exprimer certains choix concernant la personnalisation des services et les usages publicitaires.

La politique de confidentialité mentionne notamment deux demandes possibles : « Opposition personnalisation des services » et « Opposition partage avec des tiers pour publicité ciblée ».

Fnac indique Ă©galement proposer une banniĂšre de consentement permettant d’accepter ou de refuser les traceurs utilisĂ©s dans l’application.

Ces choix sont distincts des autorisations du smartphone. DĂ©sactiver la localisation empĂȘche certaines fonctionnalitĂ©s qui en dĂ©pendent, comme la recherche d’un magasin proche, mais ne contrĂŽle pas nĂ©cessairement le suivi des produits consultĂ©s dans le catalogue. Les permissions Android ou iOS et les prĂ©fĂ©rences commerciales remplissent des fonctions diffĂ©rentes.

Un client souhaitant connaĂźtre les informations conservĂ©es Ă  son sujet peut exercer son droit d’accĂšs auprĂšs de Fnac. Cette dĂ©marche permet notamment de demander les donnĂ©es personnelles dĂ©tenues, leurs finalitĂ©s d’utilisation, leurs durĂ©es de conservation et les destinataires concernĂ©s, dans les limites prĂ©vues par la rĂ©glementation.

L’enseigne propose un agent conversationnel depuis sa page consacrĂ©e Ă  la protection des donnĂ©es. Une demande peut Ă©galement ĂȘtre adressĂ©e par courrier Ă  FNAC DARTY Service consommateur, Le Flavia, 9 rue des Bateaux-Lavoirs, 94768 Ivry-sur-Seine.

Fnac recommande de prĂ©ciser l’identitĂ© du demandeur, l’adresse Ă©lectronique associĂ©e au compte et la nature du droit exercĂ©. Une vĂ©rification d’identitĂ© peut ĂȘtre demandĂ©e lorsqu’elle est justifiĂ©e.

La sanction de 7 millions d’euros ne donne pas droit Ă  une indemnisation automatique des utilisateurs. Une Ă©ventuelle rĂ©paration individuelle rĂ©pond Ă  des conditions juridiques distinctes.

Pour une demande d’accĂšs, l’entreprise dispose en principe d’un mois pour rĂ©pondre, avec une prolongation possible dans les cas prĂ©vus par le RĂšglement gĂ©nĂ©ral sur la protection des donnĂ©es (RGPD). En l’absence de rĂ©ponse dans le dĂ©lai applicable, ou si celle-ci demeure insatisfaisante, le client peut saisir la CNIL en joignant une copie de sa demande et les justificatifs des Ă©changes avec Fnac.

Économiste de formation, diplĂŽmĂ© d’un Master en Économie de l’Entreprise et des MarchĂ©s par l'UniversitĂ© Sorbonne Paris Nord. Mon parcours professionnel a Ă©tĂ© façonnĂ© par la grande distribution et par une expĂ©rience au sein de l’Institut National de la Consommation.

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