Une enquête menée entre le 7 et le 21 février 2026 dans 1 659 magasins de 11 enseignes montre de fortes différences dans la réduction du plastique à usage unique. Fruits et légumes bio emballés, petits formats de boissons, recul du vrac et produits prédécoupés restent fréquents dans une partie de la grande distribution, alors que certaines enseignes spécialisées dans le bio affichent des pratiques nettement différentes.
1 659 magasins passés au crible dans 11 enseignes
L’enquête de Que Choisir Ensemble et No Plastic In My Sea porte sur E.Leclerc, Lidl, Intermarché, Carrefour, Aldi, Coopérative U, Biocoop, Auchan, La Vie Claire, Monoprix et Naturalia. Les relevés ont été réalisés dans plusieurs rayons du quotidien, avec une attention particulière portée aux fruits et légumes, au vrac, aux boissons, aux produits prédécoupés, aux sachets, aux unidoses et aux solutions de réemploi.
Le sujet s’inscrit dans la trajectoire fixée par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, dite loi AGEC. Publiée en 2020, elle prévoit la fin de la mise sur le marché des emballages plastiques à usage unique d’ici 2040, avec des objectifs intermédiaires de réduction, de réemploi et de recyclage.
Les observations réalisées en magasin montrent toutefois que cette transition reste très variable selon les catégories de produits et les enseignes.
Les fruits et légumes bio restent souvent emballés en grande distribution
L’écart est particulièrement marqué au rayon fruits et légumes. Selon l’enquête, les fruits et légumes bio observés dans la grande distribution classique sont emballés dans 91 % des magasins, avec du plastique dans environ la moitié des cas.
La situation diffère nettement dans les enseignes spécialisées dans le bio, où 90 % des magasins observés proposent ces produits en vrac.
Cette différence oblige à regarder au-delà du seul label bio. Une pomme, une carotte ou une pomme de terre issue de l’agriculture biologique peut encore être vendue sous filet, film ou barquette dans un supermarché classique, alors que le même type de produit est présenté sans emballage dans un autre réseau.
Les produits prédécoupés constituent un autre poste de consommation de plastique. Fruits déjà découpés, champignons en lamelles ou légumes prêts à cuire sont souvent conditionnés en barquette ou en sachet. D’après le rapport détaillé de l’enquête, Carrefour et E.Leclerc ressortent davantage sur ces formats parmi les magasins contrôlés.
Ces résultats correspondent aux points de vente visités pendant la période de l’enquête. Ils ne permettent pas d’affirmer que tous les magasins d’une même enseigne présentent exactement les mêmes assortiments.
Les mini-bouteilles restent présentes dans 81 % des magasins audités
Les eaux et boissons occupent une place importante dans les emballages plastiques vendus en grande distribution. L’étude indique qu’elles représentent près de 40 % des plastiques à usage unique en grandes et moyennes surfaces.
Les petits formats restent très répandus : des mini-bouteilles ont été relevées dans 81 % des magasins audités.
Ces conditionnements concentrent une quantité importante d’emballage par rapport au volume de boisson vendu. Ils peuvent également afficher un prix au litre supérieur à celui des formats plus grands, selon les produits et les enseignes. La comparaison du prix au litre permet donc de mesurer à la fois l’écart de coût et le poids du conditionnement dans l’achat.
Biocoop se distingue sur l’eau plate en bouteille plastique. L’enseigne indique avoir cessé d’en vendre depuis 2017. Cette décision constitue une rupture plus nette que la simple réduction du poids des bouteilles ou l’intégration de plastique recyclé.
Elle ne permet cependant pas d’évaluer à elle seule la politique globale d’une enseigne : les résultats diffèrent selon les rayons et les catégories étudiées.
Le vrac recule dans les supermarchés classiques
Le vrac constitue l’un des résultats les plus marquants de l’enquête. En 2023, 57 % des magasins de grande distribution classique observés proposaient un rayon vrac. Cette proportion tombe à 38 % en 2026.
Le nombre moyen de références disponibles recule également, passant de 56 à 44.
Les enseignes spécialisées dans le bio restent mieux positionnées sur ce mode de vente, notamment Biocoop, La Vie Claire et Naturalia. Parmi les réseaux généralistes étudiés, E.Leclerc et Coopérative U ressortent davantage sur le vrac, tandis que Lidl et Aldi apparaissent très peu présents sur ce segment dans les magasins audités.
Le développement du vrac fait pourtant partie des objectifs fixés par la réglementation. Un décret présenté par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes précise la méthode permettant aux commerces de détail de plus de 400 m² de mesurer leur progression vers l’objectif applicable en 2030 pour les produits vendus sans emballage primaire, dont le vrac.
La DGCCRF précise que cette mesure peut notamment être appréciée à partir de la surface consacrée à ces ventes, du chiffre d’affaires ou du nombre de références concernées.
Le prix au kilo ou au litre permet aussi de mesurer le coût de l’emballage
La réduction du plastique ne dépend pas uniquement du nombre d’emballages visibles. Le format choisi influence aussi le prix payé.
Un fruit ou un légume prédécoupé peut coûter davantage au kilo que son équivalent vendu entier. Une mini-bouteille peut afficher un prix unitaire faible tout en revenant plus cher au litre qu’un grand format. Les unidoses, capsules et petites portions suivent la même logique lorsqu’elles multiplient les contenants pour une quantité limitée de produit.
Dans les rayons concernés par l’enquête, plusieurs comparaisons peuvent donc être faites directement à partir des étiquettes : produit entier ou prédécoupé, vrac ou emballé, grand format ou petite bouteille, recharge ou contenant neuf.
Cette lecture apporte une information que l’emballage seul ne donne pas. Deux produits peuvent utiliser des quantités de plastique différentes tout en affichant des écarts de prix importants, favorables ou défavorables à l’option la moins emballée.
La trajectoire vers 2040 dépend encore fortement des rayons
Les engagements de réduction du plastique produisent des résultats très différents selon les catégories étudiées. Les fruits et légumes bio restent fréquemment emballés dans la grande distribution classique, les mini-formats de boissons demeurent largement présents et le vrac recule dans une partie des magasins observés.
La loi AGEC publiée sur Légifrance fixe toujours comme horizon la fin de la mise sur le marché des emballages plastiques à usage unique en 2040. Entre cette échéance et les pratiques relevées en magasin en février 2026, la progression dépendra donc de décisions très concrètes sur l’assortiment, les formats proposés et la disponibilité réelle d’alternatives sans emballage.
Les résultats observés dans les rayons peuvent être rapprochés de ce que le plan plastique peut changer pour les bouteilles, la consigne et le tri, qui distingue objectifs publics, calendrier et gestes demandés aux clients.

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