Crèmes solaires vendues sur Temu, Shein et AliExpress : les plateformes annoncent des retraits après un test préoccupant

Crèmes solaires sur Temu, Shein et AliExpress : les plateformes annoncent des retraits après un test préoccupant
Dix références de crèmes solaires achetées sur Temu, Shein et AliExpress ont été analysées, avec plusieurs écarts relevés entre la protection affichée et celle mesurée - © iStock.

Dix produits solaires achetés sur Temu, Shein et AliExpress ont été examinés dans le cadre d’une campagne internationale menée par plusieurs associations de consommateurs. Six des sept références de crèmes solaires testées en laboratoire n’auraient pas atteint la protection annoncée, tandis que trois autres mentionnaient un filtre ultraviolet désormais interdit dans les cosmétiques proposés aux consommateurs européens. Les plateformes disent avoir retiré les produits signalés, mais les informations disponibles ne font pas état d’un rappel général des exemplaires déjà livrés.

Des SPF 50 à 90 parfois mesurés entre 1,2 et 1,6

Dix-sept produits solaires ont été commandés depuis la France. Cinq ne sont pas arrivés à temps et deux étaient des doublons, laissant dix références distinctes. Trois d’entre elles n’ont pas été soumises aux essais d’efficacité, leur liste d’ingrédients faisant apparaître du 4-Méthylbenzylidène camphre, ou 4-MBC.

Les sept autres ont été évaluées selon la méthode HDRS, devenue la norme ISO 23698:2024, pour mesurer la protection contre les ultraviolets B, ou UVB, et les ultraviolets A, ou UVA.

Les résultats publiés font apparaître des écarts considérables. Quatre produits annoncés SPF 50, 50+ ou 90 auraient obtenu un facteur de protection compris entre 1,2 et 1,6. Le spray Jaysuing Sun Spray, affiché SPF 50, aurait été mesuré à 21,1, ce qui correspondrait plutôt à un étiquetage SPF 20. Deux références auraient par ailleurs présenté une protection contre les UVA presque inexistante, avec un facteur mesuré à 1,9.

Le facteur de protection solaire, généralement désigné par le sigle SPF, renseigne principalement sur la protection contre les UVB, responsables notamment des coups de soleil. La protection UVA doit également atteindre au moins un tiers du SPF indiqué. Selon les explications de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’échelle harmonisée recommandée en Europe s’arrête à la catégorie 50+. Les mentions SPF 90 ou 90+ sont donc particulièrement inhabituelles sur des produits destinés au marché européen.

Les dix références et la nature du problème relevé

RéférencePlateforme d’achat depuis la FranceRésultat principalConduite à tenir
Ouhoe Sunscreen SPF 50AliExpress et TemuProtection UVB et UVA suffisante ; présence d’EHMC contestée par les associationsDistinguer ce choix de précaution d’une non-conformité établie
West Month Bio Sun Stick SPF 50+TemuProtection UVB correcte, mais UVA insuffisantsNe pas compter sur le produit comme protection complète
Jaysuing Sun Spray SPF 50TemuSPF mesuré à 21,1 au lieu de 50Cesser de l’utiliser comme SPF 50
Melao Isolation Sunscreen SPF 50+SheinParmi les quatre produits mesurés entre SPF 1,2 et 1,6Cesser de l’utiliser comme protection solaire
LBLS Whitening Moisturizing Sunscreen Cream Rose SPF 90+AliExpressParmi les quatre produits mesurés entre SPF 1,2 et 1,6Cesser de l’utiliser comme protection solaire
Disaar Sunscreen Instant Protection Skin Color SPF 90AliExpressParmi les quatre produits mesurés entre SPF 1,2 et 1,6Cesser de l’utiliser comme protection solaire
Ruoall Broad Spectrum Sunscreen Lotion SPF 50TemuParmi les quatre produits mesurés entre SPF 1,2 et 1,6Cesser de l’utiliser comme protection solaire
Bioaqua Rice Raw Pulp 50+ SunscreenAliExpressPrésence déclarée de 4-MBC ; efficacité non mesuréeNe plus l’utiliser et demander des explications au vendeur
Laikou UV Defense Daily Sunscreen 50+AliExpressPrésence déclarée de 4-MBC ; efficacité non mesuréeNe plus l’utiliser et demander des explications au vendeur
Sadoer Protection Isolation Sunscreen 50+AliExpressPrésence déclarée de 4-MBC ; efficacité non mesuréeNe plus l’utiliser et demander des explications au vendeur

Les résultats publics regroupent les quatre facteurs de protection les plus faibles sans attribuer à chaque produit une valeur précise comprise entre 1,2 et 1,6. Il serait donc trompeur d’associer un chiffre individuel à Melao, LBLS, Disaar ou Ruoall sans disposer du rapport complet du laboratoire.

4-MBC interdit et EHMC autorisé : deux situations à ne pas confondre

Le 4-MBC a été retiré de la liste des filtres ultraviolets autorisés dans les produits cosmétiques européens. Selon le règlement européen 2024/996, aucun nouveau cosmétique en contenant ne peut être mis pour la première fois sur le marché de l’Union depuis le 1er mai 2025. Depuis le 1er mai 2026, les produits qui en contiennent ne peuvent plus être mis à la disposition des consommateurs.

Les achats examinés ont été effectués le 15 avril 2026, avant cette seconde échéance. Que Choisir Ensemble indique cependant que les références Bioaqua et Sadoer porteraient une date de fabrication postérieure au 1er mai 2025. Cet élément pose la question de leur date de première mise sur le marché, sans permettre à lui seul de reconstituer leur circuit d’importation.

La situation de la crème Ouhoe est différente. Elle est la seule référence ayant satisfait simultanément les exigences de protection contre les UVB et les UVA. Les associations déconseillent néanmoins son achat en raison de la présence d’ethylhexyl methoxycinnamate, ou EHMC.

Cet ingrédient n’est pas interdit. Dans son avis sur l’EHMC, le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs l’a jugé sûr comme filtre ultraviolet jusqu’à une concentration de 10 % dans les produits évalués, malgré une activité endocrinienne observée dans les données disponibles. La réserve des associations relève donc d’un principe de précaution plus strict que la réglementation, et non d’une inefficacité solaire démontrée.

Des retraits annoncés, mais pas de rappel général

Temu a déclaré avoir retiré les produits signalés et suspendu temporairement certaines références similaires. Shein a annoncé un retrait à l’échelle mondiale ainsi qu’un audit des annonces apparentées. AliExpress affirme avoir supprimé les produits après avoir reçu leurs références précises.

Ces réponses restent des déclarations des plateformes et ne prouvent pas que toutes les annonces identiques ou dupliquées ont définitivement disparu. Que Choisir Ensemble souligne également que les retraits annoncés ne garantissent pas que les références ne réapparaîtront pas auprès d’un autre vendeur.

Selon les explications officielles sur les retraits et rappels, un retrait vise les produits encore présents dans le circuit de vente. Un rappel concerne aussi ceux déjà achetés et s’accompagne normalement de consignes destinées aux consommateurs.

Au 10 juillet 2026 à 13 h 13, aucune procédure générale comportant des lots, des périodes de vente et des modalités uniformes de remboursement n’avait été identifiée pour ces dix références dans les sources publiques consultées.

Jusqu’à 259 euros le litre malgré un faible prix affiché

Les produits commandés coûtaient entre 2,19 et 12,95 euros par emballage, mais leurs contenances variaient de 15 à 220 millilitres. Une fois les formats ramenés à un litre, les tarifs s’échelonnaient de 33,25 à 259 euros. Le petit montant déboursé à l’unité ne garantissait donc pas une économie.

À titre de comparaison strictement tarifaire, une crème Decathlon SPF 50 de 200 ml était affichée à 14,99 euros, soit 74,95 euros le litre, lors du relevé du 10 juillet. Un spray SVR SPF 50+ de 200 ml apparaissait à 12,25 euros en promotion, contre 13,93 euros auparavant, soit 61,25 euros le litre.

Ces prix peuvent évoluer et ne constituent pas une comparaison d’efficacité en laboratoire. Ils montrent seulement qu’une référence vendue quelques euros sur une marketplace n’est pas nécessairement moins chère à quantité égale.

Vous reconnaissez l’un de ces produits : les démarches utiles

Pour les neuf références présentant une protection insuffisante ou mentionnant du 4-MBC, il est préférable de cesser de les utiliser comme protection solaire. Le cas d’Ouhoe doit être distingué : sa protection a été jugée suffisante dans le test, tandis que la réserve porte sur un ingrédient autorisé que les associations choisissent d’écarter par précaution.

Retrouvez la commande et comparez le nom complet, l’indice annoncé et l’emballage. Photographiez la liste des ingrédients, le numéro de lot, le nom du vendeur et l’historique d’achat. Pour Bioaqua, Laikou et Sadoer, recherchez notamment la mention « 4-Methylbenzylidene Camphor ».

Demandez ensuite par écrit à la plateforme si votre commande est concernée par le retrait, si un remboursement est proposé et si le retour du produit est nécessaire. Une annonce toujours active, un défaut de sécurité ou un litige peut être signalé sur SignalConso.

En cas de réaction cutanée ou d’un autre effet indésirable, le consommateur peut également utiliser le portail officiel des signalements sanitaires.

Pour un futur achat, le nom et l’adresse de la personne responsable dans l’Union européenne, le numéro de lot et la liste complète des ingrédients facilitent l’identification et la traçabilité du cosmétique. La fiche de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes sur les produits cosmétiques détaille les principales mentions obligatoires.

Le prix au litre sert, lui, à comparer les coûts entre des formats différents. Ces mentions ne garantissent pas à elles seules l’efficacité du produit, mais leur absence doit inciter à la prudence.

Cette campagne ne permet pas de juger toutes les protections solaires vendues sur Temu, Shein et AliExpress. Pour neuf des dix références examinées, les défauts publiés justifient toutefois de ne plus les utiliser comme protection solaire. Pour Ouhoe, la décision relève d’une précaution sur la composition, et non d’une insuffisance de protection ou d’une interdiction réglementaire établie.

Économiste de formation, diplômé d’un Master en Économie de l’Entreprise et des Marchés par l'Université Sorbonne Paris Nord. Mon parcours professionnel a été façonné par la grande distribution et par une expérience au sein de l’Institut National de la Consommation.

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