Le tribunal judiciaire de Paris a jugé trompeuses plusieurs mentions environnementales utilisées sur des bouteilles Volvic, selon la CLCV. La décision vise notamment les formules « neutre en carbone », « 100 % recyclée » ou encore « 100 % recyclable », mais Danone conteste le jugement et annonce faire appel. Pour les consommateurs, l’affaire rappelle surtout qu’une promesse « verte » doit être précise, prouvée et limitée à un périmètre clair avant d’influencer un achat.
Une condamnation qui vise des mentions environnementales précises
L’affaire concerne un produit très courant : une bouteille d’eau en plastique. Le 29 juin, l’association Consommation, logement et cadre de vie, plus connue sous le sigle CLCV, a annoncé que le tribunal judiciaire de Paris avait donné satisfaction à une grande partie de ses demandes contre la Société des eaux de Volvic, filiale du groupe Danone. Le jugement a été rendu le 23 juin.
Selon la CLCV, plusieurs allégations affichées sur les emballages et bouteilles Volvic ont été jugées comme relevant de pratiques commerciales trompeuses : « neutre en carbone », « certifiée neutre en carbone », « 100 % recyclé », « 100 % recyclée », « 100 % recyclable » et « toujours recyclable ».
D’après Le Monde, qui indique avoir consulté le jugement, Volvic doit publier la décision judiciaire sur la page d’accueil de son site pendant six mois et verser 75 000 euros à la CLCV. Ce montant doit être lu correctement : il s’agit de dommages et intérêts rapportés par la presse, et non d’une amende pénale. D’après les reprises de presse, Danone conteste la décision, annonce faire appel et affirme que l’empreinte carbone de Volvic a baissé de 17,9 % entre 2019 et 2025.
Le jugement complet n’est pas disponible dans les sources ouvertes consultées au moment de la rédaction. Les éléments judiciaires détaillés reposent donc sur le communiqué de la CLCV, partie à la procédure, et sur les informations rapportées par des médias ayant eu accès à la décision. Cette prudence est nécessaire : l’affaire n’est pas définitivement close.
Pourquoi « neutre en carbone » ne signifie pas absence d’émissions
La mention « neutre en carbone » peut donner une impression très forte. Pour un acheteur, elle peut laisser penser que le produit n’a pas d’impact climatique ou que ses émissions ont été entièrement annulées.
Or une bouteille en plastique suppose des matières premières, de l’énergie, du transport, un emballage et une fin de vie. Quand une marque parle de neutralité carbone, elle peut s’appuyer sur des mécanismes de compensation, par exemple le financement de projets censés absorber ou éviter des émissions ailleurs. Cela ne signifie pas forcément que le produit lui-même n’a généré aucune émission.
C’est là que le consommateur peut être induit en erreur. Une formule courte, placée en grand sur l’emballage, ne suffit pas si elle ne précise pas le périmètre : fabrication, transport, bouteille seule, emballage complet, compensation, période de calcul, organisme de contrôle. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes rappelle qu’une allégation environnementale doit être claire, proportionnée, non ambiguë et justifiée par des éléments précis.
« Recyclé » ou « recyclable » : le périmètre exact à vérifier
Les mentions liées au recyclage sont tout aussi délicates. « Recyclé » et « recyclable » se ressemblent, mais elles ne disent pas la même chose.
Un emballage « recyclé » contient de la matière issue du recyclage. Mais encore faut-il savoir quelle partie du produit est concernée : la bouteille seule, le bouchon, l’étiquette, l’emballage secondaire, ou l’ensemble ? Si seule une partie de l’emballage est fabriquée avec de la matière recyclée, une formule globale comme « 100 % recyclée » peut être comprise de manière trop large.
La mention « recyclable » pose une autre question. Elle signifie qu’un matériau peut, en théorie, entrer dans une filière de recyclage. Elle ne garantit pas que le produit sera effectivement recyclé après usage. Le geste de tri, les consignes locales, les centres de traitement, les colles, les encres, les étiquettes ou les bouchons peuvent changer la réalité du recyclage.
Le chiffre « 100 % » doit donc être lu avec prudence. Il donne une impression de totalité. Si l’allégation ne concerne pas toutes les parties visibles de l’emballage, le consommateur peut comprendre davantage que ce que la marque est en mesure de démontrer.
Ce que dit le droit de la consommation
Le sujet n’est pas seulement écologique. Il relève aussi de l’information donnée avant l’achat. Le Code de la consommation encadre les pratiques commerciales trompeuses lorsqu’une présentation peut induire le consommateur en erreur, notamment sur les caractéristiques essentielles d’un bien, son impact environnemental ou la portée des engagements du professionnel.
Autrement dit, une promesse verte n’est pas un simple slogan si elle influence le choix d’un produit. Elle peut faire préférer une marque, accepter un prix plus élevé ou donner le sentiment d’un achat plus responsable. C’est précisément pour cela que son périmètre doit être compréhensible : parle-t-on du produit, de l’emballage, de la bouteille seule, du transport, ou d’une compensation carbone ?
Ce cadre s’inscrit aussi dans un mouvement européen plus large. La directive européenne 2024/825 renforce l’encadrement des communications environnementales afin de prévenir l’écoblanchiment. Pour le consommateur, cela confirme une tendance de fond : les promesses vertes doivent devenir plus vérifiables et moins ambiguës.
Une condamnation contestée, mais déjà utile pour les consommateurs
Plusieurs éléments sont établis par les sources disponibles : la CLCV a communiqué sur le jugement, les mentions visées sont identifiées, la décision est susceptible d’appel et Danone conteste le raisonnement retenu.
Mais plusieurs points doivent rester présentés avec prudence. Le jugement complet n’a pas été directement consulté dans les sources ouvertes disponibles. Une réponse directe de Danone ou Volvic n’a pas été obtenue dans le cadre de cette rédaction. Surtout, cette décision ne permet pas, à elle seule, d’affirmer que les mêmes mentions figurent encore sur les bouteilles actuellement vendues en magasin.
Ce dernier point est important pour éviter une confusion. Un consommateur peut voir une bouteille Volvic aujourd’hui et se demander si elle porte encore les mêmes allégations. Sans vérification en rayon ou réponse directe de l’entreprise, il faut distinguer les pratiques jugées et l’état exact des emballages actuellement commercialisés.
Tableau pratique : comment lire une promesse verte
| Mention affichée | Ce que le consommateur peut comprendre | Ce qu’il faut vérifier avant d’y croire |
|---|---|---|
| « Neutre en carbone » | Le produit n’aurait pas d’impact climatique net | Méthode de calcul, émissions prises en compte, rôle de la compensation, preuve indépendante |
| « Compensé carbone » | Les émissions seraient équilibrées ailleurs | Nature des projets financés, périmètre couvert, date, organisme de contrôle |
| « 100 % recyclé » | Tout le produit serait fabriqué avec de la matière recyclée | Bouteille seule ou emballage complet, bouchon, étiquette, part exacte de matière recyclée |
| « 100 % recyclable » | Tout l’emballage pourra être recyclé après usage | Composants exclus, colle, encre, étiquette, filière disponible localement |
| « Écologique » ou « responsable » | Le produit serait globalement meilleur pour l’environnement | Critère précis, comparaison, preuve chiffrée, label reconnu ou simple argument marketing |
Ce tableau ne remplace pas une preuve, mais il aide à repérer les promesses qui doivent être vérifiées avant d’influencer l’achat.
Les bons réflexes pour vérifier une promesse verte en rayon
Le premier réflexe est de se méfier des mots absolus : « neutre », « zéro », « 100 % », « toujours », « écologique », « durable ». Plus la formule est forte, plus la preuve doit être solide.
Exemple concret : si deux packs d’eau ont un prix proche, une mention environnementale claire et documentée peut entrer dans le choix. Mais si l’un coûte plus cher uniquement parce qu’il promet une bouteille « verte », il faut vérifier ce que la marque prouve vraiment. La promesse porte-t-elle sur toute la bouteille ou seulement sur le corps en plastique ? Le bouchon est-il inclus ? L’étiquette l’est-elle aussi ? Le site de la marque donne-t-il une méthode, un périmètre, une date, un organisme de contrôle ou seulement une formule commerciale ?
Si une allégation paraît douteuse, le consommateur peut conserver une photo de l’emballage, noter la date et le lieu d’achat, vérifier les explications de la marque, puis faire un signalement sur SignalConso ou transmettre l’information à une association de consommateurs. Le signalement ne garantit pas une sanction, mais il permet de documenter une pratique et de la faire remonter aux services compétents.
Faut-il se laisser guider par une mention écologique ?
La décision Volvic ne signifie pas qu’il faut rejeter toutes les démarches environnementales des marques. Une entreprise peut réduire ses émissions, intégrer davantage de matière recyclée ou améliorer ses emballages. Mais ces efforts doivent être compréhensibles, datés et vérifiables.
Pour décider, trois questions suffisent souvent : la promesse est-elle précise ? La preuve est-elle accessible ? Le bénéfice annoncé justifie-t-il vraiment le choix du produit, surtout s’il est plus cher ?
Dans le cas de l’eau en bouteille, l’arbitrage peut aussi dépasser l’étiquette. Une bouteille contenant du plastique recyclé peut être préférable à une autre du point de vue de la matière utilisée pour l’emballage, mais elle reste un emballage jetable. Lorsque l’eau du robinet convient à l’usage recherché, elle peut aussi être une option à considérer pour limiter les déchets et les achats répétés.
La conséquence pratique est simple : une promesse environnementale peut aider à comparer, mais seulement si elle est précise et prouvée. Si la preuve n’est pas accessible, la mention verte doit rester un argument secondaire, pas le critère principal d’achat ni la seule raison d’accepter un prix plus élevé.

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