Plastique en supermarché : les rayons où les enseignes ne tiennent pas encore leurs promesses

Plastique au supermarché : les 5 rayons à vérifier pendant vos courses
Dans les rayons, la réduction du plastique se mesure surtout aux alternatives réellement disponibles : vrac, grands formats, produits non emballés et prix au kilo.

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Une enquête menée dans 1 659 magasins montre que les engagements anti-plastique des enseignes restent très inégaux une fois le client devant les rayons. Le sujet ne se limite pas aux fruits et légumes emballés : mini-bouteilles, produits prédécoupés, vrac en recul et unidoses pèsent aussi dans le panier. Pour repérer les vrais efforts pour réduire l’usage du plastique en supermarché, le bon réflexe consiste à comparer l’emballage, mais aussi le prix au kilo ou au litre.

Le vrai test anti-plastique se fait devant les rayons

Les supermarchés parlent souvent de recyclage, d’emballages allégés ou de réemploi. Mais pour le consommateur, la promesse se vérifie plus simplement : existe-t-il une alternative moins emballée, visible, disponible et comparable en prix ?

L’enquête de Que Choisir Ensemble et No Plastic In My Sea donne un point de départ solide. Entre le 7 et le 21 février 2026, des relevés ont été effectués dans 1 659 magasins appartenant à 11 enseignes : E.Leclerc, Lidl, Intermarché, Carrefour, Aldi, Système U, Biocoop, Auchan, La Vie Claire, Monoprix et Naturalia. Elle observe plusieurs rayons du quotidien : fruits et légumes, vrac, eaux et boissons, sachets, produits prédécoupés, unidoses et réemploi.

Le cadre légal pousse aussi les enseignes à aller au-delà du simple tri. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire prévoit une trajectoire de réduction des emballages plastiques à usage unique, avec des objectifs successifs de réduction, de réutilisation, de réemploi et de recyclage. La loi AGEC publiée sur Légifrance fixe notamment l’objectif de fin de mise sur le marché des emballages plastiques à usage unique d’ici 2040.

Fruits bio emballés : l’alerte la plus visible

Le rayon fruits et légumes reste le premier endroit à regarder. Selon l’enquête, dans la grande distribution classique, les fruits et légumes bio observés sont emballés dans 91 % des magasins, dont environ la moitié sous plastique. Dans les magasins bio, la situation est très différente : ces produits sont vendus en vrac dans 90 % des cas.

C’est un paradoxe important. Acheter bio ne signifie pas automatiquement acheter moins emballé. Une carotte, une pomme ou une pomme de terre bio peuvent être vendues sous filet, film ou barquette, alors qu’un produit équivalent en vrac existe parfois ailleurs. Le bon critère n’est donc pas seulement le label, mais le trio : produit, emballage, prix au kilo.

Les produits prédécoupés ajoutent un autre piège. Fruits déjà coupés, champignons en lamelles, courgettes en rondelles ou légumes prêts à cuire rendent service, mais ils ajoutent souvent une barquette ou un sachet. Dans les magasins observés, Carrefour et E.Leclerc ressortent plus fortement sur ces formats, selon le rapport détaillé de l’enquête. Cette comparaison doit rester prudente : elle vaut pour les points de vente audités et peut varier selon les magasins.

Côté budget, le réflexe est simple : ne pas comparer seulement le prix affiché. Un fruit prédécoupé ou une portion prête à consommer peut paraître abordable, mais coûter davantage au kilo qu’un produit entier. L’emballage devient alors un double coût : plus de déchets et parfois un prix réel plus élevé.

Bouteilles et mini-formats : le plastique discret qui pèse lourd

Le rayon eaux et boissons est moins spectaculaire qu’une barquette de fruits sous plastique, mais il pèse lourd. Selon Que Choisir Ensemble et No Plastic In My Sea, les eaux et boissons représentent près de 40 % des plastiques à usage unique en grandes et moyennes surfaces. L’enquête relève aussi la présence de mini-formats dans 81 % des magasins audités.

Ces petits formats sont pratiques pour un trajet, un goûter ou un repas rapide. Mais une bouteille de 33 ou 50 cl multiplie l’emballage pour une faible quantité de produit. Pour le consommateur, le bon repère est le prix au litre. Une petite bouteille peut sembler peu chère à l’unité, mais être nettement moins intéressante qu’un grand format, une gourde ou l’eau du robinet lorsque cet usage est possible.

Biocoop fait figure d’exception sur un point : l’enseigne indique avoir arrêté la vente d’eau plate en bouteille plastique depuis 2017. Le rapport cite ce choix comme une mesure forte, mais il ne faut pas en déduire que toutes les autres catégories de produits seraient automatiquement exemplaires. Un vrai effort anti-plastique se mesure rayon par rayon.

Vrac : le choix du consommateur recule dans beaucoup de magasins

Le vrac devait devenir un repère central pour acheter moins emballé. Or l’enquête relève un recul net en grande distribution classique : 57 % des magasins proposaient un rayon vrac en 2023, contre 38 % en 2026. Le nombre moyen de références en vrac aurait aussi diminué, de 56 à 44.

Cette baisse est concrète pour les clients. Sans rayon vrac visible, le choix moins emballé devient théorique. Le consommateur peut vouloir acheter des pâtes, du riz, des lentilles ou des amandes sans emballage, mais encore faut-il que l’enseigne propose réellement cette option.

Là encore, les écarts doivent être lus avec prudence. Dans les magasins observés, les enseignes bio restent les plus avancées sur le vrac, notamment Biocoop, La Vie Claire et Naturalia. En grande distribution classique, E.Leclerc et Coopérative U apparaissent mieux placés que d’autres sur ce critère. À l’inverse, Lidl et Aldi ressortent très faiblement sur le vrac dans l’enquête, même si ces enseignes sont moins exposées à certains produits prédécoupés. Ces constats ne valent pas comme classement absolu de tous les magasins, mais comme signal sur les pratiques observées.

La réglementation va pourtant dans le sens d’un développement du sans emballage primaire. Le décret sur les surfaces de vente de produits en vrac précise la méthode permettant aux commerces de détail de plus de 400 m² de mesurer l’objectif de développement des produits sans emballage primaire, dont le vrac, à horizon 2030. La DGCCRF indique que le calcul peut notamment s’appuyer sur la surface de vente, le chiffre d’affaires ou le nombre de références vendues.

Ce qu’il faut vérifier en rayon avant d’acheter

RayonSignal d’alerteAlternative à chercherPoint budget à comparer
Fruits et légumes bioFilet, film, barquetteProduit bio en vrac ou non emballéPrix au kilo
Produits prédécoupésFruits ou légumes prêts à consommer sous plastiqueProduit entierÉcart de prix au kilo
Eaux et boissonsMini-bouteilles, petits jus, packs individuelsGrand format, gourde, eau du robinet selon usagePrix au litre
Épicerie sèchePas de vrac ou peu de référencesRiz, pâtes, lentilles, amandes en vracPrix au kilo et quantité utile
Hygiène et entretienUnidoses, capsules, recharges peu lisiblesRecharge, grand format, produit concentréCoût par lavage ou par usage

À privilégier, à comparer, à éviter

À privilégier : les fruits et légumes entiers non emballés, le vrac quand il est disponible et proprement présenté, les grands formats utiles lorsque le foyer les consomme vraiment.

À comparer : les recharges, les produits bio emballés, les petits formats, les produits prédécoupés. Ils peuvent être pratiques, mais le prix au kilo ou au litre doit décider.

À éviter si possible : les mini-bouteilles achetées par habitude, les unidoses, les fruits déjà coupés sous plastique et les emballages qui ne promettent qu’un recyclage sans réduire la quantité de plastique.

Le bon indicateur n’est pas le nombre de messages verts en rayon. Une enseigne qui réduit vraiment le plastique rend l’alternative moins emballée facile à trouver, disponible régulièrement et économiquement défendable.

La réduction du plastique en supermarché ne se juge pas seulement aux engagements affichés. Elle se vérifie dans cinq rayons : fruits et légumes bio, produits prédécoupés, eaux et boissons, vrac, hygiène et entretien. Pour faire un choix plus éclairé, le consommateur doit regarder l’emballage, mais aussi le prix au kilo ou au litre. Un produit moins emballé n’est utile que s’il reste accessible, lisible et réellement disponible au moment des courses.

À propos d'Idriss Benouazzani 78 Articles
Économiste de formation, spécialisé en Économie de l’Entreprise et des Marchés. Mon parcours professionnel a été façonné par la grande distribution et par une expérience au sein de l’Institut National de la Consommation. J’analyse pour CONSO Magazine les enjeux de consommation, les mutations micro-économiques, les innovations de produits et services, ainsi que les tendances qui influencent les habitudes d’achat et le quotidien des consommateurs.

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