L’enquête publiée par Foodwatch sur des résidus de pesticides interdits dans du riz, du thé et des épices ne signifie pas qu’il faut vider ses placards. Elle invite surtout à vérifier des références précises, en particulier deux lots vendus en France que l’association demande de rappeler. Pour les consommateurs, l’enjeu est de distinguer une alerte associative, un dépassement de limite réglementaire et un rappel officiel publié par les autorités. Le bon réflexe : vérifier le produit, le lot, puis RappelConso avant de jeter ou de racheter.
Une enquête ciblée, pas une alerte sur tous les riz, thés et épices
Riz thaï, riz basmati, paprika, cumin, thé vert : les produits visés par Foodwatch appartiennent à des catégories très courantes. C’est précisément ce qui rend l’alerte sensible. Un paquet de riz ou un pot d’épices peut rester plusieurs mois dans un placard, parfois sans que le consommateur garde le ticket de caisse ou vérifie le numéro de lot.
Selon l’enquête publiée par Foodwatch et les éléments rapportés par Le Monde, l’association a fait tester 64 produits achetés en France, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas. Sur cet échantillon, 49 produits présentaient des résidus de pesticides et 45 contenaient des substances interdites en Europe, soit environ 70 % des échantillons analysés. En France, 12 produits sur 15 testés présentaient des traces de pesticides interdits.
Ces chiffres sont importants, mais ils ne décrivent pas tout le marché. L’échantillon est ciblé : il ne permet pas de conclure que tous les riz, tous les thés ou toutes les épices vendus en grande distribution sont concernés. La vérification doit se faire produit par produit, lot par lot.
Les deux lots à vérifier en priorité en France
Les deux références françaises les plus sensibles sont celles pour lesquelles Foodwatch demande un rappel immédiat : le paprika doux moulu Ducros, lot 601912350, et le riz Le Thaï de Taureau Ailé, lot 0506251BN-B. Le Monde confirme que ces deux produits font partie des 14 produits dépassant les limites maximales de résidus, dont deux achetés en France.
Pour le paprika Ducros, les analyses rapportées font état de 18 résidus de pesticides, dont six interdits en Europe. Deux substances dépasseraient les limites maximales de résidus : le chlorfénapyr, mesuré à 0,096 mg/kg contre une limite de 0,01 mg/kg, et le flonicamide, mesuré à 1,89 mg/kg contre une limite de 0,3 mg/kg. Pour le riz Le Thaï de Taureau Ailé, l’anthraquinone aurait été mesurée à 0,027 mg/kg, contre une limite de 0,01 mg/kg.
En pratique, le nom de la marque ne suffit pas. Un autre pot Ducros ou un autre paquet Taureau Ailé ne doit pas être assimilé automatiquement aux lots cités. La première vérification consiste à comparer le numéro de lot imprimé sur l’emballage.
Où trouver le numéro de lot sur l’emballage ?
Le numéro de lot est généralement imprimé près de la date de durabilité minimale, sur le fond d’un pot, au dos d’un sachet, sur le côté d’un paquet ou près du code-barres. Il peut être précédé de la mention “lot”, “L”, “batch” ou d’une suite de chiffres et de lettres.
Ce détail compte beaucoup. Si le lot ne correspond pas exactement à celui cité dans l’enquête, il ne faut pas conclure automatiquement que le produit détenu à la maison est concerné. À l’inverse, si le lot correspond, il est préférable de suspendre la consommation le temps de vérifier les consignes officielles ou la réponse de la marque.
Résidu détecté, pesticide interdit, dépassement : trois niveaux à ne pas confondre
Un résidu détecté signifie qu’une trace d’une substance a été mesurée. Un pesticide interdit dans l’Union européenne signifie que la substance n’est plus approuvée pour certains usages agricoles dans l’Union. Un dépassement de limite maximale de résidus indique que la quantité mesurée dépasse le seuil légal applicable au produit.
La Commission européenne rappelle que les limites maximales de résidus s’appliquent à 315 produits frais et à leurs produits transformés, couvrent environ 1 100 pesticides utilisés actuellement ou par le passé, dans ou hors de l’Union européenne. Lorsqu’un pesticide n’est pas spécifiquement mentionné, une limite par défaut de 0,01 mg/kg s’applique. Le règlement européen 396/2005 fixe le cadre des limites maximales applicables aux résidus de pesticides dans les denrées alimentaires et les aliments pour animaux.
Cette distinction change tout pour le consommateur. Tous les produits où un résidu est détecté ne sont pas automatiquement au-dessus d’un seuil légal. Les deux lots français signalés avec dépassement doivent donc être traités comme prioritaires, sans extrapoler à toutes les références du rayon.
Tableau pratique : les références à traiter en priorité
| Produit | Marque | Lot | Ce qui est signalé | Statut RappelConso au 21 mai 2026 | Conduite prudente |
|---|---|---|---|---|---|
| Paprika doux moulu | Ducros | 601912350 | Dépassement de limites maximales de résidus selon Foodwatch | Aucune fiche spécifique retrouvée dans les résultats consultables avec “Ducros” sur la page RappelConso “Herbes et épices” consultée | Suspendre la consommation si le lot correspond, conserver l’emballage et contacter la marque ou l’enseigne |
| Riz Le Thaï | Taureau Ailé | 0506251BN-B | Anthraquinone au-dessus de la limite maximale selon les analyses rapportées | La recherche RappelConso “Taureau” renvoie à un ancien rappel de 2023, pas au lot 0506251BN-B cité par Foodwatch | Ne pas consommer si le lot correspond avant clarification officielle ou réponse du service consommateur |
Ce tableau ne remplace pas une fiche officielle. Il sert à hiérarchiser les vérifications : d’abord les lots avec dépassement signalé, ensuite les autres références éventuellement citées pour des résidus sous seuil. Si une fiche RappelConso apparaît après publication, elle doit prévaloir sur l’enquête associative et préciser les consignes à suivre.
RappelConso : le passage obligé avant de parler de rappel officiel
Foodwatch demande un rappel, mais cette demande ne vaut pas automatiquement rappel officiel. En France, RappelConso est le site public des alertes de produits dangereux. La plateforme est notamment proposée par la Direction générale de l’alimentation et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.
La catégorie “Herbes et épices” de RappelConso affiche déjà des rappels liés à des pesticides ou produits phytosanitaires non autorisés, par exemple pour de la camomille, des graines de coriandre ou des feuilles de fenugrec séchées. Cela montre que le risque existe et qu’il peut donner lieu à une procédure officielle.
Cette nuance est essentielle. Si une fiche RappelConso est publiée, elle précise généralement le produit, la marque, le lot, le risque, les dates de commercialisation et la conduite à tenir. Sans fiche officielle, il faut rester prudent : ne pas minimiser l’alerte, mais ne pas inventer de procédure de rappel ou de remboursement.
Vous avez le produit chez vous : que faire ?
Si le lot correspond exactement au paprika Ducros 601912350 ou au riz Taureau Ailé 0506251BN-B, la conduite prudente est de suspendre la consommation, de garder l’emballage, de vérifier RappelConso et de contacter le service consommateur de la marque ou l’enseigne d’achat. Il ne faut pas jeter l’emballage trop vite : il peut être nécessaire pour identifier le lot ou demander un éventuel remboursement si une procédure officielle est ouverte. En cas de difficulté à obtenir une réponse claire d’un professionnel, le consommateur peut aussi utiliser SignalConso pour signaler un problème.
Si la marque correspond mais que le lot est différent, il ne faut pas conclure automatiquement que le produit est concerné. C’est l’erreur la plus coûteuse pour un foyer : remplacer tout un placard sans correspondance de lot peut entraîner une dépense inutile.
Si le produit est cité dans l’enquête pour des résidus, mais sans dépassement de limite clairement identifié, la situation n’est pas la même. Le bon réflexe consiste à surveiller les informations officielles et la communication de la marque, sans présenter le produit comme rappelé.
Si le produit n’est pas cité, il n’y a pas de raison de jeter tous les riz, thés ou épices. L’enquête pose une question de contrôle des importations, mais elle ne transforme pas tout un rayon en produit à risque immédiat.
Ce qu’il ne faut pas faire
Il ne faut pas jeter tous les produits Ducros, Taureau Ailé, Lipton, Twinings ou toutes les marques citées dans l’enquête simplement parce qu’un produit a été testé. Il ne faut pas non plus remplacer tout son stock de riz, thé ou épices sans correspondance précise de lot.
Il faut également éviter de parler de “rappel officiel” tant qu’une fiche RappelConso n’est pas publiée. La formulation correcte, à ce stade, est : Foodwatch demande le rappel de deux lots vendus en France.
Pour les prochains achats, les critères vraiment utiles
| Critère à regarder | Pourquoi c’est utile | Limite |
|---|---|---|
| Numéro de lot lisible | Indispensable en cas d’alerte ou de rappel | Ne dit rien, à lui seul, sur la qualité du produit |
| Origine affichée | Aide à comprendre la traçabilité | Une origine claire ne garantit pas l’absence de résidus |
| Prix au kilo | Permet de comparer les formats | Le moins cher n’est pas toujours le plus transparent |
| Mention bio | Peut être un critère de choix | Ne garantit pas une absence totale de résidus |
| Marque ou enseigne joignable | Utile pour obtenir une réponse en cas de doute | La réponse peut prendre du temps |
Le bio peut être un critère, mais il ne doit pas être présenté comme une garantie absolue. Dans son bilan 2023 de la Direction générale de l’alimentation, l’administration indique que des résidus de pesticides ont été détectés dans 6,3 % des prélèvements portant sur des denrées issues de l’agriculture biologique, avec un prélèvement non conforme concernant un riz thaï complet.
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes rappelle de son côté que les denrées commercialisées sur le marché européen doivent respecter les limites maximales de résidus. Dans ses contrôles sur les résidus de pesticides, elle avait relevé un taux de non-conformité de 2,3 % dans les plans représentatifs du marché, contre 9,3 % pour les produits soumis à contrôles renforcés à l’importation.
La décision raisonnable n’est donc pas de bannir le riz, le thé ou les épices. Elle est plus simple : vérifier les deux lots cités avec dépassement, consulter RappelConso, conserver l’emballage en cas de doute et éviter les remplacements massifs non justifiés. L’enquête Foodwatch soulève un vrai sujet de sécurité alimentaire et de contrôle des importations.

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