Promotions en supermarché : pourquoi les rabais XXL ne vont pas forcément revenir après le 15 avril

Promotions en supermarché : pourquoi les rabais XXL ne vont pas forcément revenir après le 15 avril
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Une date a semé le doute dans les rayons hygiène, beauté et entretien. Une page de Service-Public Entreprendre indique encore que l’extension de l’encadrement des promotions en supermarché sur les produits de grande consommation court “jusqu’au 15 avril 2026”, alors que le droit en vigueur a été modifié par la loi du 14 avril 2025. En réalité, les super-promos n’étaient pas appelées à revenir mécaniquement le 16 avril 2026. Le cadre a été prolongé jusqu’au 15 avril 2028, avec une différence importante entre alimentaire et non-alimentaire.

Ce qui change vraiment

Le point clé tient dans la hiérarchie des sources. La page de Service-Public Entreprendre, vérifiée le 2 juillet 2024, mentionne encore un élargissement de l’encadrement “jusqu’au 15 avril 2026”. Mais l’article 125 de la loi ASAP, dans sa version consolidée sur Légifrance, a été modifié par la loi du 14 avril 2025. Cette version en vigueur prévoit que les dispositions concernées restent applicables jusqu’au 15 avril 2028.

Autre point décisif, le plafond n’est plus présenté de la même façon selon les rayons. Pour les produits alimentaires, l’avantage promotionnel reste plafonné à 34 % du prix de vente au consommateur, ou à une augmentation de quantité équivalente. Pour les produits de grande consommation non alimentaires, le plafond peut aller jusqu’à 40 %. La loi du 14 avril 2025 a ajouté explicitement ce seuil de 40 % pour ces produits. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, la DGCCRF, rappelle aussi que cette prolongation court bien jusqu’au 15 avril 2028.

Concrètement, cela vise notamment des familles de produits très présentes dans les paniers du quotidien : lessives, détergents, assouplissants, papier hygiénique, couches, dentifrices, savons, produits de beauté, déodorants ou shampoings, qui figurent dans la liste réglementaire des produits de grande consommation au code de commerce. Autrement dit, l’hygiène-beauté et l’entretien restent bien encadrés, mais pas avec le même plafond que l’alimentaire.

Ce que l’annonce ne dit pas

Le 15 avril 2026 n’ouvrait donc pas une sorte de fenêtre magique pour revoir partout du “1 acheté = 1 offert” sur la lessive ou le shampoing. Le texte ne crée aucune obligation pour les enseignes de relancer des promos massives. Il fixe un plafond, il n’impose pas une politique commerciale. Et il ajoute un autre verrou souvent oublié : les produits vendus en promotion ne doivent pas dépasser 25 % d’un volume ou d’un chiffre d’affaires prévisionnel défini au contrat entre fournisseur et distributeur. Même quand une remise est légalement possible, elle ne peut donc pas être déployée sans limite.

C’est aussi là que naissent les faux-semblants promotionnels. La DGCCRF précise que les réductions chiffrées, les offres du type “2+1”, le cagnottage affecté à un produit précis et les coupons sur un produit déterminé entrent dans le champ de l’encadrement. En revanche, un cagnottage non rattaché à un article précis, par exemple “10 euros sur la carte dès 50 euros d’achats”, n’entre pas dans ce même champ. Les mentions du type “prix bas” ou “prix choc”, sans réduction chiffrée, non plus. En rayon, l’impression de retour des grosses promos peut donc venir d’une mise en scène commerciale plus que d’une vraie rupture réglementaire.

Il faut aussi se méfier des gros pourcentages affichés en tête de gondole. Des enseignes consultées affichent encore en avril 2026 des mécaniques comme “50 % cagnottés” ou “-80 % sur le 2e”. Cela ne signifie pas nécessairement que le plafond légal a sauté. Dans le cas d’un “-80 % sur le 2e produit” appliqué à deux unités identiques, l’avantage moyen représente mathématiquement 40 % sur les deux produits, soit justement le plafond maximal applicable aux produits non alimentaires concernés. Le chiffre mis en avant peut donc paraître spectaculaire tout en restant dans le cadre.

Là où il faut rester prudent

La confusion actuelle vient d’abord d’une documentation publique pas totalement alignée. D’un côté, une page administrative encore datée de 2024 conserve la borne du 15 avril 2026. De l’autre, Légifrance et la DGCCRF décrivent le droit applicable depuis avril 2025. La conclusion utile est simple : mieux vaut se fier au texte consolidé et aux lignes directrices de la DGCCRF qu’à une fiche plus ancienne restée en ligne sans actualisation sur ce point précis.

Il faut ensuite éviter une autre surinterprétation : tous les produits non alimentaires ne sont pas automatiquement concernés parce qu’ils sont non alimentaires. Le cadre vise les produits de grande consommation définis par le code de commerce. La DGCCRF souligne même que cela vaut quel que soit le circuit de distribution, y compris dans des réseaux spécialisés ou sélectifs, dès lors que les produits appartiennent bien à cette liste. Cela peut donc concerner aussi des rayons ou chaînes spécialisées en hygiène-beauté, pas seulement les hypermarchés.

Ce qu’il faut vérifier en rayon maintenant

La bonne grille de lecture n’est pas “les super-promos reviennent-elles ?”, mais “quel type d’avantage est réellement proposé ?”. En pratique, on peut encore voir :

  • des remises chiffrées sur l’hygiène-beauté et l’entretien, mais en principe dans la limite de 40 % pour les produits concernés ;
  • des offres en quantité du type “2+1” ;
  • du cagnottage sur un produit précis ;
  • des mécaniques globales de fidélité ou de panier qui donnent une impression de gros gain sans relever exactement du même plafond.

En revanche, on ne verra probablement pas un retour généralisé et légal de vraies remises type “1 acheté = 1 offert” sur les lessives, shampoings ou déodorants similaires, car cela reviendrait à un avantage de 50 %, au-dessus du plafond de 40 %. On ne doit pas non plus s’attendre à une explosion uniforme des promotions dans toutes les enseignes dès le lendemain d’une date repère, puisque le cadre juridique a été prolongé et que les contrats commerciaux continuent d’encadrer les volumes promus.

Le bon réflexe reste donc très concret : regarder si la promo est chiffrée, si elle porte sur un produit précis, si elle est immédiate ou renvoyée en cagnotte, et ramener l’offre au prix réellement payé par unité ou par lavage. C’est là que se joue le vrai pouvoir d’achat, beaucoup plus que dans le pourcentage affiché en grand.

En bref, le 15 avril 2026 ne marque pas le grand retour automatique des rabais XXL sur l’hygiène, la beauté et l’entretien. Le droit a été prolongé jusqu’en 2028, avec un plafond de 40 % pour les produits non alimentaires concernés. Les enseignes peuvent continuer à jouer sur la présentation, la fidélité et les mécaniques de lot, mais cela ne veut pas dire que les anciennes méga-remises sont redevenues la norme.

À propos d'Idriss Benouazzani 81 Articles
Économiste de formation, spécialisé en Économie de l’Entreprise et des Marchés. Mon parcours professionnel a été façonné par la grande distribution et par une expérience au sein de l’Institut National de la Consommation. J’analyse pour CONSO Magazine les enjeux de consommation, les mutations micro-économiques, les innovations de produits et services, ainsi que les tendances qui influencent les habitudes d’achat et le quotidien des consommateurs.

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