Matcha et aluminium : les résultats d’un test soulèvent la question de l’exposition quotidienne

Matcha et aluminium : le test de sept références soulève la question de l’exposition quotidienne
Très populaire, le matcha fait désormais l’objet d’analyses plus poussées. © Pixabay

Sept matchas commercialisés en France ont été analysés par Que Choisir Ensemble : de l’aluminium a été détecté dans tous et quatre dépassent, dans le scénario étudié, la valeur toxicologique de référence retenue par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Il ne s’agit toutefois ni d’un rappel concernant ces sept produits, ni d’une alerte sanitaire spécifique publiée par l’Anses à leur sujet. L’enjeu est surtout de comprendre ce que mesure cette référence, comment l’exposition se calcule et pourquoi les résultats ne permettent pas de fixer un nombre de tasses de matcha « sans risque ».

Sept matchas testés, mais pas sept produits déclarés dangereux

Le test porte sur sept références : Anatae Thé matcha classique, Milia Matcha cérémonie, Matcha & Co Thé matcha culinaire, Terre d’Oc Matcha Premium cérémonie, Bulk Thé matcha en poudre, Touch Organic Thé vert matcha et Aromandise Poudre de thé vert matcha.

Quatre références sont issues de l’agriculture biologique. Cinq affichent une origine japonaise, Touch Organic est indiqué comme provenant de Chine et aucune origine n’est précisée pour Bulk dans le comparatif public. Les produits ont été achetés dans différents circuits : magasins bio, boutiques spécialisées et Internet. Tous sont constitués à 100 % de matcha.

Que Choisir précise avoir recherché, en plus de l’aluminium, des résidus de pesticides, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des chlorates et perchlorates, des alcaloïdes pyrrolizidiniques ainsi que différents corps étrangers. La L-théanine et certaines allégations de santé figurant sur les emballages ont également été examinées selon le protocole utilisé pour analyser les matchas.

Sur l’aluminium, le résultat public est plus préoccupant : quatre références dépassent la valeur toxicologique de référence de l’Anses dans le scénario étudié. Le produit le plus chargé approche quatre fois cette valeur pour une consommation d’une tasse par jour chez une personne de 70 kg, selon les résultats publiés par Que Choisir sur l’aluminium.

Les concentrations individuelles ne figurent cependant pas dans la partie librement accessible du comparatif. À partir des seules données publiques, impossible donc d’identifier de façon indépendante les quatre références concernées ou de classer les sept produits selon leur teneur en aluminium.

La référence de l’Anses correspond à 2,8 mg par jour pour 70 kg

L’Anses retient une valeur toxicologique de référence orale à long terme de 40 microgrammes d’aluminium par kilogramme de poids corporel et par jour. Cette valeur repose sur des effets neurotoxiques observés dans l’étude prise comme référence, notamment une diminution des performances d’apprentissage et de mémorisation.

Pour une personne de 70 kg, le calcul correspond à 2,8 mg d’aluminium par jour. Une exposition proche de quatre fois cette valeur représente donc environ 11 mg dans le scénario utilisé par Que Choisir.

Cette conversion n’est pas un seuil d’intoxication immédiate. La valeur de l’Anses sert à apprécier une exposition répétée sur le long terme. Une journée au-dessus de 2,8 mg pour une personne de 70 kg n’établit donc pas, à elle seule, l’apparition d’un effet sanitaire.

Une donnée manque également pour reproduire le calcul complet : le grammage de poudre correspondant à la tasse quotidienne retenue dans le scénario n’apparaît pas dans les éléments publics consultés. Sans cette quantité et sans la concentration mesurée pour chaque référence, un acheteur ne peut pas convertir correctement le résultat en dose absorbée pour son propre matcha.

Le matcha expose à la poudre entière, contrairement au thé infusé

La préparation du matcha modifie la manière dont les substances présentes dans la feuille sont ingérées. Un thé traditionnel est infusé puis les feuilles sont retirées. Le matcha est réduit en poudre et mélangé directement à l’eau ou au lait : la matière végétale est avalée avec la boisson.

L’aluminium présent dans la poudre contribue donc directement à l’exposition. Cette particularité justifie l’attention portée aux teneurs mesurées, sans permettre d’étendre les résultats des sept références à l’ensemble du marché français.

L’échantillon reste limité. Il met en évidence des écarts entre quelques produits commercialisés en France, mais ne constitue ni une étude exhaustive du marché ni une preuve que tous les matchas présentent des niveaux comparables.

L’exposition alimentaire dépasse déjà la référence chez une partie de la population

La troisième Étude de l’alimentation totale de l’Anses replace ces analyses dans un cadre beaucoup plus large. L’agence estime que 39 % des adultes et 76 % des enfants dépassent la valeur toxicologique de référence pour l’aluminium lorsqu’elle considère l’ensemble de l’alimentation, selon la troisième Étude de l’alimentation totale de l’Anses.

Le matcha n’explique pas ces pourcentages. Les sources alimentaires sont multiples. Chez les adultes, les boissons chaudes représentent environ 17 % de l’exposition moyenne, tout comme le pain et les produits de panification raffinés. Chez les enfants, les boissons chaudes pèsent environ 12 %, le pain 10 % et les viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits 17 %.

Une tasse de matcha doit donc être replacée dans une exposition quotidienne déjà alimentée par d’autres produits. Même une référence restant sous la VTR dans le scénario du test n’épuiserait pas à elle seule la totalité de l’exposition d’une journée.

L’absence de seuil spécifique n’équivaut pas à un vide réglementaire

Le règlement européen sur les contaminants alimentaires fixe des teneurs maximales pour plusieurs métaux, dont le plomb, le cadmium, le mercure, l’arsenic ou l’étain inorganique. L’aluminium ne dispose pas, dans ce cadre, d’une teneur maximale spécifique comparable pour le matcha. La Commission européenne détaille les règles européennes applicables aux contaminants alimentaires.

Le cadre général reste pourtant applicable. Un aliment contenant un contaminant à un niveau jugé inacceptable du point de vue de la santé publique ne peut pas être commercialisé, et les teneurs doivent être maintenues aussi faibles que raisonnablement possible.

Un précédent français illustre cette différence entre absence de seuil chiffré spécifique et intervention des autorités. En avril 2024, un Tea Matcha Shan Wai Shan, sans lien avec les sept références examinées en 2026, avait fait l’objet d’un rappel national publié sur RappelConso pour « teneur élevée en aluminium ».

Aucun rappel comparable n’a été identifié pour les sept références du test publié par Que Choisir.

Une consommation quotidienne est au cœur du scénario étudié

Les résultats disponibles permettent d’établir trois faits précis. De l’aluminium a été retrouvé dans les sept produits analysés. Quatre dépassent la référence de l’Anses dans le scénario choisi. La référence la plus chargée approche quatre fois cette valeur pour une tasse consommée chaque jour par une personne de 70 kg.

Ils ne permettent pas d’attribuer le même niveau d’exposition à tous les matchas, d’associer une tasse occasionnelle à une intoxication, ni de définir un nombre universel de tasses « sans risque ». Le scénario publié porte précisément sur une consommation quotidienne : le sujet soulevé concerne donc principalement l’exposition répétée dans le temps.

Le caractère bio, l’origine japonaise ou les mentions « cérémonie » et « premium » ne renseignent pas non plus sur la teneur en aluminium. Le choix entre les sept références resterait incomplet sans les mesures individuelles.

La donnée déterminante manque encore dans la partie publique du test : la concentration d’aluminium de chaque produit, associée à la quantité de poudre utilisée pour préparer la tasse. Tant que ces deux paramètres ne sont pas accessibles, aucun classement autonome des sept matchas ni aucune fréquence maximale de consommation ne peuvent être établis à partir des informations publiées.

Économiste de formation, diplômé d’un Master en Économie de l’Entreprise et des Marchés par l'Université Sorbonne Paris Nord. Mon parcours professionnel a été façonné par la grande distribution et par une expérience au sein de l’Institut National de la Consommation.

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