Nutri-Score retiré de certains produits : comment comparer les références qui ne l’affichent plus ?

Nutri-Score retiré de certains produits : ce que les consommateurs doivent vraiment vérifier en rayon
Certaines marques retirent le Nutri-Score de leurs emballages après le nouveau calcul. (© JOEL SAGET / AFP).

Plusieurs marques alimentaires ont supprimé le Nutri-Score de tout ou partie de leurs emballages après la modification de son mode de calcul. Le dispositif reste facultatif, mais son absence en face avant rend la comparaison moins immédiate entre deux références d’une même catégorie. Le tableau nutritionnel obligatoire permet cependant de retrouver les principales données utilisées pour évaluer un produit.

Kellogg’s, Danette ou Justin Bridou figurent parmi les marques citées

Le Nutri-Score reste largement présent dans les rayons, mais certaines entreprises ont cessé de l’afficher sur une partie de leur offre. Selon Que Choisir, Kellogg’s, Danette, Justin Bridou, Cacolac et Delpeyrat figurent notamment parmi les marques concernées. Le retrait ne porte pas nécessairement sur tous les produits commercialisés sous une même marque.

La comparaison effectuée par l’association entre les listes 2025 et 2026 des entreprises engagées montre des mouvements dans les deux sens. 86 entreprises auraient retiré le Nutri-Score d’au moins une marque, tandis que 216 l’auraient ajouté. Dans le même temps, le nombre total d’entreprises engagées serait passé de 1 416 à 1 538, soit une progression de 9 %. Le recul observé chez certaines marques ne correspond donc pas à un abandon généralisé du dispositif.

Cette distinction compte lors de l’achat. Une référence sans logo peut côtoyer un autre produit de la même entreprise qui continue de l’afficher. La disparition du Nutri-Score renseigne alors sur le choix d’affichage de la marque, pas nécessairement sur une modification de la recette.

Le nouvel algorithme peut dégrader la note sans modification de recette

La révision du Nutri-Score précède ces retraits. En France, l’arrêté du 14 mars 2025 a officialisé la nouvelle présentation complémentaire recommandée par l’État, entrée en vigueur le 16 mars 2025. Santé publique France indique que les entreprises disposent de deux ans pour adapter leurs emballages lorsqu’elles utilisaient déjà le Nutri-Score.

Le changement n’est pas marginal. Manger Bouger, site public rattaché au Programme national nutrition santé, estime qu’environ 30 à 40 % des produits vont changer de score. Les produits sucrés, certaines références salées, les boissons, les boissons lactées et les produits contenant des édulcorants figurent parmi ceux susceptibles d’être évalués plus sévèrement. Certains aliments riches en fibres, des féculents complets, des poissons gras ou certaines huiles peuvent au contraire bénéficier d’une meilleure notation.

Une baisse de lettre ne traduit donc pas nécessairement une dégradation de la composition. Un produit identique peut obtenir une note moins favorable avec le nouvel algorithme. Lorsqu’une marque retire ensuite le logo de son emballage, le document source ne permet pas d’attribuer automatiquement cette décision à la seule évolution de la note, même si les deux phénomènes interviennent dans la même période.

L’affichage en façade reste facultatif

Le Nutri-Score est un dispositif d’information complémentaire. La Commission européenne rappelle que l’étiquetage nutritionnel en face avant n’est pas obligatoire dans le cadre européen actuel. Une entreprise conserve donc la possibilité de ne pas utiliser ce logo.

Les obligations portant sur l’étiquetage nutritionnel restent, elles, applicables. La déclaration nutritionnelle est obligatoire sur la majorité des denrées préemballées depuis le 13 décembre 2016, rappelle la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Elle comprend notamment la valeur énergétique, les matières grasses, les acides gras saturés, les glucides, les sucres, les protéines et le sel.

L’absence de Nutri-Score retire donc surtout un repère visuel immédiatement accessible. Les données chiffrées restent généralement présentes au dos ou sur le côté de l’emballage, avec une lecture moins rapide lorsqu’il s’agit de départager plusieurs produits en rayon.

Le Nutri-Score compare les aliments sur une base de 100 g ou 100 ml

Le Nutri-Score classe les produits de A à E, du profil nutritionnel le plus favorable au moins favorable. Son calcul repose sur une base commune de 100 g ou 100 ml. Santé publique France indique qu’il intègre des éléments à favoriser, comme les fibres, les protéines, les fruits, les légumes et les légumes secs, ainsi que des composantes à limiter, notamment l’énergie, les sucres, le sel, les acides gras saturés et, pour les boissons, les édulcorants.

Cette méthode facilite surtout la comparaison entre aliments appartenant à une même famille. Deux paquets de céréales peuvent ainsi être rapprochés sur une base identique, comme deux desserts lactés ou deux boissons comparables.

Le logo ne renseigne en revanche ni sur le degré de transformation du produit, ni sur l’origine de ses ingrédients, ni sur la présence d’additifs ou son prix au kilo. La quantité effectivement consommée n’est pas non plus représentée par la lettre affichée puisque le calcul repose sur 100 g ou 100 ml.

Sans logo, la comparaison passe par les mêmes lignes nutritionnelles

Dans le rayon des céréales, deux références peuvent être rapprochées à partir des valeurs indiquées pour 100 g, notamment les sucres, les fibres, les acides gras saturés et le sel. Si l’une des boîtes n’affiche plus de Nutri-Score, cette comparaison demeure possible à partir de la déclaration nutritionnelle.

Pour les desserts lactés, les éléments à rapprocher comprennent notamment la teneur en sucres pour 100 g, les graisses saturées, la taille du pot et la liste d’ingrédients. Une boisson chocolatée peut être comparée à une autre à partir des sucres pour 100 ml, des éventuels édulcorants et du volume réellement consommé. Dans le cas d’une charcuterie, le sel et les graisses saturées figurent parmi les données nutritionnelles disponibles pour comparer deux références similaires.

L’absence de logo n’établit donc pas qu’un aliment possède un profil nutritionnel défavorable. Elle oblige en revanche l’acheteur à chercher lui-même les informations que le Nutri-Score synthétisait en façade.

Le prix au kilo complète une comparaison nutritionnelle entre produits proches

Une comparaison cohérente commence par des produits de même nature : deux céréales entre elles, deux boissons similaires ou deux desserts de la même catégorie. Les valeurs pour 100 g ou 100 ml permettent ensuite de rapprocher les données nutritionnelles sans être influencé par des formats d’emballage différents.

Les sucres, le sel et les acides gras saturés font partie des lignes présentes dans la déclaration nutritionnelle obligatoire. Les fibres peuvent également apporter une information utile lorsqu’elles sont indiquées et pertinentes pour la catégorie considérée, notamment pour les céréales, les pains, les biscuits ou les féculents. La liste d’ingrédients complète cette lecture avec des informations que le Nutri-Score ne synthétise pas.

Le prix au kilo ou au litre ajoute enfin une dimension économique absente du logo. Deux références proches sur le plan nutritionnel peuvent afficher des tarifs très différents. Lorsque le Nutri-Score n’apparaît plus en façade, le tableau nutritionnel, la liste d’ingrédients et le prix unitaire restent les éléments directement disponibles sur l’emballage ou l’étiquette de rayon pour départager les produits.

Économiste de formation, diplômé d’un Master en Économie de l’Entreprise et des Marchés par l'Université Sorbonne Paris Nord. Mon parcours professionnel a été façonné par la grande distribution et par une expérience au sein de l’Institut National de la Consommation.

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