En 2024, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a contrôlé 248 établissements et 46 sites internet commercialisant des plats cuisinés. Plus de la moitié des établissements inspectés présentaient des anomalies, principalement autour de la composition, de l’origine des ingrédients et des mentions valorisantes. Pour l’acheteur, ces écarts compliquent la comparaison entre deux recettes dont les emballages peuvent donner une impression très différente de leur contenu.
Plus d’un établissement contrôlé sur deux présentait des anomalies
L’enquête menée par la DGCCRF visait notamment les plats préparés à base de viande, de poisson et de produits de la mer. Les agents ont recherché des pratiques susceptibles de tromper l’acheteur sur la recette, l’origine ou les qualités revendiquées sur l’emballage.
Sur les 248 établissements visités, plus de la moitié présentaient au moins une anomalie. Les suites données aux contrôles montrent que toutes n’avaient pas la même gravité : 20 % des inspections ont débouché sur des mesures correctives ou des poursuites, avec 42 injonctions et huit procès-verbaux, dont quatre de nature pénale.
La fréquence des anomalies varie selon les maillons de la filière. La DGCCRF indique un taux de 51 % chez les transformateurs, 44 % dans le commerce de détail, 23 % dans le commerce de gros et 60 % dans la restauration.
Les prélèvements réalisés apportent un autre éclairage. Parmi les 72 produits analysés, les préparations carnées ainsi que celles contenant des produits de la mer ou de l’aquaculture affichaient un taux global de non-conformité proche de 35 %.
Ces résultats portent sur les établissements et produits ciblés par l’enquête. Ils ne constituent donc pas une mesure de la proportion de plats cuisinés non conformes vendus dans l’ensemble du marché français.
La composition nutritionnelle concentre 66 % des non-conformités relevées
Les anomalies observées ne concernent pas uniquement une mention oubliée ou une formulation imprécise. Les enquêteurs ont rencontré des substitutions d’ingrédients, des additifs absents de l’étiquetage, des écarts entre la quantité annoncée et la recette analysée ainsi que des déclarations nutritionnelles incorrectes.
La composition nutritionnelle représente 66 % des non-conformités relevées par la DGCCRF. Cette proportion donne une importance particulière au tableau nutritionnel placé au dos ou sur le côté de l’emballage, notamment lorsque la face avant insiste sur une qualité nutritionnelle.
Les mentions telles que « riche en protéines », « source de fibres », « allégé » ou « réduit en sel » sont encadrées. La DGCCRF rappelle dans sa fiche consacrée aux allégations nutritionnelles et de santé qu’elles doivent respecter les conditions prévues par le règlement européen n° 1924/2006.
Une revendication avantageuse sur un nutriment ne décrit pas l’ensemble du produit. Un plat présenté pour sa teneur en protéines conserve, par exemple, une valeur énergétique, une quantité de matières grasses, de sucres et de sel qui restent visibles dans le tableau nutritionnel pour 100 grammes.
« Au bœuf » ou « aux crevettes » ne renseigne pas à lui seul sur la proportion
La face avant donne souvent une place dominante à l’ingrédient censé caractériser la recette. Une photographie de viande, de crevettes, de fromage ou de légumes peut occuper davantage d’espace que les informations permettant d’en connaître la quantité.
La réglementation sur l’étiquetage des denrées alimentaires prévoit notamment l’indication quantitative de certains ingrédients lorsqu’ils sont mis en avant dans la dénomination ou sur l’emballage. Le pourcentage affiché devient alors un élément de comparaison beaucoup plus précis que la photographie.
L’ordre de la liste des ingrédients fournit également une information utile : les composants sont indiqués selon leur importance pondérale décroissante au moment de leur incorporation dans la recette.
Deux plats portant une dénomination proche peuvent donc avoir des compositions sensiblement différentes. Entre deux références « au bœuf », la proportion de viande, sa place dans la liste des ingrédients et les autres composants de la recette permettent une comparaison plus solide que la taille du morceau représenté sur l’emballage.
Un drapeau français ne renseigne pas forcément sur tous les ingrédients
L’origine constitue un autre terrain sensible. Un drapeau, une région dessinée sur l’emballage ou une expression évoquant une fabrication locale peuvent être associés visuellement au produit alors que plusieurs réalités doivent être distinguées : le lieu de fabrication, l’adresse de l’entreprise et l’origine des matières premières.
Le règlement européen relatif à l’information des acheteurs interdit les présentations susceptibles d’induire en erreur, notamment sur la nature, la composition et l’origine d’une denrée. La DGCCRF détaille ces obligations d’étiquetage.
Une fabrication réalisée en France n’implique donc pas que la viande, le poisson ou l’ensemble des matières premières proviennent de France. Lorsque la présentation du produit met fortement en avant une origine géographique, la formulation exacte mérite d’être lue : « fabriqué en France », « viande origine France » et une simple adresse française ne décrivent pas la même information.
La différence devient particulièrement importante lorsque l’origine participe au positionnement commercial et au prix du produit.
« Traditionnel », « façon maison » et photos de recette restent des arguments commerciaux
Certaines expressions valorisent l’image d’un plat sans donner, à elles seules, sa composition détaillée. « Recette traditionnelle » ou « façon maison » peuvent évoquer une préparation artisanale, alors que seule la liste complète des ingrédients permet d’identifier les arômes, additifs et ingrédients composés utilisés.
La DGCCRF surveille précisément les mentions capables de créer une présentation plus avantageuse que la recette. La photographie relève de la même logique : elle suggère une apparence, mais ne remplace ni la dénomination légale du produit ni les informations quantitatives obligatoires.
L’écart entre le discours placé en face avant et les données inscrites au dos devient donc un critère de lecture. Un ingrédient largement illustré mais présent en faible proportion, une origine suggérée sans précision ou une propriété nutritionnelle très visible méritent d’être rapprochés de la composition déclarée.
Les fiches des supermarchés en ligne sont également concernées
L’enquête de 2024 ne s’est pas limitée aux rayons physiques : 46 sites internet ont également été contrôlés. La vente à distance reste soumise aux obligations d’information applicables aux denrées alimentaires.
Avant la validation d’une commande, la fiche produit doit donner accès aux informations alimentaires obligatoires prévues pour la vente à distance, sous réserve des exceptions prévues par la réglementation. Cela concerne notamment la dénomination du produit, la liste des ingrédients, les allergènes, la quantité nette et les informations nutritionnelles.
Une photographie de l’emballage difficile à agrandir ou une description commerciale très courte réduit fortement la possibilité de comparer deux recettes. Les clients d’un drive ou d’un supermarché en ligne ont donc intérêt à rechercher la fiche détaillée lorsque la liste des ingrédients et le tableau nutritionnel ne sont pas immédiatement visibles.
Allergènes et incohérences d’étiquetage peuvent être signalés
Une erreur d’étiquetage prend une importance particulière lorsqu’elle concerne un allergène. Les substances ou produits provoquant des allergies ou des intolérances doivent être signalés conformément aux règles rappelées par la DGCCRF sur l’étiquetage alimentaire.
En cas d’écart entre l’emballage, la composition annoncée et le produit vendu, conserver l’étiquette, le numéro de lot, le ticket de caisse et, pour un achat en ligne, une capture de la fiche produit permet de documenter le problème.
La plateforme publique SignalConso, éditée par la DGCCRF, permet de transmettre un signalement concernant une déclaration inexacte sur un produit alimentaire. Le service peut notamment être utilisé lorsqu’une information sur la composition, l’origine ou l’étiquetage paraît trompeuse ou incohérente.
Une comparaison reproductible combine prix au kilo et quantité réellement consommée
Prenons deux barquettes fictives. La première coûte 3,90 € pour 300 g, soit 13 €/kg, et affiche 0,8 g de sel pour 100 g : manger la barquette entière représente 2,4 g de sel. La seconde coûte 4,80 € pour 400 g, soit 12 €/kg, et indique 0,55 g de sel pour 100 g : la portion complète en apporte 2,2 g.
La deuxième paraît plus chère au passage en caisse, mais elle est moins chère au kilo et légèrement moins salée pour la barquette entière. La même méthode peut être appliquée aux matières grasses, aux protéines ou à la proportion de l’ingrédient mis en avant, à condition d’utiliser la même base de poids.
Ce calcul ne classe pas un produit comme « sain » ou « mauvais ». Il permet seulement de vérifier si la promesse visuelle de l’emballage correspond au prix et aux quantités figurant dans la déclaration nutritionnelle.

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