Recharge électrique : pourquoi la même borne peut coûter beaucoup plus cher selon l’application

Recharge électrique : pourquoi la même borne peut coûter beaucoup plus cher selon l’application
Le prix d’une recharge électrique peut varier fortement sur une même borne selon l’application ou le badge utilisé.

Recharger une voiture électrique sur une borne publique peut aboutir à des factures très différentes pour une quantité d’énergie identique. Une étude de Que Choisir Ensemble publiée en mai 2026 relève des écarts moyens de 126 % en ville, 99 % près des routes nationales et 72 % sur autoroute selon l’application ou le badge utilisé. Sur une borne de 22 kW située à Langres, le prix observé allait même de 0,30 à 1,78 €/kWh selon l’intermédiaire choisi.

185 500 points de recharge publics fin 2025, avec une disponibilité encore inégale

Le réseau français s’est fortement développé. Fin 2025, environ 185 500 points de recharge étaient ouverts au public, d’après le baromètre publié par l’Avere-France, le ministère de la Transition écologique et Gireve. Cette densification réduit progressivement les zones dépourvues d’infrastructures et facilite les trajets effectués sans recharge à domicile.

Le nombre de points installés ne garantit pourtant pas qu’une borne soit utilisable au moment du passage. Que Choisir Ensemble indique que 68,5 % des bornes étaient disponibles en permanence en 2025 et qu’environ 6 % sont restées indisponibles plus de sept jours consécutifs. Une panne prolongée ou une borne occupée peut obliger un automobiliste à changer de réseau, de puissance ou de station, avec un tarif différent à la clé.

La difficulté tarifaire s’ajoute à cette disponibilité imparfaite. Une station-service permet généralement de comparer directement le prix du litre affiché sur place. Pour la recharge électrique, le montant réclamé dépend parfois de l’intermédiaire utilisé entre la borne et l’automobiliste : application de l’opérateur, service de mobilité, badge d’itinérance ou paiement proposé directement sur la borne.

Que Choisir relève 126 % d’écart moyen sur les bornes urbaines

L’étude de Que Choisir Ensemble s’appuie sur les tarifs de huit opérateurs de mobilité relevés entre le 1er et le 21 avril 2026 sur 121 points de recharge. Elle compare le montant proposé à un même utilisateur selon le service employé pour déclencher la session.

Les différences sont particulièrement élevées en zone urbaine, avec 126 % d’écart moyen. Elles atteignent 99 % près des routes nationales et 72 % sur autoroute. L’exemple le plus spectaculaire relevé par l’étude se trouve à Langres, sur la N19 : une borne de 22 kW était accessible à 0,30 €/kWh chez un opérateur et à 1,78 €/kWh chez un autre.

Calcul de CONSO Magazine à partir des tarifs relevés par Que Choisir Ensemble : 20 kWh × 0,30 euro = 6 euros, contre 20 kWh × 1,78 euro = 35,60 euros. L’écart est de 35,60 − 6 = 29,60 euros pour une session portant sur la même quantité d’électricité et la même infrastructure. L’équivalence d’environ 100 kilomètres constitue une hypothèse pédagogique fondée sur une consommation de 20 kWh/100 km ; l’autonomie réelle varie selon le véhicule et les conditions d’usage.

Que Choisir Ensemble situe également autour de 3,80 € le coût de 20 kWh rechargés à domicile au tarif réglementé. Sur une borne publique de 22 kW, le prix moyen relevé atteint 10,80 €, avec un maximum de 35,60 € dans l’échantillon étudié. Pour une borne rapide de 150 kW, la moyenne s’établit à 11,60 € et le montant le plus élevé relevé à 18,70 €.

Ces chiffres décrivent les tarifs étudiés sur une période et un échantillon précis. Ils ne constituent pas un prix national applicable à chaque borne publique. Leur intérêt réside dans l’amplitude des écarts observés entre plusieurs intermédiaires pour un même service de recharge.

Prix au kWh, frais de session et facturation à la minute peuvent se cumuler

Le tarif au kilowattheure ne renseigne pas toujours à lui seul sur le montant débité à la fin de la session. Les opérateurs peuvent appliquer des structures différentes comprenant un prix de l’énergie, un forfait fixe, une facturation liée à la durée ou des frais supplémentaires associés à l’occupation de la borne.

Un frais fixe pèse davantage sur une petite recharge. Avec 1 € ou 2 € ajouté à chaque session, quelques kilowattheures pris pour terminer un trajet deviennent proportionnellement plus chers qu’une recharge importante. Une tarification à la minute favorise de son côté les véhicules capables d’absorber rapidement la puissance disponible. Elle pénalise davantage une voiture dont la recharge ralentit, qu’il s’agisse d’une limite technique du véhicule, d’une puissance effectivement délivrée plus faible ou de la diminution habituelle de la vitesse lorsque la batterie se remplit.

Les frais d’occupation obéissent à une autre logique : ils visent notamment les véhicules qui restent connectés après la recharge ou au-delà d’une durée déterminée. Leur déclenchement et leur montant dépendent des conditions tarifaires du réseau concerné.

L’itinérance ajoute enfin un intermédiaire. Un badge utilisable sur plusieurs réseaux offre une simplicité appréciable, mais le prix facturé par ce prestataire n’est pas nécessairement identique au paiement direct proposé par l’exploitant de la borne. L’étude de Que Choisir Ensemble montre précisément que cette couche commerciale peut produire des différences importantes.

Quatre recharges de 20 kWh font passer l’exemple mensuel de 43,20 à 142,40 €

Simulation pédagogique de CONSO Magazine : quatre sessions mensuelles de 20 kWh représentent 4 × 20 = 80 kWh rechargés hors domicile.

Avec le prix moyen de 10,80 € relevé pour 20 kWh sur une borne de 22 kW, quatre sessions représentent 43,20 € par mois. Au niveau du tarif le plus élevé observé dans l’étude, le total atteint 142,40 €. Sur la base des 3,80 € retenus pour 20 kWh à domicile, les mêmes 80 kWh reviennent à environ 15,20 €.

Cette simulation mesure uniquement l’ordre de grandeur produit par les tarifs documentés dans l’étude citée ; elle ne constitue ni une moyenne nationale ni une prévision de facture. Le coût kilométrique varie aussi avec la consommation du véhicule, la température, le parcours, la vitesse, le rendement de la recharge et les caractéristiques techniques.

Les écarts de prix ont surtout une incidence pour les automobilistes qui n’ont pas de point de recharge à domicile, ceux qui effectuent de nombreux déplacements ou les professionnels dépendant fréquemment du réseau public. Un conducteur qui recharge principalement chez lui et ne recourt aux bornes publiques qu’occasionnellement est moins exposé à l’accumulation de ces différences.

Le règlement AFIR encadre l’affichage des prix sans uniformiser les applications

Le règlement européen sur le déploiement d’une infrastructure pour carburants alternatifs, dit règlement AFIR, est applicable depuis 2024. Il renforce notamment les exigences relatives à la recharge ponctuelle, aux moyens de paiement et à l’information tarifaire accessible aux conducteurs.

Pour certaines bornes publiques de puissance élevée, la recharge à l’acte repose sur un prix exprimé par kilowattheure, auquel des frais d’occupation peuvent s’ajouter. Le cadre européen vise ainsi une présentation plus intelligible du prix payé directement sur les infrastructures concernées.

Il n’impose cependant pas un tarif unique à tous les services de mobilité donnant accès à une même borne. Les précisions publiées par la Commission européenne sur le règlement AFIR permettent aux prestataires de mobilité de conserver leurs propres structures tarifaires sous réserve des obligations d’information applicables. Les écarts entre applications ne disparaissent donc pas avec le règlement.

La base nationale des infrastructures de recharge pour véhicules électriques facilite pour sa part la localisation des stations et l’identification de leurs caractéristiques. Elle ne constitue pas un comparateur exhaustif du montant final demandé par chaque application ou badge.

Une comparaison utile porte sur le montant total annoncé pour la session

Pour une borne accessible par plusieurs services, le prix au kWh mérite d’être rapproché des frais fixes, du mode de facturation à la durée et des éventuels frais d’occupation. Une recharge courte supporte difficilement un forfait de session élevé, tandis qu’une facturation à la minute devient sensible lorsque le véhicule reste longtemps connecté.

Le paiement direct disponible sur la borne constitue également un tarif à comparer avec celui du badge habituel. Une deuxième application installée sur le téléphone permet d’observer les différences lorsque plusieurs prestataires commercialisent l’accès au même point de recharge.

Cette comparaison prend surtout de l’importance lors des trajets effectués loin du domicile ou lorsque la recharge publique représente une part régulière de l’usage du véhicule. Sur l’exemple de Langres documenté par Que Choisir Ensemble, le choix de l’intermédiaire faisait varier une recharge de 20 kWh de 6 € à 35,60 € : près de 30 € d’écart sans changer de borne.

Économiste de formation, diplômé d’un Master en Économie de l’Entreprise et des Marchés par l'Université Sorbonne Paris Nord. Mon parcours professionnel a été façonné par la grande distribution et par une expérience au sein de l’Institut National de la Consommation.

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