Le marché du meuble reste sous pression en France, malgré un recul moins brutal qu’en 2024. Derrière la baisse des ventes, le signal est clair : les ménages arbitrent davantage entre achats indispensables, confort, décoration, seconde main et report de projet. Le phénomène ne touche pas tous les rayons de la même façon, car une cuisine, un canapé, un matelas ou un buffet ne répondent pas au même besoin ni au même calendrier d’achat.
Un marché toujours en recul, mais pas en chute libre
Le marché français du meuble a encore baissé en 2025. Selon le dossier présenté par l’Ameublement français, la Confédération nationale de l’équipement du foyer et l’Institut de prospective et d’études de l’ameublement, les ventes ont atteint 13,6 milliards d’euros, en recul de 1,8 % sur un an, après une baisse beaucoup plus marquée de 5,1 % en 2024. Le repli représente environ 250 millions d’euros de chiffre d’affaires en moins.
Cette baisse n’est pas seulement une mauvaise passe sectorielle. Elle traduit un comportement d’achat devenu plus sélectif. La Gazette France souligne que les ventes du secteur ont reculé pour la troisième année consécutive et que le frémissement observé au second semestre 2025 semble déjà fragile : en février 2026, les ventes se seraient contractées de 4,2 % en valeur sur un an, selon une note de conjoncture de l’Institut de la Maison citée par le média.
L’Insee confirme aussi le tassement récent des achats d’équipement du logement. En février 2026, les dépenses de consommation des ménages en biens ont reculé de 1,4 % en volume sur un mois, tandis que les biens fabriqués se contractaient de 1,7 %. Dans le détail, les achats de biens d’équipement du logement ont fléchi de 2,6 %, notamment les meubles et les produits électroniques.
Le meuble reste donc un achat particulièrement exposé aux arbitrages. Contrairement à l’alimentaire, à l’énergie ou aux dépenses contraintes du logement, il peut souvent être repoussé de quelques mois, réparé, remplacé par de l’occasion ou acheté uniquement lors d’une promotion.
Cuisine, literie, canapé, rangement : des arbitrages très différents
Tous les segments ne racontent pas la même histoire. En 2025, le meuble de cuisine est le seul grand rayon en croissance, avec une progression de 2 % et 3,8 milliards d’euros de ventes. À l’inverse, le meuble meublant, qui comprend notamment les rangements, buffets, commodes ou meubles de chambre, recule de 4 %, tout en restant le premier segment du marché avec 4,3 milliards d’euros. Les canapés, fauteuils et banquettes baissent de 1,8 %, la literie de 2,7 %, le meuble de jardin de 3,8 % et la salle de bains de 3 %.
Cette hiérarchie est révélatrice. La cuisine reste un achat de projet, souvent lié à un emménagement, une rénovation ou une valorisation du logement. Elle coûte cher, mais elle peut être perçue comme un investissement durable. Le canapé ou la literie relèvent davantage du confort quotidien : on peut différer l’achat, mais moins facilement lorsqu’un canapé est usé ou qu’un matelas devient inconfortable. Le meuble décoratif ou de rangement, lui, est plus facilement sacrifié lorsque le budget se tend.
Le recul du meuble meublant dit beaucoup des nouveaux arbitrages. Selon les données professionnelles, ce segment subit la concurrence de l’occasion, la pression du discount, mais aussi l’évolution des logements : cuisines ouvertes, baies vitrées et surfaces parfois plus contraintes laissent moins de murs disponibles pour installer de grands meubles de rangement.
L’immobilier reste une variable clé. Les Notaires de France indiquent que les transactions de logements anciens ont repris en 2025, avec 945 000 transactions cumulées sur douze mois à fin décembre, soit une progression annuelle d’environ 12 %. Mais cette reprise ne ramène pas encore le marché aux volumes du début des années 2020, ce qui limite mécaniquement les achats liés aux déménagements.
Le crédit joue aussi. La Banque de France signale que la production de nouveaux crédits à l’habitat hors renégociations atteignait 10,9 milliards d’euros en janvier 2026, après 12,7 milliards en décembre 2025, et que le taux des nouveaux crédits immobiliers s’établissait à 3,08 % en décembre 2025. Pour un ménage qui vient d’acheter, la mensualité du prêt, les frais de notaire, les travaux et le déménagement passent souvent avant le renouvellement complet du mobilier.
Seconde main, promotions et réparation deviennent des réflexes d’achat
La baisse des ventes neuves ne signifie pas que les ménages renoncent à s’équiper. Elle montre plutôt qu’ils changent de circuit, de calendrier ou de niveau de gamme. La seconde main capte une partie des achats différables : selon La Gazette France, 21 % des meubles achetés par des ménages français en 2023 étaient déjà de seconde main, et 34 % des ménages interrogés souhaitaient acheter un meuble d’occasion en 2024.
La motivation est d’abord budgétaire. La Fevad, dans un dossier consacré à l’ameublement et aux modèles circulaires, indique que 87 % des consommateurs recourent à l’occasion pour maîtriser leur budget. Elle relève aussi que certaines marques haut de gamme conservent une valeur d’occasion supérieure à 60 % du prix neuf, ce qui renforce l’intérêt d’un arbitrage entre meuble neuf d’entrée de gamme et meuble d’occasion mieux construit.
La réparation progresse dans la même logique. La Gazette France cite une enquête selon laquelle 60 % des ménages interrogés déclaraient souhaiter réparer eux-mêmes leurs meubles. Cette tendance pousse des acteurs du secteur à rendre plus accessibles les pièces détachées, les reprises ou les espaces de revente.
Les promotions restent un autre levier, mais elles ne suffisent plus toujours à déclencher l’achat. Le canapé illustre bien cette tension : le segment a été très animé par les promotions en 2025, mais il recule tout de même de 1,8 %. Cela signifie qu’une réduction visible ne convainc pas forcément si le ménage doute de la qualité, anticipe une dépense prioritaire ou préfère attendre les soldes, le Black Friday, une liquidation locale ou une bonne occasion.
Les difficultés d’enseignes rappellent enfin que la pression touche aussi l’offre. Maisons du Monde a annoncé le 17 avril 2026 le report de la publication de ses résultats annuels 2025 dans le cadre d’une recherche d’adossement auprès de tiers financiers ou industriels, engagée sous l’égide d’un conciliateur. Ce cas ne résume pas tout le marché, mais il montre que la baisse de fréquentation, la concurrence de la décoration à bas prix et la prudence des ménages fragilisent certains modèles.
Ce qu’il faut vérifier avant d’acheter ou de reporter
En pratique, le bon arbitrage dépend du type de meuble. Pour un matelas, un sommier ou un canapé utilisé tous les jours, reporter trop longtemps peut coûter en confort, en sommeil ou en remplacement d’urgence. Pour un meuble TV, une commode, une table basse ou une bibliothèque, l’occasion, la réparation ou l’attente d’une promotion peuvent être plus rationnelles.
Avant un achat meuble important, il faut comparer trois choses : le prix réel livré et monté, la durée probable d’usage, et la disponibilité des pièces ou garanties. Un canapé à prix cassé peut devenir moins intéressant si la livraison est chère, si la mousse s’affaisse vite ou si le retour est compliqué. À l’inverse, un meuble d’occasion de bonne marque peut être pertinent si l’état est vérifiable, les dimensions adaptées et le transport maîtrisé.
Le paiement fractionné mérite aussi prudence. Il peut lisser une dépense utile, par exemple une literie nécessaire, mais il ne transforme pas un achat de confort en achat prioritaire. Le bon test consiste à se demander si le meuble serait acheté au même prix sans facilité de paiement. Si la réponse est non, l’achat relève probablement davantage de l’impulsion que du besoin.
Pour la seconde main, les points à contrôler sont simples : stabilité du meuble, traces d’humidité, odeur persistante, état des charnières, lattes, coutures, mousse, visserie et possibilité de démontage. Pour la literie et les canapés, l’hygiène et l’usure doivent peser lourd dans la décision. Pour une cuisine ou une salle de bains, les économies d’occasion peuvent être réelles, mais les contraintes de pose, de plomberie, d’électricité et de dimensions réduisent souvent l’intérêt d’un achat trop rapide.
La baisse du marché du meuble ne dit donc pas seulement que les enseignes vendent moins. Elle montre que les ménages hiérarchisent plus strictement leurs achats pour la maison : indispensable d’abord, durable ensuite, plaisir ou décoration plus tard. Tant que l’immobilier, le crédit et le budget quotidien resteront sous surveillance, le meuble restera l’un des premiers postes où l’on compare, négocie, répare ou reporte.

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