Boohoo a accepté une transaction pénale de 2,33 millions d’euros après une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) sur la version française de son site. Parmi plusieurs centaines de produits examinés, l’administration a jugé non conformes 95 % des annonces de réduction contrôlées. Le dossier montre surtout comment un prix barré peut donner l’apparence d’une économie alors que le tarif n’a pas baissé, voire qu’il a augmenté.
Les contrôles de Boohoo aboutissent à 40 % de fausses baisses et 48 % de hausses
Le Service national des enquêtes de la DGCCRF a analysé les prix de vente, les prix barrés et les pourcentages de réduction affichés sur plusieurs centaines d’articles proposés sur boohoo.com. L’autorité explique avoir constaté que certaines promotions précédentes n’étaient pas intégrées dans le calcul du prix de référence. Dans d’autres cas, les prix avaient été relevés avant l’application d’une remise.
Les proportions publiées donnent la mesure des anomalies observées. Sur les annonces contrôlées, 40 % ne correspondaient à aucune baisse de prix, 7 % affichaient une réduction supérieure à celle effectivement accordée et 48 % aboutissaient en réalité à une augmentation. La DGCCRF totalise ainsi 95 % d’annonces non conformes dans l’échantillon étudié.
Ce taux ne décrit pas l’ensemble des promotions diffusées par Boohoo. L’enquête porte sur plusieurs centaines de produits sélectionnés par les agents, sans prétendre mesurer statistiquement la totalité du catalogue français ni tous les achats réalisés sur le site.
Les contrôles ont aussi révélé des anomalies dans l’information fournie sur la composition de vêtements et de chaussures. La DGCCRF mentionne notamment des références à des matières comme le cuir ou le daim pour certains produits synthétiques, ainsi que des indications incomplètes ou non conformes sur les fibres textiles et différentes parties des chaussures.
La procédure se termine par une transaction pénale acceptée par Boohoo
Avec l’accord du procureur de la République de Paris, une amende globale de 2,33 millions d’euros a été proposée à BOOHOO.COM UK LTD dans le cadre d’une transaction pénale. La société l’a acceptée. Le montant couvre les pratiques commerciales trompeuses liées aux réductions de prix ainsi que les manquements constatés dans l’étiquetage.
La procédure ne correspond donc pas à une condamnation prononcée par un tribunal. Cette distinction évite d’attribuer à une décision judiciaire une sanction qui résulte d’une transaction acceptée par l’entreprise.
Boohoo a indiqué à Reuters que les problèmes contrôlés concernaient une période allant d’octobre 2023 à février 2024, sous une direction précédente. L’entreprise affirme avoir corrigé les pratiques relevées et avoir coopéré avec les autorités françaises. Cette position de Boohoo reste distincte des constatations établies par la DGCCRF.
Un article affiché en promotion peut coûter plus cher qu’un mois auparavant
Un calcul illustratif permet de mesurer le problème. Un vêtement vendu 40 euros, avec 40 euros comme prix le plus bas des 30 jours précédents, passe ensuite à 60 euros. S’il est rapidement réaffiché à 40 euros avec une réduction mise en avant, l’acheteur ne réalise aucune économie : il retrouve simplement l’ancien tarif.
Le même produit proposé ensuite à 45 euros sous couvert d’une remise paraît encore moins avantageux. Par rapport aux 40 euros réellement pratiqués auparavant, le prix payé augmente de 5 euros, soit 12,5 %.
Ces montants ne correspondent pas à des références Boohoo citées par la DGCCRF. Ils servent uniquement à illustrer le mécanisme visé par la réglementation et à montrer pourquoi un prix barré ne suffit pas à mesurer l’intérêt d’une offre.
Le prix le plus bas des 30 jours précédents sert de référence
Depuis le 28 mai 2022, l’article L.112-1-1 du Code de la consommation encadre les annonces de réduction. Le prix antérieur correspond en principe au prix le plus bas pratiqué par le professionnel auprès de l’ensemble des consommateurs pendant les 30 jours précédant la réduction.
Des dispositions particulières existent pour les réductions successives réalisées pendant une période déterminée et pour certains produits périssables menacés d’altération rapide. Une comparaison avec le tarif d’un autre professionnel relève également d’un mécanisme différent de la simple réduction calculée sur le propre prix antérieur du vendeur.
Un « -50 % » affiché en grand ne permet donc pas, à lui seul, de savoir si un article coûte réellement moitié moins cher qu’auparavant. Le prix payé et l’historique récent du tarif apportent une information beaucoup plus utile que le seul pourcentage promotionnel.
PrettyLittleThing avait déjà accepté 1,3 million d’euros de transaction
Boohoo n’est pas le premier dossier de ce type concernant une société liée au même groupe. En septembre 2025, PRETTYLITTLETHING.COM LTD, alors présentée par la DGCCRF comme une filiale du groupe britannique Boohoo, avait accepté une transaction pénale de 1,3 million d’euros. Là encore, plusieurs centaines de produits avaient été examinés.
Pour PrettyLittleThing, 55 % des annonces contrôlées n’entraînaient aucune baisse, 30 % correspondaient à une réduction inférieure à celle annoncée et 5 % étaient en réalité des augmentations. Ces trois catégories représentaient 90 % des annonces examinées.
| Dossier DGCCRF | Transaction acceptée | Part des annonces présentant les anomalies relevées |
|---|---|---|
| PrettyLittleThing | 1,3 million d’euros | 90 % |
| Boohoo | 2,33 millions d’euros | 95 % |
Les taux de 90 % pour PrettyLittleThing et 95 % pour Boohoo ne forment pas une série statistique permettant de conclure à une aggravation. Les deux enquêtes portent sur des sociétés, des périodes et des échantillons différents. Leur rapprochement documente en revanche plusieurs procédures françaises relatives à la présentation des réductions de prix au sein de sociétés liées au même groupe.
Une contestation commence par les preuves du prix affiché
Un acheteur qui estime avoir été induit en erreur a intérêt à conserver la facture, la confirmation de commande, les captures montrant le prix barré et le pourcentage annoncé, ainsi que toute trace disponible du tarif affiché auparavant.
La DGCCRF recommande d’abord une démarche directe auprès du professionnel avec les justificatifs disponibles. En cas d’échec, son guide sur les litiges de consommation prévoit une réclamation formalisée, notamment par lettre recommandée avec accusé de réception, dont une copie doit être conservée. Une médiation de la consommation peut ensuite être envisagée lorsque les conditions de saisine sont réunies.
BOOHOO.COM UK LTD étant établie à l’étranger, le traitement d’un signalement possède une particularité. SignalConso précise pour les entreprises étrangères qu’un professionnel situé hors de France peut être plus difficile à contacter ou à faire entrer dans le dispositif français. Pour les entreprises établies hors de l’Union européenne, la plateforme renvoie également vers le dispositif international econsumer.gov.
Le communiqué relatif à Boohoo ne mentionne aucun mécanisme général de remboursement automatique pour les anciens acheteurs. Une personne qui conteste une promotion doit donc appuyer sa demande sur ses propres justificatifs et commencer par une réclamation auprès du vendeur, avant d’utiliser les voies de signalement ou de médiation adaptées à sa situation.

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