Près d’une centaine de vols au départ de la France ont été supprimés pendant le mouvement de grève easyJet du personnel navigant commercial. Pour les voyageurs concernés, remboursement du billet, réacheminement, prise en charge des frais et indemnisation forfaitaire correspondent à des droits différents. Le choix effectué après l’annulation peut avoir des conséquences importantes sur les sommes qu’il sera ensuite possible de réclamer.
Près de 100 vols supprimés pendant la grève
Le mouvement social du personnel navigant commercial d’easyJet a fortement perturbé le programme de la compagnie en France pendant le week-end. EasyJet a indiqué qu’environ une centaine de vols au départ de ses bases françaises seraient annulés. Le Syndicat national du personnel navigant commercial Force ouvrière (SNPNC-FO) a, de son côté, détaillé 47 suppressions samedi et 51 dimanche, soit 98 vols. Le syndicat faisait également état de 68 % de grévistes parmi environ 340 membres du personnel navigant commercial programmés.
Ces données décrivent le niveau de perturbation annoncé pendant le mouvement et ne constituent pas nécessairement un bilan définitif de l’ensemble des vols effectivement supprimés.
La compagnie avait indiqué avant la grève qu’elle proposerait différentes solutions aux voyageurs affectés, notamment des changements de vol et des remboursements. EasyJet affirmait également avoir fait des propositions aux organisations syndicales et prévoyait de nouvelles négociations en septembre.
Pour les passagers concernés, l’enjeu immédiat est toutefois ailleurs : renoncer au déplacement et récupérer le prix du voyage, ou demander à être transporté jusqu’à la destination prévue.
Remboursement et réacheminement ne produisent pas les mêmes effets
Le règlement européen n°261/2004 impose au transporteur plusieurs possibilités en cas d’annulation. Le voyageur peut demander le remboursement ou choisir un réacheminement vers sa destination finale, dans des conditions de transport comparables et dans les meilleurs délais. Il peut également opter pour un réacheminement à une date ultérieure qui lui convient, sous réserve des places disponibles.
Le remboursement ne concerne pas nécessairement la seule portion annulée. Le texte européen prévoit le remboursement des parties du voyage non effectuées mais aussi, lorsque cela s’applique, des parties déjà parcourues devenues inutiles par rapport au projet de voyage initial. Un vol retour vers le point de départ initial doit également être proposé lorsque la situation le nécessite.
EasyJet applique parallèlement ses propres modalités commerciales en cas de retard ou d’annulation. La compagnie permet notamment de réserver gratuitement un autre vol disponible sur son réseau et, dans certaines situations, de rechercher un itinéraire via un autre aéroport. Elle propose également un avoir ou le remboursement de la réservation.
Ce choix mérite d’être effectué avec attention. EasyJet précise qu’un passager ayant opté pour un avoir ou un remboursement n’est ensuite plus éligible à la prise en charge d’un hébergement ou au remboursement des dépenses engagées pour poursuivre son voyage.
Autrement dit, un passager qui souhaite encore rejoindre sa destination a intérêt à examiner d’abord les possibilités de réacheminement avant de valider définitivement un remboursement.
Billet, hôtel, repas, indemnité : quatre mécanismes distincts
| Mécanisme | À quoi sert-il ? | Ce que le passager peut obtenir |
|---|---|---|
| Remboursement | Renoncer au voyage devenu inutile | Parties non effectuées et, si elles sont devenues inutiles, certaines parties déjà effectuées ; retour au point de départ initial le cas échéant |
| Réacheminement | Continuer le voyage | Autre trajet vers la destination finale dans des conditions comparables |
| Prise en charge | Couvrir les besoins pendant l’attente | Repas, rafraîchissements, hôtel et transfert selon la situation |
| Indemnisation forfaitaire | Compenser l’annulation lorsque les conditions sont remplies | 250 €, 400 € ou 600 € par passager |
La différence est importante. Le remboursement ou le réacheminement règle le problème du transport lui-même. L’assistance couvre certaines dépenses imposées par l’attente. L’indemnité forfaitaire correspond, lorsqu’elle est due, à une compensation supplémentaire.
Ces mécanismes peuvent donc se cumuler dans certaines situations, mais ils ne répondent pas aux mêmes conditions.
Les dépenses engagées soi-même ne sont pas automatiquement remboursées
Si le prochain départ oblige le voyageur à passer une nuit supplémentaire sur place, le règlement européen prévoit notamment un hébergement ainsi que le transport entre l’aéroport et le lieu d’hébergement. Des repas et rafraîchissements doivent également être proposés en fonction de la durée de l’attente.
EasyJet détaille les frais qu’elle accepte de rembourser lorsqu’elle n’a pas pu fournir directement la prestation. La compagnie cite notamment les transports en classe standard, un hébergement de niveau trois étoiles ou équivalent ainsi que des dépenses raisonnables de repas et de boissons sans alcool.
Elle précise aussi qu’un hôtel ou un moyen de transport réservé séparément peut ne pas être remboursé si elle était en mesure de proposer gratuitement une solution adaptée.
Les justificatifs prennent alors une importance particulière. EasyJet demande des reçus détaillés ou des factures et indique qu’un simple ticket ou relevé de carte bancaire ne constitue pas une preuve d’achat suffisante.
Avant de dépenser plusieurs centaines d’euros dans un hôtel, un train ou un nouveau billet, conserver la trace des solutions proposées par la compagnie et des échanges avec son service client peut donc devenir déterminant pour une demande de remboursement ultérieure.
Une grève interne n’écarte pas automatiquement l’indemnité
L’indemnisation forfaitaire prévue par le règlement européen atteint 250 euros pour les vols de 1 500 km ou moins, 400 euros pour les vols intracommunautaires de plus de 1 500 km et certains autres vols jusqu’à 3 500 km, puis 600 euros pour les trajets relevant de la dernière catégorie. Le montant peut être réduit de moitié lorsque le réacheminement permet d’atteindre la destination avec un retard limité.
Pour quatre passagers voyageant ensemble sur un vol éligible de moins de 1 500 km, l’indemnisation pourrait donc atteindre 1 000 euros au total, soit quatre fois 250 euros, si toutes les conditions prévues par le règlement sont réunies.
L’annulation ne déclenche cependant pas automatiquement cette somme. La date à laquelle le voyageur a été informé, le réacheminement éventuellement proposé et les circonstances à l’origine de l’annulation doivent notamment être pris en compte.
La nature de la grève est également déterminante. Dans l’affaire Airhelp contre Scandinavian Airlines System, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé qu’une grève organisée par un syndicat représentant le personnel du transporteur et portant sur des revendications liées aux relations de travail ne constitue pas, en principe, une « circonstance extraordinaire » permettant à la compagnie d’écarter l’indemnisation.
Une grève interne du personnel de la compagnie ne doit donc pas être assimilée automatiquement à un mouvement externe, comme une grève des contrôleurs aériens. Pour chaque vol annulé, le droit à indemnisation reste néanmoins à apprécier en fonction des circonstances précises.
Après un refus d’easyJet, les recours suivent plusieurs étapes
La première démarche consiste à adresser une réclamation au service client de la compagnie. La réservation, la confirmation d’annulation, les factures, les reçus et les échanges avec easyJet doivent être conservés afin de documenter la demande.
Depuis le 7 février 2026, la procédure française a évolué pour les contentieux d’indemnisation concernés par les retards, annulations et refus d’embarquement. Une tentative de médiation devant un médiateur de la consommation doit désormais précéder l’action en justice, sous réserve des exceptions prévues par le dispositif. Service-Public.fr renvoie pour ces litiges au Médiateur Tourisme et Voyage. L’absence de tentative préalable peut rendre la demande judiciaire irrecevable.
Un signalement peut également être adressé à la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), mais pas immédiatement après l’annulation. L’administration demande d’avoir d’abord réclamé auprès du transporteur puis attendu sa réponse pendant au moins deux mois.
Le rôle de la DGAC doit également être distingué de celui d’un médiateur ou d’un juge. Elle contrôle l’application du règlement européen et peut sanctionner une compagnie en cas de manquement, mais elle ne tranche pas elle-même la demande individuelle de remboursement ou d’indemnisation du voyageur.
Pour un passager qui veut encore atteindre sa destination, le premier arbitrage reste donc le plus important : examiner les solutions de réacheminement avant d’accepter définitivement le remboursement du billet. Ensuite, conserver les justificatifs et distinguer clairement prix du billet, frais supplémentaires et indemnisation permet de présenter une demande plus précise et mieux documentée.

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