Dix références solaires commandées depuis la France sur Temu, Shein et AliExpress ont été examinées dans le cadre d’une campagne internationale menée par plusieurs associations de consommateurs. Parmi les sept produits soumis aux essais d’efficacité, six n’auraient pas atteint le niveau de protection annoncé. Trois autres références mentionnaient dans leur composition du 4-Méthylbenzylidène camphre, ou 4-MBC, un filtre ultraviolet qui ne peut plus être mis à la disposition des utilisateurs dans l’Union européenne depuis le 1er mai 2026.
Quatre protections affichées SPF 50 à 90 mesurées entre 1,2 et 1,6
Dix-sept produits avaient initialement été commandés. Cinq n’ont pas été livrés à temps et deux étaient des doublons, ramenant l’échantillon à dix références distinctes. Trois produits comportant du 4-MBC dans leur liste d’ingrédients n’ont pas été soumis aux mesures de protection solaire.
Les sept autres ont été évalués suivant la méthode HDRS, devenue la norme ISO 23698 :2024, utilisée pour apprécier la protection contre les ultraviolets B, responsables notamment des coups de soleil, ainsi que contre les ultraviolets A.
Les écarts publiés sont particulièrement marqués pour quatre produits annoncés SPF 50, 50+ ou 90. Leur facteur de protection aurait été mesuré entre 1,2 et 1,6. Les données rendues publiques regroupent toutefois ces quatre résultats sans attribuer une valeur exacte à chaque référence concernée, Melao, LBLS, Disaar et Ruoall.
Un autre produit, Jaysuing Sun Spray SPF 50, aurait atteint un SPF de 21,1. Cette mesure correspond davantage à la catégorie SPF 20 qu’au niveau 50 affiché sur l’emballage. Deux produits auraient aussi obtenu un facteur de protection UVA limité à 1,9.
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail rappelle que le SPF renseigne principalement sur les UVB et que la protection UVA doit représenter au moins un tiers de la protection UVB annoncée. L’échelle harmonisée recommandée en Europe s’arrête par ailleurs à la catégorie 50+, rendant les mentions SPF 90 ou 90+ inhabituelles sur le marché européen.
Dix références avec des résultats très différents
| Référence | Plateforme d’achat | Résultat publié |
|---|---|---|
| Ouhoe Sunscreen SPF 50 | AliExpress et Temu | Protection UVB et UVA suffisante ; présence d’EHMC contestée par les associations |
| West Month Bio Sun Stick SPF 50+ | Temu | Protection UVB correcte, protection UVA insuffisante |
| Jaysuing Sun Spray SPF 50 | Temu | SPF mesuré à 21,1 au lieu de 50 |
| Melao Isolation Sunscreen SPF 50+ | Shein | Fait partie des quatre produits mesurés entre SPF 1,2 et 1,6 |
| LBLS Whitening Moisturizing Sunscreen Cream Rose SPF 90+ | AliExpress | Fait partie des quatre produits mesurés entre SPF 1,2 et 1,6 |
| Disaar Sunscreen Instant Protection Skin Color SPF 90 | AliExpress | Fait partie des quatre produits mesurés entre SPF 1,2 et 1,6 |
| Ruoall Broad Spectrum Sunscreen Lotion SPF 50 | Temu | Fait partie des quatre produits mesurés entre SPF 1,2 et 1,6 |
| Bioaqua Rice Raw Pulp 50+ Sunscreen | AliExpress | 4-MBC déclaré dans la composition ; efficacité non mesurée |
| Laikou UV Defense Daily Sunscreen 50+ | AliExpress | 4-MBC déclaré dans la composition ; efficacité non mesurée |
| Sadoer Protection Isolation Sunscreen 50+ | AliExpress | 4-MBC déclaré dans la composition ; efficacité non mesurée |
Le tableau distingue deux problèmes de nature différente. Six références testées présentent un écart de protection par rapport à leur affichage. Bioaqua, Laikou et Sadoer n’ont pas fait l’objet de ces mesures, l’alerte les concernant reposant sur la présence déclarée de 4-MBC.
Le 4-MBC est interdit depuis mai 2026, contrairement à l’EHMC
Le statut des deux filtres cités dans l’enquête mérite d’être séparé. Le 4-MBC a été retiré de la liste européenne des filtres ultraviolets autorisés. Le règlement européen 2024/996 interdit depuis le 1er mai 2025 la première mise sur le marché de nouveaux cosmétiques qui en contiennent. Depuis le 1er mai 2026, ces produits ne peuvent plus être mis à la disposition des utilisateurs dans l’Union européenne.
Les commandes étudiées avaient été passées le 15 avril 2026, soit avant cette seconde échéance. Que Choisir Ensemble rapporte néanmoins que Bioaqua et Sadoer porteraient une date de fabrication postérieure au 1er mai 2025. Cette date ne suffit pas à établir seule le moment auquel les produits ont été introduits sur le marché européen.
Ouhoe Sunscreen SPF 50 relève d’un autre cas. Cette référence est la seule des sept testées à avoir satisfait simultanément aux exigences de protection UVB et UVA. Les associations à l’origine de la campagne déconseillent malgré tout son achat en raison de la présence d’ethylhexyl methoxycinnamate, ou EHMC.
L’EHMC reste autorisé. Dans son avis consacré à cet ingrédient, le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs l’a considéré comme sûr en tant que filtre ultraviolet jusqu’à une concentration de 10 % dans les produits évalués, malgré une activité endocrinienne relevée parmi les données étudiées. La réserve formulée sur Ouhoe correspond donc à un choix de précaution des associations, et non à une interdiction réglementaire ou à un échec du test de protection.
Temu, Shein et AliExpress disent avoir supprimé les annonces signalées
Les trois plateformes ont réagi après transmission des références concernées. Temu a indiqué avoir retiré les produits signalés et suspendu temporairement certaines annonces similaires. Shein a annoncé un retrait mondial du produit concerné ainsi qu’un audit des offres apparentées. AliExpress affirme également avoir supprimé les références après avoir obtenu leurs identifiants précis.
Un retrait commercial ne couvre pas nécessairement les exemplaires déjà livrés. Les informations de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes sur les retraits et rappels distinguent le retrait, qui concerne les produits encore présents dans le circuit de distribution, du rappel, destiné aux produits déjà vendus aux particuliers.
Au 10 juillet 2026 à 13 h 13, les sources publiques consultées pour l’article ne faisaient apparaître aucune procédure générale précisant des lots, une période de commercialisation et des modalités uniformes de remboursement pour l’ensemble de ces dix références.
Des prix allant de 33,25 à 259 euros le litre
Les produits commandés affichaient des prix unitaires compris entre 2,19 et 12,95 euros, avec des contenances très différentes, de 15 à 220 ml. Une comparaison ramenée au litre aboutissait à une fourchette beaucoup plus large, de 33,25 à 259 euros.
Deux produits commercialisés par d’autres distributeurs avaient également été relevés le 10 juillet pour donner un ordre de grandeur tarifaire. Une crème solaire Decathlon SPF 50 de 200 ml était proposée à 14,99 euros, soit 74,95 euros le litre. Un spray SVR SPF 50+ de même contenance était affiché à 12,25 euros en promotion au lieu de 13,93 euros, soit 61,25 euros le litre.
Ces relevés ne comparent pas l’efficacité des produits et leurs prix sont susceptibles d’évoluer. Ils montrent en revanche qu’un petit prix affiché sur une marketplace ne correspond pas nécessairement au tarif le plus bas une fois la contenance prise en compte.
Une commande concernée peut être documentée et signalée
Les acheteurs possédant encore l’un des produits peuvent commencer par identifier précisément la référence, l’indice SPF affiché et le vendeur figurant dans leur historique de commande. Le numéro de lot, les photographies de l’emballage et la liste des ingrédients permettent également de conserver une trace du produit reçu. Pour Bioaqua, Laikou et Sadoer, la dénomination « 4-Methylbenzylidene Camphor » permet d’identifier le 4-MBC dans la composition.
Les références dont la protection mesurée était inférieure à l’affichage ne devraient plus être utilisées en considérant qu’elles offrent le SPF annoncé. La même réserve s’applique aux trois produits mentionnant du 4-MBC compte tenu de l’interdiction européenne applicable depuis le 1er mai 2026. Ouhoe doit être traité séparément puisque son efficacité UVB et UVA a satisfait aux essais publiés et que la controverse porte sur un ingrédient encore autorisé.
Une demande écrite adressée à la plateforme permet de savoir si la commande figure parmi les ventes concernées par le retrait et si une procédure de remboursement ou de retour a été ouverte. Une annonce toujours accessible ou un différend avec le vendeur peut être déclaré sur SignalConso.
Les réactions indésirables liées à un cosmétique peuvent être déclarées sur le portail officiel de signalement des événements sanitaires indésirables. La fiche de la DGCCRF consacrée aux produits cosmétiques détaille également les informations d’étiquetage et de traçabilité attendues, notamment la liste des ingrédients, le numéro de lot et les coordonnées de la personne responsable dans l’Union européenne.
L’enquête porte sur dix références précises et ne permet pas d’étendre ses résultats à l’ensemble des protections solaires vendues sur Temu, Shein ou AliExpress. Pour les acheteurs déjà en possession d’un produit cité, le nom exact de la référence et la composition figurant sur l’emballage restent les éléments déterminants pour rapprocher leur commande des résultats publiés.
Le retrait d’une crème solaire répond au risque propre au produit ; il ne règle pas la combinaison avec un répulsif. L’ordre d’application entre protection solaire et antimoustique doit donc être vérifié séparément.

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