La Commission européenne veut simplifier les règles de l’étiquette énergie et développer l’usage des outils numériques, sans supprimer l’affichage destiné aux acheteurs. Le texte n’est pas encore adopté, mais il pose déjà une question concrète : l’information restera-t-elle assez visible en magasin, en ligne ou dans un devis d’installateur ? Pour un ménage, l’enjeu porte autant sur le prix d’achat que sur le coût d’usage.
Une proposition européenne, pas une règle déjà applicable
La Commission européenne a publié le 24 juin 2026 une proposition de règlement sur l’étiquetage énergétique et l’étiquetage des pneumatiques. Elle vise à modifier deux textes européens existants : l’un sur l’étiquette énergie des produits liés à l’énergie, l’autre sur l’étiquette des pneus.
Pour les consommateurs français, rien ne change immédiatement. Le projet doit encore être examiné par le Parlement européen et le Conseil. Les règles actuelles continuent donc de s’appliquer tant qu’un texte définitif n’a pas été adopté et mis en œuvre.
L’objectif affiché est de réduire certaines obligations papier et de mieux utiliser les outils numériques, notamment EPREL, la base européenne qui centralise les informations des produits soumis à étiquette énergie. La Commission ne propose pas un basculement complet vers le numérique. Elle veut supprimer l’obligation par défaut de fournir une étiquette imprimée avec chaque unité de produit, souvent placée dans le carton, tout en conservant l’obligation d’afficher l’étiquette au point de vente.
Ce qui pourrait changer pour l’acheteur
| Situation | Aujourd’hui | Ce que le projet pourrait changer | Ce qu’il faut surveiller |
|---|---|---|---|
| Étiquette imprimée | Elle accompagne généralement chaque unité de produit | Cette obligation par défaut pourrait être supprimée | L’information doit rester visible avant l’achat |
| Magasin | L’étiquette doit être affichée | L’affichage resterait requis, avec davantage de possibilités numériques | L’étiquette ne doit pas devenir moins lisible |
| Vente en ligne | L’étiquette et la fiche produit doivent être accessibles | Les plateformes pourraient devoir mieux vérifier les informations liées à EPREL | Ne pas commander si la fiche est incomplète |
| Devis d’installateur | L’étiquette n’est pas toujours vue avant signature | Les installateurs concernés auraient des obligations d’information plus explicites si le texte est adopté | Demander la référence exacte et l’étiquette avant accord |
La proposition concerne aussi les pneus, mais cet article se concentre sur l’électroménager et les équipements du logement. Les pneumatiques méritent un traitement séparé, car les critères de comparaison diffèrent : efficacité énergétique, adhérence sur sol mouillé et bruit de roulement.
Pourquoi la lettre énergétique ne suffit pas
L’étiquette énergie est utile parce qu’elle met les produits sur une échelle commune. Mais la lettre de A à G ne doit pas être lue seule. Selon les appareils, l’étiquette peut aussi indiquer la consommation en kilowattheures, la consommation d’eau, la capacité, le niveau sonore, la durée du programme éco ou l’efficacité d’essorage. Le site economie.gouv.fr rappelle d’ailleurs que l’étiquette énergie sert à comparer les appareils électroménagers, informatiques et électroniques avant achat.
L’Agence de la transition écologique rappelle par exemple que, pour un lave-linge, il faut regarder la consommation d’énergie pour 100 cycles, la capacité de lavage, la consommation d’eau, le niveau sonore et l’efficacité d’essorage. Elle souligne aussi, dans ses conseils pour bien choisir son électroménager, qu’un lave-linge de 7 kg suffit la plupart du temps. Acheter plus grand peut sembler confortable, mais si le tambour est souvent à moitié vide, l’intérêt réel diminue.
Exemple simple : si deux appareils comparables affichent un écart de 50 kWh par an, avec une hypothèse arrondie de 0,25 euro par kWh utilisée seulement pour illustrer le calcul et à adapter à son contrat d’électricité, la différence représente 12,50 euros par an. Sur dix ans, cela atteint 125 euros, hors évolution du prix de l’électricité. L’ADEME utilise aussi ce type de repère dans ses contenus consacrés aux appareils qui consomment le plus d’électricité.
Ce montant ne décide pas tout. Il faut aussi regarder le prix d’achat, la garantie, la durée de vie attendue, la disponibilité des pièces et la réparabilité. Mais il montre pourquoi une remise immédiate ne suffit pas toujours à juger une offre.
En ligne, le risque vient des fiches incomplètes
Le document d’impact de la Commission signale un problème important pour les achats en ligne. Un contrôle cité dans le rapport, portant sur 72 marketplaces inspectées dans plusieurs États membres, a relevé 23 % de non-conformité dans l’affichage des étiquettes énergie. Les difficultés concernent notamment l’emplacement de l’étiquette, son format, la disponibilité de la fiche produit ou l’absence d’information dans certaines pages de comparaison ou de panier.
Pour le consommateur, la conséquence est claire : un site peut rendre le prix, la livraison et les avis très visibles, tout en affichant mal l’information énergétique. Avant de commander un appareil important, il faut vérifier que l’étiquette et la fiche produit sont accessibles avant paiement. Une mention commerciale du type « basse consommation » ou « éco » ne remplace pas l’étiquette officielle.
EPREL peut alors servir de contrôle. Le QR code présent sur les nouvelles étiquettes renvoie vers cette base européenne, utile pour vérifier la référence exacte du modèle et les informations déclarées. C’est particulièrement important lorsque deux références se ressemblent, car une variante peut changer la capacité, la consommation ou le niveau sonore.
Les devis d’équipement pourraient devenir plus transparents
Le projet européen prévoit de clarifier les obligations d’information des installateurs lorsqu’ils proposent à la vente, à la location ou à la location-vente des produits soumis à étiquette énergie dans le cadre de leur activité commerciale. Si le texte est adopté, les installateurs concernés devront inclure les étiquettes dans leurs invitations à l’achat et rendre disponible la fiche d’information produit.
Le cas est concret : un ménage qui remplace une climatisation ou une chaudière via un professionnel compare souvent deux devis sans voir l’appareil en rayon. Sans étiquette énergie, il lui manque une donnée essentielle pour évaluer la consommation, le bruit ou le coût d’usage.
En pratique, il faut demander trois éléments avant de signer : la référence exacte du modèle, l’étiquette énergie et la fiche produit. Si le devis ne mentionne qu’une marque ou une gamme, la comparaison reste trop vague. Le Bureau européen des unions de consommateurs insiste justement sur ce point : l’information doit être reçue avant l’achat, car l’efficacité énergétique pèse dans la décision et dans le coût d’utilisation.
La classe énergétique ne suffit pas à comparer deux appareils
Avant de choisir un appareil, la bonne méthode consiste à croiser l’étiquette avec l’usage réel du foyer.
Ce qu’il faut vérifier :
- la référence exacte du produit, pour éviter de comparer deux variantes ;
- la consommation en kWh, en regardant l’unité utilisée : par an, par cycle ou pour 100 cycles ;
- la capacité, pour ne pas acheter trop grand ou trop petit ;
- le niveau sonore, surtout pour une pièce de vie ou un usage nocturne ;
- la consommation d’eau lorsqu’elle figure sur l’étiquette ;
- la fiche EPREL ou le QR code, surtout pour un achat en ligne ou via un installateur.
La meilleure décision n’est donc pas forcément le prix le plus bas ni la meilleure lettre énergétique. Pour un petit foyer, éviter le surdimensionnement peut compter autant que la classe. Pour une famille, la capacité pèse davantage. Près d’une pièce de vie, le bruit devient un vrai critère.
Ce que cette réforme ne garantit pas encore aux consommateurs
Le projet européen ne promet pas de baisse des prix. Les économies administratives évoquées par la Commission concernent d’abord les entreprises et les administrations, pas directement les ménages. Son intérêt pour le consommateur dépendra surtout d’un point : l’étiquette restera-t-elle visible, claire et comparable au bon moment ?
Avant d’acheter un appareil important, il faut voir l’étiquette, vérifier la référence exacte, lire les kWh, regarder la capacité et ne pas se contenter d’un prix barré ou d’une promesse « éco ». En magasin, l’étiquette doit être lisible. En ligne, elle doit apparaître avant la commande. Dans un devis, elle doit être demandée si elle n’est pas fournie. C’est ce réflexe qui permet d’éviter un achat moins adapté ou plus coûteux à l’usage.

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