Cosmétiques parfumés : les mentions d’allergènes vont bientôt changer sur les étiquettes

Cosmétiques parfumés : les mentions d’allergènes vont bientôt changer sur les étiquettes
Les étiquettes des cosmétiques parfumés devront mieux détailler certaines substances allergisantes, notamment pour aider les consommateurs sensibles à les repérer avant achat.

Les étiquettes des cosmétiques parfumés vendus dans l’Union européenne vont devenir plus détaillées. Le règlement européen 2023/1545 impose la mention de davantage de substances parfumantes allergisantes lorsqu’elles dépassent certains seuils. Cette évolution ne signifie pas qu’un produit parfumé est dangereux par principe, mais elle peut aider les consommateurs sensibles ou déjà allergiques à mieux choisir.

Des étiquettes plus détaillées, sans alerte sanitaire généralisée

Crème visage, déodorant, parfum, shampoing, gel douche, lait corporel : de nombreux cosmétiques contiennent une composition parfumante. Jusqu’ici, cette partie pouvait apparaître dans la liste d’ingrédients sous les termes « parfum » ou « aroma », avec une mention distincte pour certains allergènes déjà encadrés.

Le règlement européen 2023/1545 élargit cette obligation d’information. Le texte rappelle que 24 substances parfumantes allergisantes devaient déjà être indiquées de façon distincte sur l’étiquette. Il ajoute de nouvelles substances ou groupes de substances à mentionner lorsque leur concentration dépasse les seuils réglementaires. Cette précision est importante : selon les présentations professionnelles, le nombre total peut varier car le règlement vise à la fois des substances isolées et des groupes de substances.

L’objectif est de permettre aux consommateurs concernés d’identifier plus facilement les ingrédients susceptibles de provoquer une réaction chez eux. C’est surtout utile lorsqu’un nom précis a déjà été identifié lors d’un avis médical ou d’un test allergologique.

Le calendrier mérite aussi d’être lu précisément. À partir du 31 juillet 2026, les produits non conformes aux nouvelles règles ne pourront plus être placés sur le marché européen. À partir du 31 juillet 2028, ils ne pourront plus être mis à disposition sur le marché. En clair, pendant une période transitoire, d’anciens emballages et de nouvelles étiquettes pourront coexister dans les rayons.

Produits rincés ou non rincés : pourquoi les seuils ne sont pas les mêmes

La règle ne s’applique pas de la même façon à tous les cosmétiques. Le règlement prévoit deux seuils importants : 0,001 % pour les produits sans rinçage et 0,01 % pour les produits à rincer.

Un produit sans rinçage reste plus longtemps sur la peau. C’est le cas d’une crème visage, d’un lait corporel, d’un parfum, d’un déodorant ou d’une huile. Un produit à rincer, comme un shampoing ou un gel douche, reste en principe moins longtemps en contact avec la peau. Cette différence explique pourquoi le seuil d’étiquetage est plus bas pour les produits qui ne se rincent pas.

Type de produitSeuil de mention d’un allergène parfumantExemple
Produit sans rinçage0,001 %parfum, crème, déodorant, lait corporel
Produit à rincer0,01 %shampoing, gel douche, après-shampoing

Ce chiffre ne doit pas être interprété comme une limite de danger pour tout le monde. Il sert à déterminer à partir de quelle concentration une substance doit apparaître sur l’étiquette.

Avant / après : ce que la liste INCI pourra faire apparaître

La principale différence se jouera dans la liste INCI, c’est-à-dire la liste normalisée des ingrédients. Elle figure généralement à l’arrière du flacon, de la boîte ou de l’emballage.

AvantAprèsConséquence pratique
La composition parfumante peut être regroupée sous « parfum » ou « aroma »Davantage d’allergènes parfumants devront être nommés séparémentUne personne allergique pourra repérer plus facilement une substance à éviter
Certains allergènes étaient déjà listés individuellementLa liste des substances ou groupes de substances à mentionner est élargieLes étiquettes peuvent devenir plus longues
Les promesses en façade attirent souvent l’attentionLa liste INCI devient encore plus importanteIl faudra lire l’arrière de l’emballage, pas seulement les mentions marketing

Exemple fictif, à ne pas lire comme une composition type : une ancienne étiquette pouvait indiquer « Aqua, Glycerin, Parfum ». Une nouvelle étiquette pourrait indiquer, si les seuils sont atteints : « Aqua, Glycerin, Parfum, Linalyl Acetate, Vanillin, Menthol ». Le mot « parfum » ne disparaît donc pas forcément, mais certaines substances présentes dans cette composition devront être plus visibles.

En magasin comme en ligne, la composition doit passer avant les promesses

Le premier réflexe consiste à regarder la liste complète des ingrédients, et pas seulement les mentions placées en grand sur la face avant. La DGCCRF rappelle que la liste doit commencer par le mot « ingrédients » et utiliser la nomenclature internationale INCI. Elle précise aussi qu’en général, les trois ou quatre premiers ingrédients représentent plus de 80 % du produit, tandis que les ingrédients présents sous 1 % peuvent être indiqués dans le désordre.

Pour les consommateurs déjà allergiques, l’information la plus utile n’est pas de savoir qu’un produit contient un parfum. C’est de repérer une substance précise déjà identifiée comme problématique. Une personne à qui un professionnel de santé a conseillé d’éviter un ingrédient particulier pourra comparer ce nom avec la liste INCI avant d’acheter.

Pour les autres consommateurs, la nouvelle étiquette offrira surtout une information plus complète. Elle ne doit pas provoquer de panique. La présence d’un allergène réglementaire sur une étiquette ne signifie pas que le produit déclenchera une réaction chez tous les utilisateurs.

L’achat en ligne mérite une vigilance particulière. La DGCCRF rappelle que la liste des ingrédients est une information substantielle qui doit figurer sur les sites de vente en ligne de produits cosmétiques. Si cette liste n’est pas visible sur une fiche produit, mieux vaut reporter l’achat ou demander l’information au vendeur avant de valider le panier.

« Naturel », « clean », « hypoallergénique » : des mentions à vérifier

Cette évolution rappelle aussi une limite fréquente du marketing cosmétique. Un produit présenté comme « naturel », « clean », « végétal » ou à base d’huiles essentielles n’est pas automatiquement plus sûr pour une personne allergique. Ces termes ne suffisent pas à caractériser la composition réelle. Certaines substances parfumantes allergisantes peuvent être naturellement présentes dans des extraits végétaux.

La mention « sans allergènes » doit aussi être abordée avec prudence. Les autorités françaises considèrent qu’elle peut être trompeuse, car toute substance peut devenir allergène pour certaines personnes. À l’inverse, l’allégation « hypoallergénique » peut être acceptable si le fabricant peut prouver que le produit a été conçu pour minimiser son potentiel allergisant. Mais là encore, cette promesse ne remplace pas la lecture de la composition.

La conséquence pratique est claire : lorsqu’un consommateur cherche à éviter une substance, la liste d’ingrédients reste plus fiable qu’un slogan en façade. C’est particulièrement vrai pour les achats en ligne, où le consommateur ne peut pas retourner le flacon pour lire l’étiquette en rayon.

Peau sensible, allergie connue, réaction récente : les bons réflexes

Si vous n’avez pas d’allergie connue, il n’y a pas de raison de jeter automatiquement vos produits parfumés déjà utilisés sans réaction. Le changement réglementaire améliore surtout l’information disponible au moment d’un nouvel achat.

Si vous avez une allergie identifiée, notez le nom INCI de la substance à éviter et vérifiez-le systématiquement sur l’étiquette. Il peut être utile de conserver une photo de la liste fournie par votre dermatologue ou votre allergologue, afin de comparer plus facilement en magasin ou en ligne.

Si vous avez eu une réaction récente après l’utilisation d’un cosmétique, conservez le produit, son emballage et la liste d’ingrédients. Cela peut aider un professionnel de santé à identifier une piste. Il ne faut pas conclure seul qu’un parfum ou qu’une substance précise est responsable, car une réaction cutanée peut avoir plusieurs causes.

Si vous achetez en ligne et que la liste INCI n’est pas accessible, l’achat devient plus difficile à vérifier. Pour un produit parfumé, surtout en cas de peau réactive ou d’allergie connue, mieux vaut choisir une fiche produit qui affiche clairement la composition complète.

Une information plus claire, mais pas une garantie absolue

Le nouvel étiquetage des allergènes parfumants va rendre certaines informations plus visibles. Pour les consommateurs déjà sensibilisés, c’est un vrai progrès pratique : comparer deux crèmes, deux déodorants ou deux shampoings deviendra plus facile lorsque davantage de substances seront indiquées séparément.

Mais cette transparence aide surtout à repérer une substance. Elle ne permet pas de diagnostiquer seule l’origine d’une réaction cutanée. Une étiquette plus détaillée ne rend pas automatiquement un produit meilleur, plus sûr ou plus adapté à toutes les peaux.

Pour un achat courant, l’enjeu n’est donc pas d’éviter tous les parfums. Il est de vérifier les noms d’ingrédients lorsque vous avez déjà identifié une sensibilité, de ne pas se fier uniquement aux promesses marketing et de privilégier les produits dont la composition est clairement accessible avant l’achat.

Économiste de formation, diplômé d’un Master en Économie de l’Entreprise et des Marchés. Mon parcours professionnel a été façonné par la grande distribution et par une expérience au sein de l’Institut National de la Consommation. J’analyse pour CONSO Magazine les enjeux de consommation, les mutations microéconomiques, les innovations de produits et services, ainsi que les tendances, pratiques commerciales et réglementations qui influencent les habitudes d’achat et les droits des consommateurs.

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