La situation à la pompe appelle surtout du sang-froid. Les prix des carburants restent élevés, une grève touche certaines stations TotalEnergies, mais les données officielles ne décrivent pas une pénurie nationale. Le bon réflexe n’est donc pas de remplir à tout prix, mais de vérifier la disponibilité locale, comparer les prix et éviter les stations les plus chères sur son trajet.
Une disponibilité globalement normale, mais à vérifier localement
Au niveau national, le signal le plus important est celui-ci : au 18 avril à 9 h, le site gouvernemental Prix-carburants.gouv.fr indiquait que 96 % des stations-service ne signalaient pas de difficulté. Autrement dit, la situation ne justifie pas, à ce stade, une ruée générale vers les pompes. Mais cette moyenne masque des écarts territoriaux : l’Occitanie affichait 6 % de stations en difficulté, Auvergne-Rhône-Alpes 5 %, tandis que plusieurs régions restaient autour de 1 à 4 %.
Ce chiffre doit aussi être bien compris. Une station est considérée en difficulté lorsqu’elle connaît une rupture d’au moins un produit gazole ou essence, selon la méthode officielle. Les carburants comme l’E85 et le GPL ne sont pas pris en compte dans ce taux, et les données reposent sur les déclarations des exploitants de stations. Pour un conducteur roulant au superéthanol ou au GPL, la carte nationale ne suffit donc pas : il faut vérifier le carburant précis dans les stations proches ou sur l’itinéraire.
Ce que le chiffre ne dit pas, c’est la réalité d’une station à un instant donné : file d’attente, pompe hors service, prix modifié depuis la dernière consultation, carburant disponible mais uniquement sur automate, ou station temporairement fermée. En pratique, il faut donc lire la donnée nationale comme un indicateur de tendance, pas comme une garantie absolue pour chaque station essence.
Le vrai sujet reste le prix du plein
Le 18 avril, les prix moyens relevés à 8 h par Roole Data s’établissaient à 2,249 €/L pour le gazole, 2,080 €/L pour le SP98, 2,039 €/L pour le SP95, 1,981 €/L pour le SP95-E10, 1,066 €/L pour le GPL et 0,848 €/L pour le superéthanol-E85. Ces prix refluent légèrement pour les carburants principaux, mais restent suffisamment élevés pour transformer quelques centimes d’écart en vraie dépense sur un plein.
Voici ce que cela représente concrètement, hors variation locale :
| Carburant | 40 litres | 50 litres | 60 litres |
|---|---|---|---|
| Gazole à 2,249 €/L | 89,96 € | 112,45 € | 134,94 € |
| SP98 à 2,080 €/L | 83,20 € | 104,00 € | 124,80 € |
| SP95 à 2,039 €/L | 81,56 € | 101,95 € | 122,34 € |
| SP95-E10 à 1,981 €/L | 79,24 € | 99,05 € | 118,86 € |
| GPL à 1,066 €/L | 42,64 € | 53,30 € | 63,96 € |
| E85 à 0,848 €/L | 33,92 € | 42,40 € | 50,88 € |
Le calcul à retenir est simple : 10 centimes d’écart par litre représentent 4 € sur 40 litres, 5 € sur 50 litres et 6 € sur 60 litres. Avec 20 centimes d’écart, l’économie grimpe à 8, 10 ou 12 €. Cela peut justifier de comparer deux stations proches, mais rarement de faire un long détour juste pour gagner quelques centimes.
Là où il faut rester prudent, c’est sur les habitudes anciennes. Les grandes surfaces sont souvent moins chères en temps normal, mais la séquence actuelle brouille les repères. UFC-Que Choisir rappelait en 2025 que les grandes surfaces vendaient en moyenne le carburant 4 % moins cher que les stations de pétroliers, mais son relevé d’avril 2026 montre que TotalEnergies est redevenu très compétitif sur certains carburants, notamment sous l’effet de son plafonnement. La bonne décision se prend donc station par station, pas seulement par type d’enseigne.
La grève chez TotalEnergies ne signifie pas pénurie générale
Le mouvement social chez TotalEnergies ajoute de la tension, mais il ne faut pas lui faire dire plus que ce qu’il montre. Reuters a rapporté le 17 avril une grève de salariés de stations-service TotalEnergies, sur fond de prix élevés et de revendications salariales. La CGT indiquait représenter près de 200 stations du réseau concerné, tandis que TotalEnergies déclarait avoir identifié seulement sept stations affectées par le mouvement dans le périmètre signalé.
Ce contexte peut provoquer des situations locales : station fermée, carburant temporairement indisponible, report d’automobilistes vers une station voisine, voire petites files d’attente dans certaines zones de départs en vacances. Mais les données publiques disponibles le 18 avril ne décrivent pas un blocage national de l’approvisionnement. Le risque principal, pour l’automobiliste, est plutôt de se précipiter vers la même station “moins chère” que tout le monde, puis de perdre du temps ou de finir dans une station plus chère faute d’anticipation.
TotalEnergies a aussi prolongé jusqu’à fin avril son plafonnement en métropole : 1,99 €/L pour l’essence et 2,25 €/L pour le diesel, avec un plafond privilégié à 1,99 €/L sur tous les carburants pour les clients Électricité & Gaz inscrits à l’avantage carburant. Le groupe précise que ces mesures s’appliquent dans ses 3 300 stations-service du réseau métropolitain. Mais un plafond n’est pas toujours le prix le plus bas du marché : sur le SP95-E10, par exemple, certaines stations peuvent déjà afficher moins que 1,99 €/L.
En pratique : faire le plein maintenant, seulement si le besoin est réel
Faut-il faire le plein maintenant ou attendre ? La réponse dépend moins de l’actualité nationale que de trois critères : le niveau du réservoir, le trajet prévu et la disponibilité locale. Avec plus d’un demi-réservoir et aucun long déplacement imminent, il n’y a pas d’urgence rationnelle. Avec moins d’un quart de plein, un trajet domicile-travail indispensable ou un départ de vacances, mieux vaut anticiper calmement plutôt que chercher du carburant au dernier moment.
Ce qu’il faut vérifier avant de partir : la carte officielle des stations, le carburant exact utilisé par le véhicule, le prix au litre de deux ou trois stations proches, les stations situées avant l’entrée sur autoroute et la présence d’un automate 24 h/24 si le plein est prévu tôt ou tard. Les prix déclarés sur Prix-carburants.gouv.fr doivent être mis à jour par les exploitants lorsqu’ils changent, et les écarts peuvent être signalés via le site officiel.
Pour un long trajet, le bon arbitrage consiste souvent à faire un plein ou un appoint avant l’autoroute, puis à éviter les arrêts d’urgence sur aire si le prix est nettement supérieur. Un détour de 10 ou 15 kilomètres n’a de sens que si l’écart est important et si le détour ne consomme pas une partie de l’économie réalisée. À 7 litres aux 100 kilomètres, un détour de 10 kilomètres consomme déjà environ 0,7 litre : à 2 € le litre, cela coûte environ 1,40 €, sans compter le temps perdu.
En pratique, le réflexe le plus rentable n’est pas toujours de chercher la station la moins chère au centime près. Il est souvent plus efficace de combiner comparaison, conduite souple et anticipation. L’Agence de la transition écologique rappelle qu’un coffre de toit ou une galerie inutiles peuvent entraîner 10 à 15 % de surconsommation, qu’un sous-gonflage des pneus augmente la consommation, et qu’une réduction de 10 km/h sur autoroute peut économiser plusieurs litres selon le trajet et le véhicule.
La conclusion est donc claire : faire le plein “par peur” peut coûter cher et aggraver localement les tensions. Faire le plein “par besoin”, après vérification de la disponibilité et du prix, reste le bon compromis. En période de prix élevés, le meilleur outil n’est pas la panique à la pompe, mais une comparaison rapide avant de démarrer.

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