Fruits et légumes : Carrefour, Leclerc, Aldi et Lidl visés par une nouvelle vague de décisions de la DGCCRF

Fruits et légumes : Carrefour, Leclerc, Aldi et Lidl visés par une nouvelle vague de décisions de la DGCCRF
Thomas Samson/AFP

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a publié le 7 avril plusieurs décisions qui touchent directement la grande distribution sur un sujet très sensible : l’origine et le prix des fruits et légumes. Carrefour, la coopérative GALEC Leclerc, Aldi et Lidl sont visés par des injonctions, tandis qu’un magasin Carrefour d’Épinal a, lui, écopé d’une amende distincte pour des défauts d’affichage des prix. Derrière cette série de publications, il ne s’agit pas seulement de formalisme réglementaire : c’est la confiance du client en rayon, dans les catalogues, sur les applis et au passage en caisse qui est en jeu.

Une série de décisions qui ne racontent pas toutes la même chose

La première précaution, dans ce dossier, consiste à ne pas tout mélanger. La page “Injonctions et sanctions” de la DGCCRF publiée le 7 avril recense bien cinq décisions distinctes liées à la distribution, mais elles ne sont pas de même nature. Carrefour, GALEC Leclerc, Aldi et Lidl font l’objet d’injonctions ou de mises en conformité sur des pratiques jugées trompeuses ou illicites en matière d’information sur l’origine des fruits et légumes. En parallèle, le Carrefour d’Épinal est visé par une amende administrative de 6 000 euros pour des défauts d’information sur les prix.

Dans le cas de Carrefour, la DGCCRF explique qu’une enquête menée entre juin 2024 et juin 2025 dans plusieurs établissements sur l’ensemble du territoire a mis au jour des pratiques commerciales trompeuses récurrentes. L’administration reproche à l’enseigne, dans ses catalogues papier et en ligne, d’avoir entretenu une confusion sur l’origine réelle des fruits et légumes disponibles en magasin, mais aussi d’avoir annoncé des prix promotionnels ne correspondant pas toujours aux prix effectivement payés par les consommateurs. La décision ajoute que l’origine était parfois indiquée dans une taille de caractères inférieure à celle du prix, contrairement aux règles applicables. Carrefour dispose d’un délai de six mois pour se mettre en conformité.

La coopérative GALEC Leclerc est, elle aussi, visée pour la manière dont l’origine était communiquée dans ses publications et catalogues promotionnels. Les agents de la répression des fraudes ont relevé plusieurs origines possibles pour un même produit, ainsi qu’un système de renvoi en bas de page ou sur une autre page, avec une signalétique difficile à distinguer. Là encore, l’administration estime que l’information n’était ni précise ni non ambiguë, alors que l’origine est présentée comme une donnée essentielle de la décision d’achat. GALEC bénéficie également d’un délai de six mois pour cesser ces pratiques.

Chez Aldi, le schéma est proche : la DGCCRF reproche à la centrale d’achat de l’enseigne d’avoir indiqué des origines alternatives, d’avoir renvoyé l’information en bas de page hors du même champ visuel que le produit, le prix et les autres mentions obligatoires, et d’avoir utilisé une taille de caractères non conforme pour le pays d’origine. Là encore, les fruits et légumes présentés comme d’origine France n’échappaient pas, selon l’administration, à cette confusion. La décision prévoit aussi un délai de six mois pour la mise en conformité.

Le cas Lidl élargit encore le sujet. La DGCCRF vise non seulement les prospectus papier et en ligne, mais aussi un spot radio, le site internet et l’application Lidl Plus. Elle évoque des mentions d’origine peu visibles, des renvois en bas de page, des origines multiples pour un même fruit et même une absence de précision sur l’origine dans le spot radio. Autrement dit, le problème ne se limite pas à l’étiquette posée devant la cagette : il touche l’ensemble du dispositif promotionnel qui sert à attirer le client avant même qu’il mette un pied dans le magasin.

Le dossier du Carrefour d’Épinal est d’une autre nature, mais tout aussi concret pour le portefeuille. Selon la DGCCRF, ce magasin a été sanctionné après un contrôle du 19 janvier 2026 déclenché par le signalement d’un consommateur. Les agents ont relevé l’absence d’affichage de prix pour 117 catégories de produits différents et des prix différents entre affichage et caisse pour trois catégories de produits. Ce point rappelle une chose simple : dans la distribution, la question de la loyauté ne concerne pas seulement la provenance affichée, mais aussi le montant réellement payé.

Pourquoi l’origine des fruits et légumes est un point de confiance majeur

Les fruits et légumes occupent une place à part dans les règles d’information du consommateur. Sur le portail officiel de l’économie, l’État rappelle que l’indication d’origine est obligatoire pour tous les fruits et légumes et que, vendus au détail, leur provenance doit être affichée en caractères d’une taille égale à celle du prix. Ce n’est donc pas une indication accessoire, ni un argument marketing facultatif : c’est une information réglementée, censée être lisible au même niveau que le tarif.

Si ce terrain est si sensible, c’est parce que l’origine pèse réellement dans l’arbitrage des ménages. La propre décision visant GALEC Leclerc le dit explicitement : l’origine des fruits et légumes est une information essentielle susceptible d’influencer la décision d’achat. Entre un concombre espagnol, une barquette de fraises françaises, une pomme italienne ou une salade mentionnée avec plusieurs provenances possibles, le consommateur ne choisit pas seulement un produit. Il choisit aussi un niveau de confiance, une idée de fraîcheur, parfois un soutien à la production nationale, et souvent un rapport qualité-prix perçu.

Cette vigilance ne sort pas de nulle part. Le gouvernement a rappelé en avril 2025 que la lutte contre la “francisation” des produits alimentaires restait une priorité et qu’en 2024 la DGCCRF avait réalisé 10 000 contrôles sur ce sujet, avec des anomalies dans environ 30 % des cas. Plus de la moitié étaient mineures, mais 40 % ont donné lieu à 560 amendes administratives et procédures pénales. Les ministères de l’Économie et de l’Agriculture ont en outre demandé le renouvellement de cet objectif de 10 000 contrôles en 2025, ce qui montre que la pression réglementaire sur l’origine n’a rien d’exceptionnel ni de ponctuel.

Le sujet est d’autant plus explosif que les fruits et légumes sont l’un des rayons les plus exposés à la promesse visuelle. Le client voit une affiche, un catalogue, une bannière sur application ou un spot promotionnel avant de voir la marchandise réelle. Si l’origine est reléguée dans un astérisque, dans un renvoi en bas de page ou dans des caractères plus petits que le prix, l’effet concret est immédiat : l’information existe peut-être juridiquement quelque part, mais elle ne joue plus son rôle économique au moment où la décision se prend. C’est précisément ce que la DGCCRF qualifie de pratique commerciale trompeuse lorsqu’une présentation est de nature à induire en erreur ou à omettre une information substantielle.

Ce que cette affaire dit de la grande distribution et de ses méthodes promo

Le plus intéressant, dans cette vague de décisions, est qu’elle vise moins un mensonge grossier qu’un brouillage organisé de l’information. L’administration ne décrit pas seulement des erreurs d’étiquetage ponctuelles. Elle relève des procédés de présentation : origines alternatives, renvois hors du champ visuel principal, caractères plus petits, absence de précision dans certains supports, difficulté à associer clairement un produit à son origine ou, pour Carrefour, discordance entre prix promotionnel annoncé et prix réellement payé. Cela renvoie à un sujet central pour la grande distribution : la bataille commerciale se joue aussi dans la manière de raconter le produit.

Pour le consommateur, la conséquence est très concrète. Un fruit ou un légume présenté comme français, local ou simplement “mis en avant” par une signalétique attractive peut paraître plus désirable et justifier un achat plus rapide, parfois à prix plus élevé. Quand l’origine exacte est brouillée ou repoussée dans une note difficilement lisible, le client n’achète plus tout à fait en connaissance de cause. Même logique pour le prix : si la promo affichée n’est pas celle retrouvée en caisse, toute la mécanique concurrentielle de l’enseigne perd en crédibilité.

Il faut aussi lire ces décisions avec nuance. Elles ne signifient pas que tous les magasins de toutes les enseignes auraient, partout et en permanence, affiché de fausses informations. Elles sanctionnent des pratiques relevées pendant des enquêtes précises, sur des supports précis, à des périodes précises. Mais pour des groupes de cette taille, cela suffit à envoyer un signal fort au marché : l’information sur l’origine et le prix n’est plus un détail de conformité, c’est un enjeu commercial, réputationnel et juridique à part entière. Cette lecture est une déduction à partir du périmètre et du contenu des décisions publiées par la DGCCRF.

En pratique : comment vérifier l’origine et contester un prix douteux

Face au rayon fruits et légumes, le premier réflexe consiste à vérifier si l’origine est visible immédiatement à côté du produit et du prix, sans devoir chercher une note de bas de panneau, un astérisque discret ou une page différente dans un prospectus. Pour les achats préparés à l’avance, la même vigilance vaut sur les catalogues papier, les applications et les sites marchands. Si plusieurs origines sont mentionnées sans permettre d’identifier clairement celle du lot mis en avant, la lisibilité promise n’est déjà plus au rendez-vous.

Sur la question du prix, la règle pratique est simple. Si une différence apparaît avant le passage en caisse, le consommateur peut demander l’application du prix affiché. Si l’écart est constaté après paiement, il faut conserver le ticket et demander le remboursement de la différence. Le portail officiel de l’économie conseille également de signaler ce type de litige sur SignalConso, la plateforme de la DGCCRF, afin d’aider au traitement du dossier et d’alimenter les contrôles. L’affaire du Carrefour d’Épinal montre d’ailleurs qu’un signalement de consommateur peut déboucher sur un contrôle puis sur une sanction.

En cas de doute sérieux sur une pratique de vente trompeuse, le mieux est de garder des preuves simples : photo de l’affichage en rayon, capture d’écran d’une offre sur application ou catalogue numérique, ticket de caisse, date et heure du passage. La DGCCRF rappelle que les pratiques commerciales trompeuses sont interdites lorsqu’elles reposent sur des indications fausses, trompeuses ou sur l’omission d’une information substantielle. Dans un rayon aussi exposé que celui des fruits et légumes, ces preuves peuvent faire la différence entre une impression vague et un signalement exploitable.

Au fond, cette série de décisions rappelle une évidence souvent oubliée dans les rayons primeurs : sur les fruits et légumes, le prix et l’origine font partie du produit lui-même. Quand l’un devient flou et que l’autre varie entre l’affiche, le prospectus et la caisse, ce n’est pas seulement un problème de forme. C’est la promesse commerciale de l’enseigne qui vacille.

Économiste de formation, diplômé d’un Master en Économie de l’Entreprise et des Marchés par l'Université Sorbonne Paris Nord. Mon parcours professionnel a été façonné par la grande distribution et par une expérience au sein de l’Institut National de la Consommation.

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