Arnaques financières : l’AMF ajoute de nouveaux sites trading et crypto à éviter absolument

Arnaques financières : l’AMF ajoute de nouveaux sites à éviter absolument
© ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

L’Autorité des marchés financiers a enrichi sa liste noire avec de nouveaux sites non autorisés proposant des investissements sur le forex et sur des produits dérivés liés aux cryptoactifs. Au total, la mise à jour visible au 10 avril fait apparaître 15 nouveaux noms, dont 9 dans les produits dérivés sur cryptoactifs et 6 dans le forex. Mais le plus important n’est pas seulement la liste elle-même : l’AMF rappelle aussi qu’elle n’est jamais exhaustive, ce qui oblige à vérifier un intermédiaire avant tout virement, même si son nom n’apparaît nulle part.

Quinze nouveaux noms sur la liste noire, et un rappel utile : la liste n’est jamais complète

La mise à jour consultable sur le site de l’Autorité des marchés financiers fait ressortir, à la date du 10 avril 2026, neuf nouveaux sites classés dans la catégorie des produits dérivés sur cryptoactifs : kamextrading.com, www.geldermans.com⁠, trusteryai.com, arbitics.com, ftrxvip.com, ftexvip.com, actualys.com, token-invest.com et tradelive.world. S’y ajoutent six nouveaux sites classés dans le forex : finvoire.com, kantfinance.pro, belgicainvest.ltd, cyrosalnix.com, tradesverge.com et www.vtmfr.com⁠. Pour un particulier, ce détail compte, car ces listes ne visent pas des plateformes simplement “à surveiller”, mais des acteurs identifiés comme proposant en France des services d’investissement sans y être autorisés.

Le premier piège serait pourtant de croire qu’une liste noire fonctionne comme un filtre parfait. L’AMF précise noir sur blanc que ses listes sont mises à jour régulièrement mais ne peuvent pas être exhaustives, de nouveaux acteurs non autorisés apparaissant sans cesse. En clair, l’absence d’un nom sur cette liste ne vaut jamais certificat de sérieux. C’est un point crucial, parce que beaucoup d’épargnants se rassurent trop vite dès lors qu’ils ne retrouvent pas le site suspect dans une base publique. L’AMF dit exactement l’inverse : une plateforme peut être absente de la liste noire et rester illégale, ou frauduleuse.

Cette logique de prudence vaut d’autant plus que l’écosystème des arnaques financières est large. ABE Info Service, le portail commun de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution et de l’AMF, rappelle que les autorités publient plusieurs listes noires couvrant non seulement le forex et les produits dérivés sur cryptoactifs, mais aussi les cryptoactifs, les options binaires, les biens divers et, pour d’autres rubriques, certains produits bancaires ou d’assurance non autorisés. Le problème dépasse donc largement le simple “trading crypto” à la mode : les escrocs adaptent en permanence leur vitrine au produit qui attire le plus les particuliers à un moment donné.

Pourquoi ces arnaques continuent de marcher

Ce type d’arnaque prospère parce qu’il repose rarement sur une promesse totalement absurde. Les montages les plus efficaces mélangent un discours crédible, des éléments techniques impressionnants et un sentiment d’urgence. L’AMF rappelle qu’une promesse de rendement élevé et sans risque est, en soi, un marqueur d’arnaque. Elle cite aussi des formules typiques qui reviennent sans cesse dans les sollicitations : “gagnez de l’argent facilement”, “1 000 euros en 1h” ou encore la promesse d’une indépendance financière rapide. Autrement dit, le langage change, mais la mécanique reste stable : faire croire qu’un rendement exceptionnel serait normal, immédiat et presque automatique.

Le deuxième levier, c’est la pression. Sur ses pages de prévention, l’AMF répète qu’il ne faut pas céder à l’urgence ni aux sollicitations pressantes d’un interlocuteur qui pousse à investir tout de suite. Cette pression peut prendre plusieurs formes : offre “réservée” pour quelques heures, bonus si le premier virement part aujourd’hui, menace de rater “la fenêtre de marché”, ou pseudo-conseiller qui se montre très disponible pour créer un lien de confiance. Plus le discours vise à empêcher la réflexion, plus le risque augmente.

Le troisième levier, c’est l’apparence de légitimité. Les sites frauduleux copient volontiers les codes visuels des plateformes régulées, réutilisent des mentions légales, empruntent des logos, ou se donnent des noms proches de sociétés existantes. L’AMF met en garde contre ces usurpations et précise que certains escrocs vont jusqu’à renvoyer leurs victimes vers Regafi ou Orias pour leur “prouver” qu’ils sont sérieux, alors qu’ils ont simplement repris le nom d’un acteur autorisé. Parfois, la différence tient à une lettre, un tiret, une extension de domaine, ou une URL qui ne correspond pas exactement au site officiel.

Il faut ajouter à cela un point très concret pour les victimes : le paiement. ABE Info Service explique que les escroqueries financières conduisent très souvent à faire virer l’argent vers des comptes frauduleux, généralement ouverts auprès de banques étrangères ou de banques en ligne françaises. L’AMF, de son côté, invite à se méfier des demandes de transfert d’argent vers des pays sans rapport avec la société présentée ni avec l’État de résidence de l’investisseur. Un IBAN étranger n’est donc pas, à lui seul, une preuve d’arnaque, mais il devient un signal rouge fort s’il s’ajoute à une plateforme introuvable sur les registres, à un rendement extravagant ou à des documents flous.

Les signaux rouges qui doivent faire décrocher tout de suite

Le premier signal rouge est le rendement. Un placement qui promet 6 %, 8 % ou davantage sans risque, avec disponibilité rapide des fonds et absence de volatilité, coche déjà plusieurs cases dangereuses. L’AMF martèle qu’il n’y a pas de rendement élevé sans risque élevé. Ce rappel paraît basique, mais il reste central, car une grande partie des fraudes continue d’exploiter le désir de battre facilement les produits d’épargne traditionnels.

Le deuxième signal rouge est l’opacité du site. L’AMF invite à se méfier d’emblée des plateformes sans mentions légales claires, ou avec des mentions qui semblent copiées-collées. Une adresse mail non cohérente avec le nom de la société, un numéro de téléphone difficilement traçable, une raison sociale absente, ou des documents envoyés uniquement via messagerie privée doivent pousser à stopper l’échange. Exiger une documentation écrite par mail et la lire attentivement reste un réflexe simple, mais encore trop peu appliqué.

Le troisième signal rouge est l’usurpation d’autorité. L’AMF a rappelé en 2025 qu’elle ne contacte jamais de sa propre initiative les épargnants par téléphone ou messagerie privée, ne mène pas de campagne téléphonique de sensibilisation aux arnaques et ne propose pas de procédure de recouvrement de fonds dérobés. Toute personne prétendant appeler “au nom de l’AMF” pour aider à récupérer un capital perdu ou débloquer une somme contre des frais est donc à considérer comme suspecte. C’est une technique classique de double arnaque : après une première perte, la victime est reprise dans un second scénario.

Le quatrième signal rouge est la publicité elle-même. L’AMF avertit que des publicités frauduleuses peuvent circuler sur internet, sur les réseaux sociaux, et même dans des supports qui paraissent sérieux. Le simple fait qu’une annonce soit visible sur un site connu, qu’elle reprenne un ton journalistique ou qu’elle soit relayée par un influenceur ne lui donne aucune fiabilité. Là encore, il faut séparer le décor du statut réel de l’intermédiaire.

Avant tout virement : la check-list à faire en cinq minutes

Avant d’envoyer un euro, il faut vérifier la raison sociale exacte de l’entreprise et non le seul nom commercial affiché en gros sur le site. L’AMF recommande d’utiliser Regafi pour les prestataires de services d’investissement comme les banques, courtiers en ligne ou entreprises d’investissement, et Orias pour les conseillers en investissements financiers. Pour les plateformes de cryptoactifs, il faut aussi consulter la liste blanche de l’AMF afin de voir si l’acteur figure bien parmi les prestataires autorisés ou enregistrés.

Concrètement, la bonne séquence tient en quelques réflexes. D’abord, rechercher le site ou l’adresse dans les listes noires. Ensuite, contrôler la raison sociale sur Regafi ou Orias. Puis vérifier la cohérence entre le nom du site, les mentions légales, l’adresse mail, le pays de domiciliation et les coordonnées bancaires. Enfin, refuser tout versement immédiat si l’interlocuteur presse la décision, promet un gain rapide ou demande des pièces sensibles comme RIB, IBAN, justificatif de domicile ou pièce d’identité avant d’avoir établi sa légitimité.

En pratique, une plateforme qui combine trois éléments, rendement anormalement élevé, urgence de paiement et vérifications impossibles sur les registres officiels, doit être écartée sans hésitation. Et si un doute persiste, le plus sûr est encore de suspendre toute démarche et de contacter AMF Épargne Info Service plutôt que d’essayer de “tester” la plateforme avec un petit montant. Dans ce type de dossier, les petites sommes servent souvent d’amorce à des demandes plus lourdes.

A propos Idriss Benouazzani 193 Articles
Spécialisé en Économie de l’Entreprise et des Marchés, j’analyse avec passion les enjeux de consommation, les mutations micro-économiques, les innovations de produits et services, ainsi que les tendances qui influencent les habitudes d’achat et le quotidien des consommateurs.

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