La confiance des ménages au plus bas depuis 2013, les inquiétudes des Français sur les prix et l’emploi s’accentuent

Pouvoir d’achat fragilisé et confiance des ménages au plus bas, les Français revoient leurs priorités et habitudes de consommation.
Entre dépenses courantes et épargne, les ménages revoient leurs priorités et habitudes de consommation. © Istock

La confiance des ménages français a chuté à 80 points en octobre 2026, son plus bas niveau depuis juin 2013, selon les chiffres publiés par l’Insee le 27 octobre. Les inquiétudes sur les finances personnelles, les prix et l’emploi progressent, tandis que les achats importants séduisent moins. Le climat de l’épargne demeure pourtant supérieur à sa moyenne historique, un contraste qui mérite d’être confronté aux revenus et aux dépenses réellement observés.

De 92 à 80 points depuis février, le moral des ménages se dégrade

La baisse est particulièrement marquée. L’indicateur synthétique de confiance établi par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) perd cinq points entre septembre et octobre, passant de 85 à 80. Il atteignait encore 92 en février, soit douze points de plus qu’aujourd’hui.

Les inquiétudes touchent directement les finances personnelles. Le solde d’opinion sur leur évolution future recule de −15 à −24 points en un mois. Dans le même temps, celui concernant l’opportunité de réaliser des achats importants passe de −37 à −41 points. Les craintes relatives au chômage progressent également de cinq points.

L’indicateur de confiance résume six soldes d’opinion portant notamment sur les finances personnelles, le niveau de vie en France, les perspectives de chômage et les achats importants. Sa moyenne historique est fixée à 100 sur la période 1987-2025.

Un indice de 80 points ne correspond donc ni à 80 % de Français inquiets ni à une perte de 20 % de pouvoir d’achat. Il traduit une appréciation de la situation économique nettement plus défavorable que sa moyenne de longue période.

L’enquête repose sur les réponses d’environ 2 000 ménages interrogés par téléphone entre le 25 septembre et le 19 octobre. L’Insee précise avoir révisé à la baisse d’un point les indicateurs synthétiques de septembre, une correction intégrée dans les comparaisons publiées.

L’énergie augmente de 21,3 % sur un an, le pouvoir d’achat a déjà reculé

Les inquiétudes exprimées par les ménages interviennent après une nouvelle accélération de l’inflation. En septembre 2026, les prix à la consommation ont progressé de 3,1 % sur un an, contre 2,4 % en août, d’après l’Insee.

Cette évolution est largement portée par l’énergie, dont les prix ont augmenté de 21,3 % sur douze mois. L’alimentation affiche une hausse plus modérée, de 1,4 %. Les effets sur les budgets restent très différents selon le logement, les déplacements et les habitudes d’achat de chaque foyer.

Les comptes nationaux fournissent un autre indicateur de la situation économique. Au deuxième trimestre 2026, le pouvoir d’achat du revenu disponible brut des ménages par unité de consommation a diminué de 0,6 % par rapport au trimestre précédent. Cette mesure corrige l’évolution des revenus de celle des prix et tient compte de la composition des ménages.

Le recul constaté au deuxième trimestre précède cependant l’enquête d’octobre. Il contribue à décrire les tensions économiques sans permettre d’expliquer, à lui seul, la dégradation récente du moral.

Une analyse publiée le 27 octobre par BNP Paribas Economic Research anticipe également un comportement de précaution des ménages européens face aux conséquences possibles du choc énergétique sur l’activité et l’emploi. Cette prévision concerne un périmètre européen et ne constitue pas une mesure des dépenses françaises d’octobre.

Le climat de l’épargne reste à 118 points, mais les perspectives se détériorent

C’est l’une des particularités de cette enquête : alors que la confiance générale atteint son plus bas niveau depuis 2013, le climat de l’épargne reste relativement favorable.

L’indicateur recule de 120 à 118 points entre septembre et octobre, mais demeure supérieur à sa moyenne historique de 100.

Il mesure les opinions des ménages sur leur capacité actuelle et future à épargner, ainsi que sur l’opportunité de mettre de l’argent de côté. Il ne renseigne directement ni sur leurs soldes bancaires ni sur les sommes effectivement épargnées.

Indicateur Insee Septembre Octobre
Confiance des ménages 85 80
Climat de l’épargne 120 118
Capacité d’épargne actuelle 17 17
Capacité d’épargne future 15 12
Opportunité d’épargner 43 37
Opportunité de faire des achats importants −37 −41
Source : Insee, enquête d’octobre 2026. Les deux premières lignes correspondent à des indices normalisés autour de 100. Les autres valeurs sont des soldes d’opinion en points, et non des pourcentages de ménages.

Les réponses font apparaître une différence entre présent et avenir. L’appréciation de la capacité d’épargne actuelle reste stable, alors que les perspectives d’épargne et le jugement sur l’opportunité d’épargner deviennent moins favorables.

Les données économiques mesurées apportent un éclairage complémentaire. Au deuxième trimestre 2026, le taux d’épargne des ménages s’établissait à 17,2 % de leur revenu disponible brut, contre 17,9 % au trimestre précédent, selon l’Insee.

Ce taux national décrit la part du revenu disponible brut qui n’a pas été consommée. Il ne représente pas la proportion de revenu que chaque ménage parvient à mettre de côté. Un foyer confronté à des dépenses contraintes importantes peut disposer de très peu de réserves, même lorsque le taux d’épargne national demeure relativement élevé.

En août, les achats de biens fabriqués progressaient malgré le recul de la consommation

La dégradation des intentions d’achat ne se traduit pas nécessairement par une baisse immédiate des ventes. Les dernières statistiques disponibles sur les dépenses des ménages en biens montrent d’ailleurs des évolutions contrastées.

En août 2026, la consommation en biens a reculé de 0,5 % en volume par rapport à juillet, après une hausse de 0,4 % le mois précédent.

Le repli concerne notamment l’énergie, avec une diminution de 2,3 %, et l’alimentation, en baisse de 0,4 %. Les achats de biens fabriqués ont, au contraire, progressé de 0,3 %.

Les volumes énergétiques achetés peuvent diminuer alors que les prix augmentent : une baisse de consommation en volume ne correspond donc pas nécessairement à une réduction équivalente de la facture en euros.

Ces statistiques couvrent les biens, sans inclure l’ensemble des services. Elles portent aussi sur août, alors que les opinions recueillies en octobre décrivent une situation ultérieure. Aucune relation directe entre la chute récente de la confiance et les achats effectivement réalisés ne peut encore être établie.

Une hausse de 80 € de charges réduit de 16 % la marge disponible

Un exemple budgétaire permet d’illustrer les effets d’une augmentation des dépenses contraintes, même lorsque les revenus restent inchangés.

Prenons un foyer fictif disposant de 2 500 € de ressources mensuelles. Son logement, ses factures, ses transports, son alimentation et ses autres engagements réguliers représentent 2 000 €. Il conserve alors 500 € pour ses achats facultatifs, les imprévus et une éventuelle épargne supplémentaire.

Si ses dépenses essentielles augmentent de 80 € par mois, sa marge disponible passe de 500 à 420 €.

La hausse représente seulement 3,2 % de ses ressources, mais elle réduit de 16 % la somme restante. Maintenue pendant douze mois, elle correspond à 960 € de charges supplémentaires, toutes choses égales par ailleurs.

Cette simulation est purement illustrative. Elle ne décrit ni un budget moyen ni une augmentation réellement observée dans l’ensemble des ménages français.

Elle montre néanmoins comment une pression relativement limitée sur les ressources totales peut peser davantage sur les dépenses qui restent ajustables. Reporter un achat non indispensable devient alors une possibilité, sans être une décision systématiquement avantageuse.

Un appareil à remplacer et un achat de loisir ne justifient pas le même report

Le recul de la confiance nationale ne suffit pas à déterminer le calendrier d’un achat. La situation financière du foyer et la nature de la dépense restent déterminantes.

Un téléviseur encore fonctionnel peut généralement être conservé plusieurs mois supplémentaires sans coût immédiat important. Pour un réfrigérateur défaillant, la décision dépend davantage du prix de la réparation, du remplacement éventuel, des délais d’intervention et de la garantie applicable.

La comparaison porte alors sur trois éléments : la marge disponible après les charges essentielles, le coût total de chaque option et les conséquences financières d’un report. Les dépenses annuelles prévisibles, comme certaines assurances ou factures d’entretien, doivent aussi être prises en compte dans le budget.

La baisse de confiance publiée par l’Insee décrit une inquiétude collective, mais les arbitrages restent propres à chaque foyer. Les prochaines statistiques de consommation en biens, attendues le 30 octobre 2026 pour le mois de septembre, apporteront un nouveau point de comparaison. Elles précéderont encore la période principale de l’enquête d’octobre, dont la prochaine édition est annoncée pour le 25 novembre.

Économiste de formation, diplômé d’un Master en Économie de l’Entreprise et des Marchés par l'Université Sorbonne Paris Nord. Mon parcours professionnel a été façonné par la grande distribution et par une expérience au sein de l’Institut National de la Consommation.

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