Compléments alimentaires : les promesses et précautions relevées par l’enquête CLCV

Compléments alimentaires : promesses, plantes, précautions… ce que révèle l’enquête CLCV
Avant de choisir un complément alimentaire, mieux vaut regarder au-delà de la promesse affichée sur la boîte : dose, durée, précautions et coût réel peuvent tout changer.

La Consommation, logement et cadre de vie (CLCV) a publié le 7 juillet 2026 une enquête consacrée aux compléments alimentaires, menée sur 40 produits ciblant notamment le stress, l’immunité, la santé féminine ou le métabolisme. Dans cet échantillon, l’association juge trop vagues les mentions de 17 compléments à base de plantes sur 31 et estime que 10 des 16 produits contenant des vitamines ou des minéraux dépasseraient, pour au moins un nutriment, une dose journalière maximale préconisée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES). Ces résultats portent uniquement sur les références étudiées et ne constituent ni un contrôle officiel de l’ensemble du marché ni une mesure représentative de tous les compléments vendus en France.

40 produits étudiés, dont 36 repérés dans des magasins

La CLCV indique avoir sélectionné 36 produits dans des points de vente physiques et quatre sur Internet. L’échantillon couvre quatre grands univers de vente : stress, anxiété et santé mentale, immunité, santé féminine et métabolisme.

La portée de l’enquête mérite d’être précisément délimitée. L’association analyse un ensemble de références disponibles sur le marché, mais son travail ne correspond pas à une campagne de contrôle réglementaire menée produit par produit par une autorité publique. Les pourcentages publiés décrivent donc cet échantillon de 40 compléments, sans permettre de les extrapoler à toute l’offre française.

Le marché concerne néanmoins une part importante de la population. Selon l’ANSES, les données de l’étude Inca 3 montrent que 22 % des adultes et 14 % des enfants consomment des compléments alimentaires. L’agence rappelle leur statut particulier : ces produits sont des denrées alimentaires et non des médicaments. Leur commercialisation n’est pas soumise à une autorisation de mise sur le marché comparable à celle exigée pour un médicament.

17 compléments à base de plantes sur 31 avec des mentions jugées trop vagues

Dans son dossier d’enquête sur les compléments alimentaires, la CLCV indique que 55 % des compléments à base de plantes qu’elle a examinés, soit 17 références sur 31, présentent des mentions considérées comme trop vagues.

L’association vise notamment certaines formulations relatives au bien-être, à l’humeur ou à l’équilibre émotionnel. Placées en évidence sur l’emballage, elles donnent une indication positive sur le produit sans toujours permettre à l’acheteur de distinguer immédiatement une allégation réglementée d’une formulation marketing plus générale.

Une boîte affichant des expressions telles que « contribue au bien-être émotionnel » ou « aide à retrouver une humeur positive » nécessite donc une lecture au-delà de la face avant. La composition, la quantité apportée par la dose journalière, la durée d’utilisation recommandée et les précautions d’emploi apportent des informations plus précises que la formule promotionnelle mise en avant.

Le qualificatif « naturel » n’apporte pas davantage de garantie d’innocuité. L’ANSES rappelle qu’un complément à base de plantes peut entraîner des effets indésirables, interagir avec un médicament ou être déconseillé à certains profils. Les restrictions mentionnées sur l’emballage prennent une importance particulière en cas de grossesse, de traitement médicamenteux, de maladie chronique ou lorsque le produit est destiné à un adolescent.

19 produits sur 31 emploient des termes comme « réduire » ou « soulager »

La CLCV relève un second résultat dans la même catégorie de produits. Selon son analyse, 61 % des 31 compléments à base de plantes, soit 19 références, utilisent des termes qu’elle qualifie de forts, parmi lesquels « réduire » ou « soulager ».

Ces verbes sont sensibles parce qu’ils évoquent une action directe sur un symptôme ou un trouble. Une allégation de santé applicable à une denrée alimentaire relève pourtant d’un cadre réglementaire précis. Son autorisation concerne une formulation et les conditions associées à son emploi ; elle ne transforme pas le complément en médicament et n’établit pas à elle seule son adéquation à la situation individuelle de l’acheteur.

La présentation visuelle joue également un rôle dans cette perception. Des codes graphiques proches de l’univers médical, associés à des promesses liées au stress, à l’immunité ou au métabolisme, sont susceptibles de renforcer l’impression d’un produit thérapeutique alors que son statut juridique reste celui d’une denrée alimentaire.

10 produits sur 16 dépasseraient une dose maximale préconisée par l’ANSES

Le volet consacré aux dosages apporte l’un des résultats les plus sensibles de l’enquête. Parmi les 40 références examinées, 16 contenaient des vitamines ou des minéraux. Selon les calculs de la CLCV, 63 % d’entre elles, soit 10 produits sur 16, présenteraient pour au moins une vitamine ou un minéral un dépassement de la dose journalière maximale préconisée par l’ANSES.

La portée de cette donnée doit rester celle retenue par l’enquête. Il s’agit d’une analyse de la CLCV sur son échantillon, et non de dix sanctions administratives ou de dix décisions officielles déclarant ces références dangereuses.

L’ANSES recommande de solliciter l’avis d’un professionnel de santé, d’éviter les prises prolongées, répétées ou multiples de compléments, de respecter les conditions d’emploi et de se méfier des produits présentés comme miraculeux. L’agence attire également l’attention sur le cumul des apports. Plusieurs compléments peuvent contenir les mêmes vitamines ou minéraux, auxquels s’ajoutent parfois des aliments ou boissons enrichis.

La lecture d’un seul emballage ne suffit donc pas à connaître l’apport quotidien total lorsqu’une personne associe plusieurs produits. La quantité de chaque nutriment apportée par la dose journalière compte davantage que le simple nombre de comprimés, de gélules ou de sachets indiqué sur la boîte.

Le prix de la boîte ne donne pas le coût d’une cure

Le dosage modifie également la comparaison des prix. Deux boîtes contenant un nombre proche de gélules ne couvrent pas nécessairement la même durée si les recommandations prévoient une, deux ou plusieurs prises quotidiennes.

Simulation pédagogique de CONSO Magazine, sans lien avec un produit précis de l’échantillon CLCV : une boîte hypothétique à 12 euros dont la posologie indiquée couvre 15 jours revient à 12 ÷ 15 = 0,80 euro par jour. Une seconde boîte hypothétique à 18 euros couvrant 30 jours revient à 18 ÷ 30 = 0,60 euro par jour. Le prix facial le plus bas correspond donc, dans ce seul exemple, au coût quotidien le plus élevé. Le calcul suppose une cure complète à la posologie de l’étiquette, sans frais de livraison ni promotion ; il ne compare ni les ingrédients, ni les doses, ni l’efficacité, ni la sécurité. Le dossier CLCV ne documente pas ces deux prix, qui ne constituent pas un relevé du marché.

Même logique pour le nombre d’unités. Une boîte de 60 gélules couvre 30 jours lorsque la dose indiquée est de deux gélules quotidiennes. Comparer deux références sur leur seul prix ou sur le nombre de capsules affiché en façade risque ainsi de masquer une différence importante de durée.

La quantité d’ingrédients par dose journalière, le nombre de jours couverts et les précautions d’emploi forment des critères de comparaison plus pertinents. Un produit destiné à une cure courte n’a pas non plus vocation à être prolongé indéfiniment lorsque l’emballage ou les recommandations prévoient une durée limitée.

Les allégations thérapeutiques restent interdites pour les compléments alimentaires

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) rappelle que les allégations nutritionnelles et de santé sont encadrées par le règlement européen n° 1924/2006. Seules les allégations autorisées sont admises, tandis que les allégations thérapeutiques demeurent interdites pour les denrées alimentaires.

Une promesse de guérison, un vocabulaire médical particulièrement appuyé, une dose journalière difficile à identifier ou des précautions absentes constituent donc des éléments à examiner avec attention. La DGCCRF mentionne également l’existence d’un outil recensant les allégations de santé utilisables.

Lorsqu’un complément est pris parallèlement à un traitement, pendant une grossesse ou un allaitement, chez un enfant ou dans le cadre d’une maladie chronique, l’ANSES recommande de demander l’avis d’un professionnel de santé. La même recommandation concerne les prises multiples ou prolongées.

Un effet indésirable suspecté après la consommation d’un complément alimentaire relève enfin du dispositif de nutrivigilance mis en place par l’ANSES en 2009. Ce système surveille les effets indésirables associés aux compléments alimentaires et à d’autres catégories d’aliments spécifiques. Les signalements peuvent notamment provenir de professionnels de santé, de fabricants, de distributeurs ou de particuliers.

Économiste de formation, diplômé d’un Master en Économie de l’Entreprise et des Marchés par l'Université Sorbonne Paris Nord. Mon parcours professionnel a été façonné par la grande distribution et par une expérience au sein de l’Institut National de la Consommation.

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